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100 PARTIS POLITIQUES, MAIS TOUJOURS LES MÊMES PROBLÈMES

100 PARTIS POLITIQUES, MAIS TOUJOURS LES MÊMES PROBLÈMES
Gabon : Multiplication des partis politiques, mais toujours les mêmes problèmes persistants.

Le Gabon, petit pays d'Afrique centrale, fait face à une anomalie qui devient de plus en plus ahurissante. Une pléthore de partis politiques, plus de 100, alors que les résultats restent bien maigres. Ce phénomène suscite des interrogations légitimes sur l’efficacité du système politique gabonais et sur la véritable volonté de changement de la part de ceux qui aspirent à gouverner.


Une jungle politique peu structurée


Au Gabon, chaque année semble être marquée par l’émergence de nouveaux partis politiques. En moment, le pays en compterait plus de 100. Ce chiffre vertigineux ne fait qu’illustrer un constat éloquent. Il y a une prolifération de structures politiques, mais aucune d’elles ne semble capable de proposer des solutions durables aux problèmes de fond. Au contraire, la politique gabonaise ressemble de plus en plus à une jungle où les partis se créent et disparaissent, mais où les grandes lignes de la gouvernance restent inchangées.


Les partis sont souvent des instruments d’accession à un pouvoir personnel et non comme des moyens d'apporter un changement systémique. La multiplication des partis politiques est bien souvent un reflet de l’individualisme exacerbé qui marque la vie politique du pays. Chacun veut avoir son étiquette, mais au final, peu sont prêts à travailler ensemble pour faire avancer les causes qui comptent réellement.


Un système politique figé dans le temps


L’une des caractéristiques majeures du paysage politique gabonais, c’est sa stabilité apparente. Depuis des décennies, l’on assiste à une domination sans partage du Parti démocratique gabonais (PDG), fondé en 1968 par le président Léon M’ba et renforcé par son successeur, Omar Bongo, qui en a pris la tête en 1967. Bien que le pays ait connu quelques alternances à la tête de certaines institutions, notamment après le décès d’Omar Bongo en 2009, le pouvoir est resté pendant 14 ans jusqu’en 2023 dans les mains de la même famille et du même système. Ainsi, malgré la pluralité des partis politiques, la gouvernance est toujours monopolisée par un groupe restreint, sans que cela ne suscite de changements concrets pour le peuple. Le salut viendra peut-être de la 5e République, qui essaye de bouleverser cette réalité. 


Le système politique au Gabon, revenons sur l’idée centrale, est bien souvent considéré comme une oligarchie où le poids des partis politiques n’a aucune influence réelle sur la prise de décision. Les discours des dirigeants, qu'ils soient issus de la majorité ou de l’opposition, semblent souvent vides de sens, et les promesses faites lors des campagnes électorales se révèlent être de simples formules destinées à convaincre les électeurs d’une année à l’autre. Entre 2009 et 2023, par exemple, des voix s’élevaient pour dénoncer l’absence de réformes structurelles et de redistribution des richesses.


Les causes de cette multiplication des partis


La première raison de cette prolifération des partis politiques au Gabon réside dans un système électoral qui incite à la création de nouvelles formations. La loi sur le multipartisme permet à quiconque d’enregistrer son propre parti et de participer aux élections. Cette liberté de création est certes un progrès démocratique, mais elle favorise aussi une logique de division et de fragmentation. Il n’est pas rare que des partis soient créés autour d’une seule personnalité politique, sans réelle base idéologique ou programme de gouvernance cohérent. Ces partis sont souvent de simples outils pour leurs fondateurs, qui souhaitent avant tout faire valoir leur présence sur la scène politique nationale. Mais ce qui devrait changer avec la récente réforme sur les partis politiques.


De plus, la politique gabonaise est marquée par une forte personnalisation des enjeux, où les partis sont souvent le reflet des ambitions personnelles et des luttes internes pour des postes clés au sein des institutions. Un phénomène qui rend la scène politique extrêmement fragmentée et difficilement lisible pour l’électeur lambda. L’absence de vision commune et de projet collectif contribue à l’immobilisme du pays.


L’influence de l’argent et du clientélisme


Une autre cause profonde de cette prolifération des partis politiques réside dans le système de financement des campagnes électorales et des partis eux-mêmes. La course aux ressources financières pour mener des campagnes coûteuses incite certains acteurs à créer des partis pour bénéficier de financements publics ou privés voire pour obtenir une audience au palais du bord de mer. Le clientélisme, c'est-à-dire l’utilisation des ressources publiques pour soutenir des réseaux partisans, est un phénomène largement répandu. Dans ce contexte, l’apparition de nouveaux partis devient une stratégie pour accéder à ces ressources et garantir des postes au sein de l’administration ou des instances décisionnelles.


Ce phénomène, loin de renforcer la démocratie, contribue au renforcement d’un système politique corrompu où l’intérêt personnel prime sur celui de la nation. Et si cette réalité n'est pas traitée de manière sérieuse, elle risque de détruire toute confiance des citoyens dans la classe politique.


Les partis politiques et l’absence de solutions aux problèmes structurels


Il est essentiel de rappeler que, malgré la multiplication des partis, les véritables problèmes structurels du Gabon demeurent. Le chômage des jeunes, qui touche plus de 30% de la population active, est l’un des fléaux majeurs qui n’a jamais trouvé de réponse efficace. L’éducation, bien qu’elle fasse partie des priorités des gouvernements successifs, souffre encore d’un manque de moyens et d’infrastructures adéquates. Le secteur de la santé, quant à lui, reste fragile, avec des hôpitaux et surtout certains soins de santé  souvent inaccessibles pour une grande partie de la population.


Au lieu de se concentrer sur ces enjeux, la majorité des partis se perdent dans des querelles de positionnement, des luttes internes et des calculs électoralistes. Les préoccupations des citoyens ne sont que rarement au cœur de leurs préoccupations.


La nouvelle réforme sur les partis politiques va-t-elle changer ce paysage ?


Il devient urgent de remettre de l’ordre dans la vie politique gabonaise. Une révision du système politique et électoral s’impose pour éviter que le pays ne se noie dans cette prolifération de partis stériles. Il est aussi nécessaire d’introduire une vraie culture politique de service public, où les partis seraient davantage des instruments au service du peuple que des outils pour satisfaire des ambitions personnelles.


La pluralité des partis est une richesse, mais il est impératif qu’elle ne soit pas synonyme de division et de stagnation. Le Gabon mérite plus que des partis qui ne font qu’ajouter au chaos. Le temps des réformes est venu, et il doit être mis à profit pour redonner au politique toute sa dignité et sa légitimité.

Par Pamphil

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