MANGER 3 FOIS PAR JOUR À LIBREVILLE, UN LUXE POUR UNE TROP GRANDE MAJORITÉ DES GABONAIS
Les images de tables garnies et de repas copieux sont bien souvent le reflet d'une réalité idéalisée, un luxe qui ne fait pas partie du quotidien de la majorité des Gabonais. À Libreville, la capitale du Gabon, manger trois fois par jour est devenu un véritable défi pour de nombreuses familles. Si pour certains, cela relève d’une habitude encore préservée, pour d’autres, cela semble appartenir à un passé révolu, marqué par la montée des prix des denrées de base et une situation économique de plus en plus difficile. Mais est-il encore possible pour les Gabonais de prendre trois repas par jour ? Et si oui, qui en bénéficie réellement ?
La hausse des prix : un facteur déterminant
Au fil des années, les prix des produits alimentaires ont grimpé de manière vertigineuse dans le pays, touchant particulièrement les denrées de première nécessité comme le riz, l’huile, les légumes frais ou encore la viande. Selon les dernières informations, cette flambée des prix est due à plusieurs facteurs, notamment l’inflation mondiale, les hausses des coûts des transports et les difficultés d'approvisionnement. Le carburant, indispensable à la mobilité des produits alimentaires, continue de peser lourdement sur le budget des ménages. Ainsi, pour beaucoup de familles, une seule visite au marché suffit à vider la majeure partie de leurs économies.
Selon une étude réalisée en 2025, les prix des produits alimentaires au Gabon ont augmenté de 18% en un an. Le riz, l'un des aliments de base pour les Gabonais, a vu son prix augmenter de 25% en seulement six mois. La viande de bœuf a elle aussi subi une hausse de 20%. Cette flambée des prix a eu un impact direct sur la fréquence des repas. Les Gabonais les plus modestes sont contraints de réduire leurs repas, souvent à deux par jour, et parfois un seul, principalement à base de féculents et de volailles bon marché, pour pallier à l’augmentation des prix des protéines animales et végétales.
Qui mange réellement trois fois par jour ?
Si la question de la fréquence des repas peut sembler simple, la réponse est loin de l’être. À Libreville, la population est diverse, et les inégalités sociales et économiques se manifestent clairement au niveau des habitudes alimentaires. Les cadres, fonctionnaires et employés des entreprises multinationales, qui bénéficient de revenus réguliers et parfois élevés, peuvent encore se permettre de manger trois fois par jour, en privilégiant les repas copieux dans des restaurants ou à domicile. Pour eux, le déjeuner à l’hôtel ou au restaurant reste une pratique courante.
Cependant, cette réalité est loin de concerner la majorité des Gabonais, notamment ceux issus des milieux populaires. En dehors des quartiers huppés de Libreville, dans les zones comme Ondogho, Nzeng-Ayong ou encore Mikolongo, de nombreuses familles n’ont plus les moyens de se nourrir suffisamment. Une étude menée en 2024 montre qu'une famille sur quatre (25%) dans ces quartiers a du mal à maintenir une alimentation équilibrée. Les femmes, souvent seules à gérer le foyer, sont confrontées à une pression constante pour trouver les ressources nécessaires. À l’heure actuelle, les repas se limitent parfois à du manioc ou du riz avec un peu de sauce, sans viande et sans poisson, lorsque les finances le permettent. De plus, la qualité des produits disponibles n'est pas toujours optimale.
Le défi des jeunes sans emploi
Il ne faut pas oublier non plus la situation des jeunes Gabonais. Beaucoup d’entre eux, jeunes diplômés ou chercheurs d'emploi, se trouvent dans une situation précaire. Malgré l'espoir que peut susciter un avenir meilleur, leur quotidien reste marqué par les difficultés économiques. Des milliers de jeunes gabonais témoignent de la difficulté de se nourrir correctement lorsqu’on n’a pas de salaire fixe. Selon une enquête menée en 2025, 67% des jeunes diplômés de Libreville affirment avoir du mal à se permettre trois repas réguliers par jour. Ces jeunes se voient souvent obligés de se contenter de repas rapides et peu nutritifs, comme des sandwichs ou des mets de la rue, à la place de repas complets et réguliers.
Manger trois fois par jour reste un luxe pour une trop grande majorité des Gabonais
La question de manger trois fois par jour à Libreville soulève des enjeux économiques et sociaux importants. Les inégalités d'accès à une nourriture saine et suffisante persistent, et ce phénomène touche particulièrement les plus vulnérables. Selon le dernier rapport de l’ONU sur la sécurité alimentaire en Afrique centrale, plus de 30% des Gabonais vivent dans l’insécurité alimentaire. Les politiques publiques devraient donc jouer un rôle essentiel dans la régulation des prix et la promotion de l’agriculture locale afin d'assurer à tous les Gabonais un accès équitable à une alimentation de qualité. Mais pour le moment, bien manger trois fois par jour reste un luxe pour une trop grande majorité des Gabonais.