DES ÉLÈVES EXTRAITES DU DORTOIR DE L'INTERNAT DU COLLÈGE SAINT JOSEPH LASSIN PAR DES MILITAIRES, UNE ÉLÈVE ENCEINTE
De graves allégations d’abus sexuels sur des élèves mineures secouent la subdivision de Noni, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. Une plainte formelle, adressée au commandant de brigade de Nkor, met en cause un civil et des militaires stationnés à Lassin, accusés d’avoir exploité sexuellement des élèves du Saint Joseph Catholic College Lassin.
Un directeur d’école en alerte
Le Révérend Père Paul Verla, directeur de l’établissement, est à l’origine de cette plainte, qu’il a déposée le 15 avril 2026. Selon lui, un résident local, Inussa Sani, serait responsable de la manipulation et de l’exploitation sexuelle de plusieurs élèves, qu’elles soient internes ou externes à l’établissement. L’homme, désigné comme un « abuseur en série », aurait également facilité l’accès des militaires aux élèves en jouant le rôle d’intermédiaire.
Les faits sont graves et précis. Le 3 avril 2026, une élève nommée Kili Verma disparaît mystérieusement du dortoir vers 19h. Le directeur affirme avoir aperçu la moto de Sani à proximité du campus, et plus tard, l’a vu quitter une pièce avec l’élève avant de prendre la fuite. Kili Verma est revenue à l’école quelques jours plus tard, et selon les informations fournies, elle serait enceinte. Une situation qui soulève de nombreuses questions sur la sécurité et la protection des jeunes filles dans cette zone de conflit.
Une impunité inquiétante
Cette affaire s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des tensions dans les régions anglophones du Cameroun. Depuis le début de la crise anglophone, les autorités ont déployé des militaires autour des établissements scolaires pour protéger les élèves et les enseignants contre les enlèvements et les attaques des groupes séparatistes. Cependant, si ces accusations sont vérifiées, cela pourrait démontrer que la présence militaire, censée protéger les enfants, se retourne contre eux.
Le directeur de l’école dénonce également l’inaction des autorités militaires malgré plusieurs alertes concernant les abus. En dépit des signalements antérieurs, aucune mesure concrète n’a été prise contre les responsables présumés, laissant planer un sentiment d’impunité qui fragilise encore davantage la confiance de la population envers les forces de sécurité.
Mobilisation et appel à la justice
La mobilisation de la communauté locale est de plus en plus forte. Le Fon (chef traditionnel) de Lassin, soutenu par des parents et l’administration de l’école, a adressé une pétition aux autorités administratives. Ils demandent une enquête approfondie et dénoncent l’impunité des militaires impliqués. Des noms de soldats, dont Kalash, Belsula, Junior et Eric, ont été publiquement mentionnés comme ayant joué un rôle actif dans ces pratiques. La communauté déclare que ces « gratifications sexuelles » ont eu lieu au détriment de leurs enfants et appellent à une justice rapide et transparente.
Une attente pressante de réponse
Ces allégations ne sont pas isolées. Des faits similaires ont déjà été rapportés dans d’autres établissements de la région, notamment au Government Bilingual High School de Bamenda et à Mendakwe. Malheureusement, les autorités n’ont fourni aucune réponse publique à ces incidents, ce qui nourrit le sentiment de frustration et de désespoir parmi la population locale. Le droit camerounais, ainsi que les conventions internationales sur les droits de l’enfant, imposent à l’État une obligation de protéger les mineurs contre toute forme d’exploitation sexuelle. Ne pas enquêter sérieusement sur ces allégations constituerait une grave violation de ces engagements.
Alors que la pression monte sur les autorités militaires et civiles pour qu’elles apportent des réponses concrètes, la communauté attend désormais une enquête transparente, sans pression ni manipulation. Le temps est venu pour les autorités de démontrer qu’elles prennent au sérieux la protection des enfants, notamment dans des zones aussi vulnérables que celle du Nord-Ouest.
Lassin est un village camerounais situé dans l'arrondissement de Noni, département du Bui, région du Nord-Ouest. Considéré comme le centre commercial de la localité de Noni, il est réputé pour ses deux grands marchés hebdomadaires qui attirent plus de 5 000 personnes pour le commerce de denrées alimentaires et de bétail.