LE GOUVERNEMENT OU LES POPULATIONS HONNÊTES ?
Ces pratiques frauduleuses ne sont pas de simples déviances isolées. Elles s’inscrivent dans un système organisé, où électriciens ou apprentis électriciens improvisés, certains agents peu scrupuleux seraient complices, facilitant ces raccordements clandestins en échange de pots-de-vin ou de sommes d'argent souvent dérisoires. La multiplication de ces branchements illégaux contribue à la fois à la déperdition d’énergie et à l’affaiblissement du réseau électrique national. La question qui demeure est simple mais brûlante. Qui supporte réellement le coût de cette fraude généralisée ?
En difficulté face à une crise persistante
Depuis plusieurs années, la SEEG traverse une zone de turbulences. Entre délestages intempestifs, baisses de tension, transformateurs saturés et une colère croissante des usagers, la société d'Energie et d'eau se trouve entre le marteau et l'enclume. La gestion de cette crise ne peut se limiter à des mesures répressives seulement. Il faut aussi répondre à la racine du problème. La fraude et les branchements clandestins.
Malgré les efforts pour moderniser ses équipements et renforcer ses contrôles, la SEEG peine à endiguer le phénomène. La société, qui appartient à l’État gabonais, subit de lourdes pertes financières. Selon des sources proches de l’entreprise, les branchements directs représentent une perte estimée à plusieurs millions de francs CFA chaque mois, affaiblissant davantage ses capacités à assurer un service stable et fiable.
Les opérations coup de poing : un début de solution ?
Récemment, une opération d’envergure a été menée au marché Mont-Bouët à Libreville, l’un des centres commerciaux les plus fréquentés de la capitale. Cette opération a permis de démanteler un vaste réseau de raccordements clandestins. Près de 200 boxes de commerçants auraient été alimentés de manière anarchique, à travers des installations sauvages sans aucun compteur officiel. Les pertes financières pour la SEEG dans cette zone seraient estimées à près de 4 millions de FCFA par mois. Un autre descente musclée s'est déroule au Carrefour Léon Mba.
Ces découvertes soulignent l’ampleur du phénomène. Les autorités gabonaises parlent d’un système organisé, impliquant parfois des intermédiaires spécialisés ou des usagers malhonnêtes dans les raccordements frauduleux. Ces pratiques ne se limitent pas à Libreville. Elles touchent également d’autres grandes villes du pays, amplifiant ainsi la crise.
La corruption interne : un frein à la lutte contre la fraude
Cependant, au-delà de ces pratiques extérieures, il est crucial de mettre en lumière la réalité complexe de la corruption interne à la SEEG. Plusieurs sources dignes de foi ont révélé que certains agents, cadres et ingénieurs de la société, jouent un rôle central dans la facilitation d'autres activités illicites. À Oyem et Makokou, des trafiquants de carburant ou d’eau de Javel ont été arrêtés et écroués, accusés de commercialiser ces produits de manière clandestine, alimentant un réseau parallèle qui tire profit de leur position.
Il y a quelques mois il a été rapporté que certains ingénieurs avaient mis en place un système de gestion parallèles des tickets Edan. D’autres trafiquent des compteurs d’électricité et d’eau en réduisant drastiquement leur vitesse de consommation. Ces pratiques illicites en interne font peser des pertes très importantes dans les caisses de la SEEG. Selon des informations recueillies, des ingénieurs auraient détourné des tickets de consommation pour alimenter un marché noir, permettant à certains commerçants ou particuliers d’obtenir de l’énergie ou de l’eau à moindre coût, sans passer par le circuit officiel.
Ces phénomènes de corruption interne, révélés par des enquêtes et des arrestations, illustrent à quel point la lutte contre la fraude ne peut se limiter à des opérations de contrôle extérieures. La racine du problème réside aussi dans la faiblesse du contrôle interne, la tolérance à la corruption et la complicité de certains cadres, qui fragilisent davantage la gouvernance de la société.
Les raccordements directs aggravent les délestages dans plusieurs quartiers de Libreville
Au-delà des pertes économiques, ces installations clandestines représentent un véritable danger pour la population. Les risques d’électrocution sont nombreux, surtout lorsque les branchements sont réalisés dans des conditions précaires. Les incendies liés à des installations électriques défectueuses ou surchargées ont déjà provoqué plusieurs drames dans le pays.
De plus, ces raccordements anarchiques surchargent le réseau, provoquant des coupures de courant fréquentes et aggravant les délestages dans plusieurs quartiers. La surcharge des transformateurs et la surcharge des lignes électriques contribuent à une dégradation rapide des infrastructures, rendant la maintenance d'un système vieillisant plus difficile et coûteuse.
La lutte contre la fraude : un combat national
Face à cette situation alarmante, les autorités gabonaises ont décidé de passer à l’offensive. Des opérations de contrôle ont été menées dans plusieurs quartiers sensibles, notamment autour du Carrefour Léon Mba, pour traquer les branchements directs et les trafics d’électricité.
Les chiffres du gouvernement gabonais et de la société annoncent leur intention d’étendre ces opérations de contrôle à plusieurs quartiers
Le gouvernement gabonais sera face à un besoin croissant d’énergie
Le gouvernement gabonais, engagé dans plusieurs projets de transformation locale des matières premières telles que le bois, le manganèse, le fer, le phosphate, l’or et d’autres ressources, a un besoin croissant en énergie pour soutenir ces investissements. Cependant, à ce jour, la capitale Libreville fait face à un déficit important en capacité électrique, estimé à plusieurs mégawatts. Comment y arriver et créer des emplois supplémentaires avec les transformations locales si la fraude externe et le trafic interne à la SEEG fait rage ? Ce manque d’énergie limite la croissance économique et freine la mise en œuvre efficace des projets industriels locaux. Pour répondre à cette demande croissante. Il est temps que les populations changent de mentalité. On ne vole pas une entreprise qu’on souhaite être efficace.
Qui paie réellement le prix fort ?
Au final, la question demeure. Qui supporte le coût de ces pratiques frauduleuses ? Les populations qui respectent la loi, payant leurs factures sans sourciller, ou la SEEG, qui doit absorber des pertes colossales ? Ou le gouvernement qui multiplie les réformes pour sortir la SEEG de ses déboires en injectant plusieurs millions de francs CFA. La réponse est évidente. Ce sont surtout les usagers honnêtes et les contribuables qui finissent par payer le prix fort.
La lutte contre la fraude électrique et le trafic d’agents est devenue une nécessité impérieuse pour le Gabon. Elle nécessite une action concertée, à la fois répressive et préventive, pour protéger les infrastructures, et assurer la sécurité des populations.
La rigueur dans la gestion interne sont autant de leviers pour restaurer la crédibilité de cette entreprise clé pour le développement du Gabon. La lutte contre ces pratiques doit devenir une priorité nationale si le pays veut assurer un service électrique stable, sécurisé et équitable pour tous ses citoyens.