LE GABON PEUT-IL DEVENIR UNE PUISSANCE GAZIÈRE D’AFRIQUE CENTRALE ?
Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les marchés énergétiques mondiaux connaissent de fortes turbulences. Les prix du gaz ont connu une flambée historique, alimentée par une demande accrue et les incertitudes géopolitiques. À cela s’ajoute l’impact de l’embargo sur le gaz en provenance du géant gazier Russe, qui a profondément bouleversé les circuits d’approvisionnement, notamment en Europe. Résultat. Une ruée vers de nouvelles sources d’énergie, en particulier en Afrique. Dans ce contexte, des pays comme le Gabon apparaissent comme des acteurs potentiels d’un nouvel équilibre énergétique mondial.
Un potentiel gazier longtemps sous-exploité
Le Gabon n’est pas un néophyte dans le secteur des hydrocarbures. Mais en matière de gaz naturel, le pays a longtemps accusé un retard stratégique. Avec des réserves prouvées estimées à 29 milliards de mètres cubes, essentiellement sous forme de gaz associé, le potentiel est réel et immense.
Aujourd’hui, près de 90 % du gaz produit est soit réinjecté dans les puits, soit brûlé à la torche, faute d’infrastructures adaptées et de débouchés commerciaux. Une perte économique considérable, dans un pays où la demande domestique reste forte.
Tous les ménages gabonais dépendent du gaz butane pour la cuisson. Pourtant, l’offre locale est insuffisante, obligeant l’État à importer pour combler le déficit. Une situation paradoxale pour un pays producteur.
Une ambition affirmée : cap sur 2026
Depuis quelques années, les autorités gabonaises ont opéré un virage stratégique. L’objectif est de faire du gaz un pilier de la transition énergétique et un levier de croissance économique.
La production nationale, historiquement limitée à 0,1 milliard de mètres cubes par an, devrait connaître une montée en puissance significative. Le projet phare repose sur le développement du terminal de Cap Lopez par Perenco.
À l’horizon 2026, le Gabon ambitionne de produire :
700 000 tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an
25 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL)
Une évolution majeure qui pourrait faire entrer le pays dans le cercle restreint des exportateurs de GNL en Afrique centrale.
Le projet Olowi, symbole d’une révolution
Le champ offshore d’Olowi, situé à 20 km des côtes gabonaises, qui fait palir d'envie, incarne cette nouvelle dynamique. Jadis exploité par Canadian Natural Resources, il est désormais sous le contrôle de Perenco.
Un protocole d’accord signé avec l’État gabonais, marque une étape capitale. L’objectif est de développer un projet intégré combinant production pétrolière et valorisation du gaz.
Le champ Olowi recèle un potentiel de 85 millions de pieds cubes standards par jour (MMSCFD). Ce gaz sera liquéfié grâce à une unité flottante (FLNG), avant d’être exporté vers les marchés internationaux.
Au-delà de l’exportation, ce projet permettra surtout de réduire significativement le torchage, un enjeu environnemental majeur.
Des retombées économiques attendues
L’essor du secteur gazier pourrait transformer en profondeur l’économie gabonaise. Plusieurs impacts sont attendus :
Création d’emplois :
Les projets d’infrastructures (usines de GPL, GNL, stockage, regazéification) devraient générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans les zones côtières.
Entrées de devises :
Avec les exportations de GNL, le Gabon pourrait engranger des centaines de millions de dollars par an, renforçant ainsi ses réserves en devises.
Recettes budgétaires :
L’État, via Gabon Oil Company, bénéficiera de nouvelles recettes fiscales et de dividendes issus des projets gaziers.
Autosuffisance énergétique :
Le renforcement des capacités de stockage, avec un objectif de 30 000 m³ de butane contre 4 000 à 5 000 actuellement, permettra de couvrir la demande nationale et de stabiliser les prix.
Un écosystème industriel à bâtir
Pour réussir ce pari, le Gabon mise sur la diversification de sa chaîne de valeur gazière. Plusieurs projets sont en cours ou à l’étude :
Usines de transformation en GPL, GNL et GNC
Infrastructures de stockage et de transport
Installations de regazéification
Projets de conversion en biocarburants
Le défi sera d’attirer des investisseurs internationaux dans un environnement concurrentiel, tout en garantissant un cadre réglementaire stable et attractif.
Les défis à relever
Malgré ses ambitions, le Gabon devra surmonter plusieurs obstacles :
Manque d’infrastructures : pipelines, unités de traitement, ports spécialisés
Financement des projets : investissements lourds estimés à plusieurs milliards de dollars
Compétition régionale : des pays comme la Guinée équatoriale ou le Nigeria sont déjà bien positionnés
Transition énergétique mondiale : nécessité de concilier exploitation des hydrocarbures et engagements climatiques
Une puissance gazière régionale ?
Le potentiel est là, les projets sont lancés, tous les feux sont verts et le contexte international joue en faveur du Gabon. Si les ambitions se concrétisent, le pays pourrait non seulement atteindre l’autosuffisance énergétique, mais aussi devenir un exportateur stratégique de gaz en Afrique centrale.
Le Gabon a les atouts nécessaires pour devenir une puissance gazière régionale. Le gaz peut être une bénédiction économique.