SÉNÉGAL : UN RÉSEAU PRÉSUMÉ DE DÉBAUCHE HOMOSEXUELLE MIS AU JOUR, UNE AFFAIRE AUX RAMIFICATIONS MULTIPLES
Dans la région de Linguère, au Sénégal, à 305 km au nord-est de Dakar, la plus grande ville d'une zone semi-désertique, une affaire judiciaire d’une rare ampleur défraie la chronique. Les consciences sont interpellées autant celles des autorités que celles des populations. Le commissariat urbain de la localité a procédé au démantèlement d’un réseau de grande débauche homosexuelle impliquant dix-huit personnes actuellement en garde à vue. Les profils des mis en cause, selon des sources proches du dossier rapportées par Libération, laissent pantois. Ils surprennent par leur diversité. Enseignants, éleveurs, commerçants, étudiant en droit, électromécanicien, agent de sécurité, berger, entre autres.
Les charges retenues sont particulièrement lourdes et incluent notamment l’association de malfaiteurs, le harcèlement sexuel, l’incitation à la débauche homosexuelle, la diffusion de contenus à caractère pornographique, la mise en danger de la vie d’autrui, ainsi que des faits liés à la transmission volontaire du VIH/Sida.
Une plainte initiale à l’origine de l’affaire
Tout est parti d’une plainte déposée par une victime qui a été harcelée sexuellement par un individu identifié comme Mame Abdou Lecore, alias « Baye Tama ». Malgré des avertissements de son entourage professionnel, le mis en cause aurait persisté dans ses agissements, poussant la victime à saisir les forces de l’ordre.
Une seconde dénonciation, émanant d’une personne identifiée par les initiales M.G., est venue renforcer les soupçons et corroborer certains éléments de l’enquête initiale.
Un réseau structuré autour de plateformes numériques
Interpellé, Mame Abdou Lecore a reconnu une partie des faits qui lui sont reprochés et livré des informations déterminantes pour les enquêteurs. Il a remis aux enquêteurs le contenu du groupe Whatsapp, une application de messagerie instantanée, utilisé comme espace d’échanges et de coordination entre plusieurs membres du réseau. Une véritable boîte de pandore.
Les investigations techniques menées sur les téléphones saisis ont permis de découvrir le pot-aux-roses. Des échanges de messages, des photos et vidéos à caractère sexuel, confirmant selon les enquêteurs l’existence d’une organisation structurée et active sur plusieurs localités sénégalaises.
Au cœur de ce dispositif, un certain Amadou Guèye, alias « Tigui », est présenté comme la principale cheville ouvrière du réseau. Plusieurs personnes interpellées l’auraient désigné comme celui ayant facilité leur intégration dans le fameux groupe Whatsapp.
Des pratiques à risques et un enjeu de santé publique
Lors de son audition, « Tigui » a reconnu avoir organisé des rencontres sexuelles homosexuelles de grande envergure entre membres du réseau dans différents lieux. L’affaire prend une dimension particulièrement sensible avec les résultats des examens médicaux effectués sur certains mis en cause.
En effet, Amadou Guèye, ainsi que deux autres personnes arrêtées, Allé Daffé et Mbaba Gningue, ont été déclarés séropositifs au VIH/Sida. La question de la transmission volontaire de ce virus figure désormais parmi les éléments centraux de l’enquête, soulevant de graves préoccupations en matière de santé publique.
Les autorités judiciaires ont du pain sur la planche pour établir les circonstances précises de ces contaminations alléguées et déterminer les responsabilités individuelles dans un dossier où le droit pénal croise des enjeux sanitaires majeurs.
Une interpellation spectaculaire dans le quartier Thielly Nord
L’un des épisodes les plus marquants de cette affaire s’est déroulé dans le quartier Thielly Nord. Alertés par une odeur de cannabis, les éléments de la police ont procédé à une intervention qui a conduit à une découverte inattendue.
À travers une grille, les agents ont aperçu deux hommes se faisant des attouchements à l’intérieur d’une habitation. L’intervention rapide des forces de l’ordre a conduit à l’arrestation d’Ibrahima Badji, électromécanicien âgé de 31 ans, tandis qu’un second individu prenait la fuite.
Selon les premiers éléments, le mis en cause, homosexuel selon certaines sources, aurait été sous l’emprise de substances psychoactives au moment de son interpellation et se serait montré incapable de décliner clairement son identité lors de son arrestation.
Une enquête toujours en cours et des ramifications encore floues
Au total, dix-huit personnes ont été placées en garde à vue. Les profils sont hétérogènes et témoignent, selon les enquêteurs, d’un réseau dont les ramifications dépasseraient le seul cadre de la ville de Linguère.
Les autorités poursuivent les investigations afin de déterminer l’ampleur réelle des activités du groupe d'homosexuels et d’identifier d’éventuelles complicités dans d’autres localités sénégalaises. Plusieurs personnes seraient encore activement recherchées.
Une affaire aux multiples lectures
Au-delà de son aspect judiciaire, cette affaire soulève des interrogations profondes sur la circulation des contenus numériques, les comportements à risque et les enjeux de santé publique dans les communautés de ce genre.
Elle met également en lumière les défis auxquels sont confrontées les forces de sécurité dans la surveillance des réseaux sociaux et des applications de messagerie, devenus des espaces d’échanges difficiles à contrôler.
À Linguère, comme ailleurs, l’enquête en cours devra faire toute la lumière sur un dossier complexe, où se mêlent faits, responsabilités individuelles et préoccupations collectives.