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PROLIFÉRATION DES DÉBITS DE BOISSONS À VITESSE EXPONENTIELLE : LIBREVILLE AU BORD DE LA SATURATION

PROLIFÉRATION DES DÉBITS DE BOISSONS À VITESSE EXPONENTIELLE : LIBREVILLE AU BORD DE LA SATURATION
Libreville envahie par les débits de boissons, danger social croissant

Libreville suffoque. Et le mot n’est pas trop fort. La capitale gabonaise, jadis réputée pour son équilibre fragile entre urbanité et respiration, est aujourd’hui envahie par une marée terrible et tenace. Celle des débits de boissons. À chaque coin de rue, à chaque nouvelle parcelle habitée, à chaque alignement de maisons en planches ou en parpaings, surgit immanquablement une buvette. Le phénomène a pris une ampleur telle qu’il ne choque presque plus, et c’est bien là le drame.


Dans des quartiers comme PK5, PK9, Nzeng-Ayong, Louis, Akébé Venez Voir, Bizango, Awoungou, Belle Vue, Ondogho, Kinguélé etc, le constat est le même. Les épiceries deviennent rares, les librairies inexistantes, mais les points de vente d’alcool pullulent. Une table bancale, quelques chaises en plastique, une glacière remplie de bières tièdes, et voilà un commerce lancé. Avec 30000, 50000, ou 100000 FCFA, le tour est joué. Ici, pas de licence affichée, pas de contrôle visible. Rien. Seulement une activité qui prospère, jour et nuit, souvent jusqu’à des heures indécentes.


Le long des axes routiers, ces installations improvisées forment des alignements continus. Des “snacks”, des “dancings”, des “boîtes de nuit” surgissent là où, hier encore, il n’y avait que des habitations, ou une école maternelle privée. Certaines avenues sont désormais tristement surnommées des “couloirs de la mort”, tant la bière coule à flots. L'échangeur du PK5 notamment, illustre à lui seul cette dérive inquiétante. Une zone où l’alcool est devenu le principal produit d’appel, comme si toute autre activité commerciale avait été reléguée au second plan. 


Ce qui choque le plus, c’est que l’alcool coule à flots partout. Dans les maisons transformées en bars clandestins, dans les marchés où les glacières remplacent les étals de produits frais, dans les ruelles où l’on trinque à même le trottoir. Les débits de boissons poussent comme des champignons après la pluie, sans planification, sans régulation apparente. Libreville ressemble de plus en plus à une ville où boire est devenu l’activité centrale, presque l’identité même de certains quartiers.


Cette prolifération anarchique a des conséquences multiples et désatreuses.


D’abord, l’environnement éducatif est directement menacé. Dans de nombreux cas, ces débits de boissons s’installent à proximité immédiate des établissements scolaires, tro près des habitations où demeurent des élèves. Les élèves, exposés quotidiennement à cette ambiance, voient l’alcool devenir un élément moteur du quotidien. Comment exiger concentration et discipline quand, à quelques mètres de la salle de classe, ou de sa chambre à coucher résonnent la musique assourdissante et les éclats de voix d’adultes déjà ivres en milieu de journée ? Le risque de décrochage scolaire s’en trouve accentué, dans un pays où le système éducatif peine déjà à retenir tous ses enfants.


Ensuite, il y a l’enjeu de santé publique. Le Gabon figure parmi les pays africains à forte consommation d’alcool. Cette omniprésence facilite l’accès des mineurs à ces produits, souvent sans aucun contrôle. Les conséquences sont connues. Dépendance précoce, troubles du développement, maladies chroniques comme la cirrhose ou le diabète. À cela s’ajoute une ouverture rapide vers la consommation des drogues qui hypothèque l’avenir de toute une génération.


La question de la réglementation pose également problème. Sur le papier, des lois existent. Il est notamment interdit d’implanter un débit de boissons à moins de 200 mètres d’une école. Mais sur le terrain, ces règles semblent ignorées, contournées ou tout simplement inappliquées. Les opérations de fermeture annoncées en grande pompe ne produisent souvent que des effets temporaires. Très vite, les activités reprennent, parfois au même endroit, sous une autre forme.


Les conséquences sur la sécurité urbaine sont tout aussi préoccupantes. Ces établissements, souvent ouverts tard dans la nuit, génèrent des nuisances sonores importantes et favorisent les débordements. Bagarres, agressions, petite délinquance, prostitution, vente et consommation de la drogue. Les riverains, pris en otage, voient leur qualité de vie se dégrader. L’espace public, au lieu d’être un lieu de vie et de convivialité équilibrée, se transforme en zone de tension permanente.


Enfin, cette prolifération révèle une autre carence. L’absence criante d’alternatives pour la jeunesse. Faute de bibliothèques, de centres culturels, de cinémas ou d’espaces de loisirs accessibles, les jeunes travailleurs ou au chômage n’ont souvent d’autre choix que ces lieux de consommation pour se retrouver. L’alcool devient alors non seulement un produit, mais un refuge social, un exutoire face au manque d’opportunités.


Libreville doit être une ville émergente avec des commerces de classe et des usines de haute facture. Continuer sur cette trajectoire, c’est accepter que la ville se transforme durablement en un vaste comptoir à ciel ouvert, avec toutes les dérives que cela implique. Il est urgent que les autorités reprennent le contrôle, que la réglementation soit appliquée avec rigueur, et que des alternatives viables soient proposées à la population.


Car au fond, la question dépasse celle de l’alcool. Elle interroge le modèle de société que nous construisons. Une ville ne peut pas se résumer à ses débits de boissons. 

Par Pamphil

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