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LE GABON PARIE SUR LA SCIENCE ET L’INNOVATION POUR ACCÉLÉRER LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE

LE GABON PARIE SUR LA SCIENCE ET L’INNOVATION POUR ACCÉLÉRER LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE
Gabon transition économique entre pétrole innovation science numérique et souveraineté

Le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Entre rente pétrolière historique et ambition d’une économie de la connaissance, le débat n’est plus théorique. Il est vital. Cinq axes structurent aujourd’hui cette réflexion nationale.


Pétrole et bois : une dépendance encore écrasante face à l’innovation


En 2024, les chiffres sont sans appel. Le pétrole, le manganèse et le bois représentent encore 97 % des exportations gabonaises. Cette réalité économique continue de façonner les équilibres nationaux, malgré les discours sur la diversification.


La croissance du PIB, estimée à 2,9 % en 2024, reste largement corrélée aux fluctuations du baril de pétrole. Autrement dit, l’économie gabonaise respire encore au rythme des marchés internationaux de l’énergie.


Pourtant, des initiatives existent. La Zone Économique Spéciale (ZES) de Nkok incarne une tentative de rupture. Transformer localement le bois plutôt que de l’exporter brut. L’idée est simple mais ambitieuse. Passer d’une économie d’extraction à une économie de transformation à forte valeur ajoutée.


Mais la question demeure. La science et l’innovation peuvent-elles générer une croissance aussi rapide et massive que les ressources naturelles ?  


Éducation et emploi : le défi du “digital gap”


Le chômage, lui, reste un sujet sensible. Il touche environ 35 % de la population active, avec une forte concentration chez les jeunes diplômés.


Dans ce contexte, la création de structures comme la Société d’Incubation Numérique du Gabon (SING) apparaît comme une réponse stratégique. L’objectif est de former une génération capable de répondre aux besoins de l’économie numérique et des start-ups locales.


Mais une tension persiste. Faut-il privilégier des formations courtes et immédiatement opérationnelles (codage, maintenance informatique, cybersécurité), ou investir dans la recherche fondamentale, plus longue mais essentielle pour bâtir une véritable souveraineté scientifique ?


Le système éducatif gabonais est-il prêt à produire suffisamment d’ingénieurs et de chercheurs ? Ou devra-t-on importer ces compétences, au risque de limiter l’impact réel sur l’emploi local ?


Financement de l’innovation : entre État et secteur privé


L’innovation a un coût, et ce coût est élevé. Le Gabon consacre environ 0,58 % de son PIB à la recherche et développement (R&D), un niveau supérieur à la moyenne africaine, mais encore loin du 1 % recommandé par l’Union africaine.


Pour 2025, un budget de 32,3 milliards de FCFA est annoncé pour soutenir la transformation numérique. Centres de données, infrastructures de connectivité et backbone national.


Mais une contrainte majeure demeure. Le déficit budgétaire, estimé à 3,8 % du PIB en 2025. Dans ce contexte, l’État peut-il être l’unique moteur de l’innovation ?


Le débat est désormais ouvert. Faut-il renforcer les investissements publics ou créer des incitations fiscales fortes pour attirer des capitaux privés étrangers ? L’enjeu est de taille, car l’innovation ne produit pas de résultats immédiats, contrairement aux revenus pétroliers.


 Fracture numérique : une modernisation à deux vitesses


Sur le plan numérique, le Gabon affiche des progrès notables; le taux de pénétration d’Internet atteint 73,7 % début 2024. Mais cette statistique cache une réalité plus contrastée. Plus de 1 200 villages restent encore sans couverture mobile.


Le projet eGabon, soutenu par la Banque mondiale avec un financement de 44 milliards de FCFA, vise notamment à numériser le secteur de la santé et à rapprocher les services publics des zones rurales.


Cependant, une inquiétude persiste. La transformation numérique risque-t-elle d’accentuer les inégalités entre une capitale hyperconnectée comme Libreville et un arrière-pays encore peu équipé ?


L’innovation technologique peut-elle être inclusive, ou risque-t-elle de renforcer une fracture sociale déjà existante ?


Souveraineté numérique : entre coopération et dépendance


Le dernier enjeu est sans doute le plus stratégique. Celui de la souveraineté des données.


Le Gabon a signé plusieurs accords avec des acteurs internationaux, notamment avec des entreprises comme Huawei, pour un montant estimé à 82 milliards de FCFA dans le domaine des infrastructures numériques.


Ces partenariats permettent d’accélérer la modernisation, mais posent une question fondamentale. A qui appartiennent les données nationales ?


Dans un monde dominé par les géants technologiques étrangers, le risque est réel de voir le Gabon dépendre d’infrastructures et de systèmes qu’il ne maîtrise pas entièrement. 


L’enjeu n’est donc pas seulement technique, il est stratégique et politique. Comment bâtir une souveraineté numérique réelle tout en bénéficiant des avancées technologiques mondiales ?


Une transition à hauts risques mais incontournable


Le Gabon est engagé dans une transformation profonde de son modèle économique. Entre une économie encore largement dépendante des matières premières et une ambition d’économie de la connaissance, l’équilibre est fragile.


Les chiffres sont éloquents. 97 % des exportations restent extractives, le chômage des jeunes atteint 20 %, et la R&D plafonne à 0,58 % du PIB. Pourtant, les investissements dans le numérique, l’éducation et les infrastructures montrent une volonté réelle de changement.


Mais une certitude s’impose. La transition économique gabonaise ne sera ni rapide ni linéaire. Elle exigera des choix courageux, une gouvernance rigoureuse et surtout une vision claire de ce que doit être le Gabon de demain.


Entre science, innovation et souveraineté, le pays joue aujourd’hui une partie très importante de son avenir.


 


 

Par Pamphil

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