EUGÈNE MBA APPELÉ À REVOIR LA RÉPARTITION : DE 70 MILLIONS À PLUS POUR LES ARRONDISSEMENTS
Une décentralisation confisquée
On nous parle depuis des décennies de décentralisation. Mais de quelle décentralisation s’agit-il lorsque les arrondissements, Haut-de-Gué-Gué, Nkembo, Nombakélé, Plaine Niger, Sogatol, Nzeng-Ayong, vivent sous perfusion financière de la mairie centrale ? Avec à peine 0,2 % du budget global alloué à chaque entité, il ne s’agit pas d’autonomie, mais d’une mainmise soigneusement entretenue.
Ce déséquilibre structurel révèle une réalité que beaucoup murmurent sans oser la dénoncer. Le pouvoir budgétaire reste concentré au sommet, au détriment des besoins de proximité. Les maires d’arrondissement deviennent ainsi des exécutants sans marge de manœuvre, incapables de répondre aux attentes immédiates de leurs administrés.
Des services publics asphyxiés
Sur le terrain, les conséquences sont visibles, presque criantes. Comment assurer la salubrité publique, entretenir l’éclairage urbain ou réparer les routes secondaires avec 70 millions de francs CFA ? Cette enveloppe couvre à peine les charges administratives, reléguant les mairies à de simples guichets d’état civil.
Les populations, elles, ne s’y trompent pas. Elles constatent l’insalubrité persistante, les routes dégradées, l’obscurité totale dans des pans entiers des quartiers. Et la restauration de la dignité des Gabonais ? Car au-delà des chiffres, c’est la dignité quotidienne des citoyens qui est en jeu.
Un budget en décalage avec la réalité
Plus troublant encore est l’écart entre les dépenses de fonctionnement de la mairie centrale et les dotations des arrondissements. Lorsque certains cabinets voient leurs budgets passer de 1,8 à 3,2 milliards de francs CFA, comment justifier une telle disparité ?
Ce décalage alimente un sentiment d’injustice et renforce l’idée d’un système où certains s’accaparent les ressources pendant que les collectivités de base peinent à survivre. Le rejet du budget 2026 par une large majorité de conseillers municipaux n’est donc pas un simple incident politique. C’est un signal fort, un refus d’entériner une gestion jugée déséquilibrée.
Gouvernance locale en panne
L’impact sur la gouvernance est profond. Privés de moyens, les maires d’arrondissement ne peuvent ni planifier ni investir. Ils subissent les décisions prises ailleurs, souvent loin des réalités de leurs quartiers. Cette dépendance freine toute initiative locale et étouffe les dynamiques communautaires.
Pourtant, chacun sait que la proximité est la clé d’une action publique efficace. Ce sont les élus locaux qui connaissent les urgences, les priorités, les attentes réelles des populations. Les priver de moyens, c’est condamner toute politique de développement à l’inefficacité.
L’urgence d’une réforme courageuse
Face à cette situation, les appels à une réforme de la décentralisation se multiplient. Et ils sont légitimes. Il ne s’agit plus de discours, mais d’actes concrets. La répartition des ressources municipales doit être repensée, dans une logique de justice et d’efficacité.
Comme l’a rappelé le ministre de l’Intérieur, lui-même ancien locataire de l’Hôtel de ville de Libreville. « 70 millions, ce n’est pas possible. » Cette phrase, simple mais lourde de sens, résume à elle seule l’absurdité actuelle. Il est temps de donner aux arrondissements les moyens de leurs responsabilités.
Libreville, capitale de plus d’un million d’habitants, ne peut se permettre une gouvernance fragmentée et inefficace. Eugène Mba, le nouveau maire a pour mission de mettre fin à cette incurie.
L’heure n’est plus aux demi-mesures. Elle est à la lucidité, au courage politique et à la fin des logiques de rente. Car gouverner, ce n’est pas s’accaparer les ressources, c’est les répartir avec équité pour servir l’intérêt général.