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VÉRITABLE ACCÉLÉRATEUR DE L'ÉCONOMIE GABONAISE ?

VÉRITABLE ACCÉLÉRATEUR DE L'ÉCONOMIE GABONAISE ?
Mobile Money au Gabon : inclusion financière et transition économique

C’est la révolution silencieuse qui bouscule le quotidien des Gabonais. Des étals du marché du PK8 aux agences de l’administration publique, une phrase résonne comme un leitmotiv. « Tu as Airtel ou Moov ? ». En l'espace de quelques années, le Mobile Money s'est imposé comme le cœur battant des transactions financières au Gabon. Mais au-delà du confort d'utilisation, ce service est-il le nouvel oxygène d'une économie nationale en quête de diversification ?


Le moteur de l'inclusion financière


Les chiffres donnent le tournis. Le pays compte aujourd'hui près de 4,7 millions de comptes de monnaie électronique pour une population de 2,4 millions d'habitants. Si ce grand écart s'explique par le phénomène du multi-SIM, le nombre d'utilisateurs actifs réels, estimé à plus de 1,7 million, confirme un ancrage profond.


Avec des flux globaux franchissant la barre symbolique des 4 000 milliards de FCFA, le Mobile Money fait bien plus que moderniser le secteur bancaire. Il le réinvente. En intégrant le secteur informel et en désenclavant les provinces de l'intérieur, la finance mobile a offert une existence bancaire à des milliers de citoyens exclus du système traditionnel. Une accélération de la vitesse de circulation de l’argent qui dope directement la consommation des ménages et l’activité des très petites entreprises (TPE).


Un levier pour l'État, une illusion macroéconomique ?


Cette dynamique n’a pas échappé aux autorités. Libreville accélère la numérisation de ses propres services à travers des programmes comme « MaDigiPaie », visant à sécuriser et fluidifier les paiements publics. Mieux encore, l'instauration d'une taxe sur les transactions offre à l'État une nouvelle niche fiscale non négligeable.


Pourtant, les économistes invitent à la nuance. Si le Mobile Money fluidifie l'économie, il ne crée pas de richesse industrielle. Le Gabon reste structurellement tributaire de son modèle extractif. Ce ne sont pas les transferts de crédits qui remplaceront le pétrole, le manganèse ou le bois dans la balance commerciale. De plus, le marché atteint une phase de maturité où la baisse des tarifs imposée par la concurrence commence à stabiliser les revenus des opérateurs de téléphonie.


Le Mobile Money est donc un accélérateur incontestable, mais de transition. Il est le lubrifiant d'une économie du quotidien devenue ultra-connectée, en attendant que le pays concrétise la diversification industrielle de son économie réelle.


L’affirmation « Le mobile money, nouvel accélérateur de l'économie gabonaise » est globalement vraie, mais elle demande à être nuancée selon le prisme économique sous lequel on l’analyse. Si l'on parle de l'économie quotidienne, de l'inclusion financière et des flux financiers domestiques, le terme « accélérateur » est parfaitement fondé. En revanche, s'il s'agit de la création pure de richesse nationale (le PIB global), son poids reste secondaire face aux industries extractives. 


Le décryptage de cette affirmation repose sur trois arguments factuels de validation et deux nuances majeures.


Pourquoi c'est VRAI (L’accélérateur sectoriel et social)




  • Une explosion phénoménale des flux financiers. Ce secteur brasse des volumes de transactions vertigineux. En 2024, le Gabon a franchi le cap symbolique des 4 000 milliards de FCFA de transactions globales via le mobile money (en hausse de plus de 16 % en un an). Ces flux irriguent directement l'économie réelle en facilitant la circulation ultra-rapide de l'argent.




  • Un taux de pénétration record pour l'inclusion : Le pays compte environ 4,7 millions de comptes de monnaie électronique (pour une population totale d'environ 2,4 millions d'habitants, reflétant l'usage multi-SIM). Même si le nombre de comptes réellement actifs tourne autour de 1,7 million, le mobile money a désenclavé l'intérieur du pays et intégré le secteur informel de façon inédite.




  • Un catalyseur pour les caisses de l’État et les services : L’État utilise désormais ce canal comme un levier de modernisation. Le lancement d'initiatives comme le programme MaDigiPaie vise explicitement à sécuriser et digitaliser les paiements publics. De plus, l'introduction d'une taxe sur les transactions (0,5 %) montre que le secteur est devenu une niche fiscale lucrative pour le budget national.  




Pourquoi c'est à NUANCER (L’illusion macroéconomique)




  • Ce n'est pas le moteur du PIB national. Le mobile money accélère la vitesse des transactions, mais il ne produit pas de matières premières ni de biens industriels. L’économie gabonaise reste structurellement dominée par le pétrole, le manganèse et le bois, qui représentent la majeure partie de la richesse nationale et des exportations. Le secteur de la téléphonie ne peut à lui seul compenser les ralentissements subis par le secteur pétrolier.




  • Une croissance des comptes mais des revenus d'opérateurs parfois volatils. Si le volume d'utilisation progresse, le chiffre d'affaires combiné des leaders (Airtel Money et Moov Money) subit parfois des corrections trimestrielles en fonction de la consommation ou de la baisse des frais imposée par la concurrence. Le secteur s'auto-régule et atteint une phase de maturité, ce qui signifie que l'accélération initiale va progressivement se stabiliser. 




C'est un accélérateur incontestable de la transition numérique et de la consommation courante, mais qualifier le mobile money d'accélérateur global de l'économie est une légère figure de style journalistique. Il facilite la richesse existante, mais il ne crée pas la structure industrielle qui manque encore au pays. 


 

Par Pamphil

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