CANNABIS DESTINÉ À SES POUSSINS
Un arrestation spectaculaire dans un contexte rural
Le 4 juillet 2023, dans le village de Diaboudior, situé dans le département de Bignona, le destin de Bacary Djiba a basculé. Ce tailleur de profession, né en 1995 et résidant en Gambie, a été arrêté par un bataillon d’élite de l’armée sénégalaise lors d’une opération de routine. La surprise a été totale lorsqu’ils ont découvert, à moto, 20 kilos de graines de chanvre indien en route vers la Gambie. La scène, qui aurait pu sembler banale, s’est rapidement transformée en une affaire judiciaire complexe.
Une version étonnante : “C’était pour mes poulets”
Face aux juges, Bacary Djiba a livré une narration pour le moins étonnante. Selon lui, ces graines, qu’il transportait clandestinement, n’avaient rien à voir avec le trafic de drogue. Elles étaient destinées à l’alimentation de ses volailles. D’après ses déclarations rapportées par L’Observateur, il achetait ces graines dans un village en Casamance, Balla, puis tentait de les acheminer jusqu’à Djifangha, en Gambie, pour ses élevages. Il a même précisé que ces graines provenaient d’un champ de citronniers qu’il aurait récupéré par erreur, dans une démarche purement agricole.
Il a insisté sur le fait que son activité principale était l’élevage et que ces graines lui servaient à donner de la force à ses poussins, qu’il revendait en Gambie. “Les graines de chanvre indien donnaient beaucoup de force à mes poulets”
a-t-il martelé, provoquant un certain scepticisme dans la salle d’audience.
La justice face à la réalité et à la preuve scientifique
Le parquet, cependant, n’a pas été convaincu par cette version. L’avocat général a insisté sur le fait que les graines saisies étaient bel et bien des dérivés du cannabis, destinés à la revente en Gambie. Il a également dénoncé une tentative de tromperie de la part de l’accusé, soulignant que les aveux faits lors de l’enquête étaient graves et que leur crédibilité devait être retenue.
Le représentant du ministère public a requis une peine de dix ans de travaux forcés, une amende de 10 millions de FCFA, ainsi que la confiscation des graines saisies. La défense, appuyée par Me Terence Senghor, a contesté ces accusations, arguant qu’aucune analyse scientifique n’avait prouvé que les graines étaient illicites. Selon l’avocat, le dossier ne contenait pas de preuve concrète de la nature de la produit.
Un verdict attendu dans un contexte de controverse
Le verdict est attendu pour le 1er juillet, mais cette affaire soulève déjà de nombreuses questions dans un contexte où la justice doit faire la lumière sur une situation aux allures burlesques mais ô combien sérieuse pour ses protagonistes.