GABON : LA RELANCE DE LA RIZICULTURE ENTRE AMBITIONS NATIONALES ET OBSTACLES STRUCTURELS
Le Gabon multiplie les initiatives pour relancer sa riziculture, notamment avec l’homologation récente (début 2026) de variétés nationales adaptées au climat local. L'enjeu est de taille.
Une relance agricole portée par de nouvelles variétés
Le Gabon a engagé ces dernières années une stratégie de relance de sa riziculture, longtemps marginalisée au profit de cultures vivrières comme le manioc ou la banane plantain. Début 2026, une étape importante a été franchie avec l’homologation de nouvelles variétés de riz sélectionnées pour leur adaptation aux conditions agroécologiques locales. Cette avancée scientifique vise à corriger des décennies d’échecs liés à l’utilisation de semences inadaptées et à renforcer la productivité nationale.
Ces variétés, issues de programmes de recherche et d’expérimentations sur différents sites, doivent permettre d’améliorer les rendements tout en réduisant la vulnérabilité aux variations climatiques.
Un enjeu économique majeur pour le pays
L’enjeu dépasse largement la seule dimension agricole. Le Gabon importe chaque année plus de 95 000 tonnes de riz, ce qui représente une facture estimée à plus de 40 milliards de FCFA. Cette dépendance pèse lourdement sur la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des prix internationaux.
Dans ce contexte, développer une production locale compétitive apparaît comme une priorité stratégique pour renforcer la souveraineté alimentaire et réduire la dépendance aux importations asiatiques, qui dominent actuellement le marché.
Des défis techniques persistants
Malgré ces avancées, la filière rizicole reste confrontée à des obstacles techniques importants. La maîtrise de l’eau constitue l’un des principaux défis. Les infrastructures d’irrigation sont insuffisantes, rendant les cultures fortement dépendantes des aléas climatiques, notamment des périodes de sécheresse et d’inondation.
Par ailleurs, la diffusion des nouvelles semences à grande échelle reste limitée, faute de mécanismes efficaces d’encadrement et de distribution auprès des producteurs.
Des contraintes structurelles lourdes
Sur le plan structurel, le secteur agricole souffre d’un déficit d’aménagement foncier. Moins de 8 % des terres arables du pays sont réellement exploitées, en raison du manque de périmètres agricoles viabilisés et sécurisés. À cela s’ajoute la faiblesse des infrastructures rurales, notamment les routes et les unités de transformation, qui compliquent l’acheminement et la valorisation du riz local.
L’accès au financement demeure également un frein majeur, les bailleurs de fonds considérant encore la riziculture comme moins prioritaire que d’autres filières vivrières ou industrielles.
Facteurs sociaux et héritages du passé
Enfin, le secteur souffre d’un déficit de main-d’œuvre qualifiée, aggravé par l’exode rural et le désintérêt des jeunes pour les métiers agricoles. Les échecs de certains projets passés ont aussi laissé des traces, alimentant une forme de scepticisme chez les producteurs comme chez les investisseurs.
Manque de soutien financier
Le secteur rizicole gabonais bénéficie d’appuis techniques et institutionnels. Plusieurs organisations internationales interviennent, mais leur action reste souvent peu visible car davantage centrée sur l’expertise que sur le financement direct. Et c’est là où le bât blesse.
Des programmes d’accompagnement soutiennent notamment la structuration de la filière et la validation de stratégies nationales de développement. Mais il manque cruellement de financements. L’Etat gabonais est pointé du doigt. “Il est incompréhensible qu'on refuse de soutenir un projet sur le riz, qui est l'aliment le plus consommé des gabonais, préférant son importation. Le ministère de l'agriculture doit nous soutenir” a déclaré Dr Yonnelle Déa Moukoumbi, Responsable du programme national de sélection et d'amélioration variétale et production de semences (PNSAV-PS), lors de la formation des coopératives sur le système de riziculture intense.
Un riz pas encore pleinement stratégique
L’un des principaux freins réside dans le positionnement du riz au sein des politiques agricoles nationales. Pendant longtemps, les priorités ont été orientées vers d’autres cultures vivrières jugées plus traditionnelles ou plus rentables à court terme. Cette absence de statut stratégique clairement affirmé a limité la mobilisation de financements importants, qu’ils soient publics ou internationaux.
Les institutions de développement se montrent ainsi plus prudentes, préférant soutenir des filières déjà consolidées.
Des contraintes budgétaires fortes
Le contexte macroéconomique constitue également un facteur déterminant. Les contraintes budgétaires de l’État limitent les investissements agricoles, dans un contexte où les dépenses publiques doivent être arbitrées entre plusieurs secteurs prioritaires.
Une part importante des ressources disponibles est orientée vers les infrastructures et les travaux publics, au détriment des projets agricoles structurants, souvent plus longs à rentabiliser.
Un appui international technique mais discret
L’aide internationale existe néanmoins, mais elle est souvent indirecte. Des partenaires comme la JICA ou certains programmes africains de développement de la riziculture accompagnent le pays dans la conception de stratégies et l’amélioration des capacités techniques. Mais cela s’avère insuffisant.
De même, la FAO intervient sur des aspects institutionnels et de formation, mais ses projets restent parfois trop courts pour produire des effets durables sur la production nationale.
La question centrale de la compétitivité
Enfin, la compétitivité économique demeure un obstacle majeur. Le riz local reste plus coûteux à produire que le riz importé, en raison de la faible mécanisation et du coût de la main-d’œuvre. Dans ces conditions, les investisseurs hésitent à s’engager dans un secteur encore peu rentable face à la concurrence internationale.