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GÈRENT COMME DE L'ARGENT DE POCHE

GÈRENT COMME DE L'ARGENT DE POCHE
Gestion financière opaque des partis politiques au Gabon.

Scandale silencieux. Dérive inquiétante. Hypocrisie politique. Au Gabon, derrière les grands discours sur la démocratie et la bonne gouvernance, une question explosive mérite d'être posée. Que deviennent réellement les finances des partis politiques ? Dans plusieurs formations, l'opacité règne en maître et les militants sont maintenus dans l'ignorance. Pire encore, certains dirigeants donnent l'impression de gérer les ressources de leurs partis comme de l'argent de poche, comme des caisses privées. Une pratique moralement discutable qui choque de plus en plus et qui interroge la crédibilité de ceux qui prétendent incarner l'avenir politique du pays. Or pour obtenir l'autorisation de créer un parti politique au Gabon, la loi n°016/2025 relative aux partis politiques exige un seuil minimum de 10 000 adhésions munies d'un Numéro d'Identification Personnelle (NIP)


Oui, les partis politiques au Gabon sont formellement tenus de fournir leurs comptes bancaires officiels pour continuer d'exister légalement.  Il est désormais exigé de tenir une comptabilité claire et de prouver la provenance des fonds. 


Une dérive silencieuse qui menace la crédibilité de la démocratie


Au Gabon, la question du financement et de la gestion des partis politiques demeure l’un des sujets les moins abordés du débat public. Pourtant, au travers des discours sur la démocratie, la transparence et la bonne gouvernance, se cache une réalité qui dérange. De nombreux chefs de partis politiques semblent gérer les comptes de leurs formations comme de l'argent de poche.


Cette affirmation peut paraître sévère. Elle n’en demeure pas moins une préoccupation largement partagée par les militants, les cadres politiques et les observateurs de la vie publique nationale. Dans plusieurs formations politiques, les mécanismes de contrôle financier sont quasiment inexistants. Les militants ignorent souvent l’origine des ressources, le montant des cotisations collectées, les dépenses engagées ou encore l’état réel des comptes du parti.


Cette situation soulève une interrogation fondamentale. Comment des responsables politiques qui aspirent à gérer les affaires de l’État peuvent-ils refuser d’appliquer dans leurs propres partis les principes élémentaires de transparence et de redevabilité ?


Des partis transformés en caisses privées


Le problème est d’abord moral. Dans une démocratie moderne, un parti politique n’appartient pas à son président-fondateur. Il constitue un patrimoine collectif au service d’une vision, d’un projet de société et de milliers de militants qui consacrent temps, énergie et parfois argent à son développement.


Or, dans de nombreux cas, certains dirigeants semblent considérer leurs partis comme des caisses privées. Les décisions financières sont prises de manière unilatérale, sans consultation des instances compétentes et sans la moindre obligation de rendre des comptes.


Les trésoriers, lorsqu’ils existent réellement, sont souvent réduits à un rôle décoratif. Les bureaux politiques sont rarement informés des mouvements financiers importants. Quant aux congrès ou aux assemblées générales, ils se tiennent sans véritable présentation des bilans financiers.


Cette opacité nourrit toutes les suspicions.


Les militants se demandent où passent les fonds collectés lors des campagnes d’adhésion. Les donateurs s’interrogent sur l’utilisation de leurs contributions. Et l’opinion publique finit par associer les partis politiques à des structures où l’argent circule sans contrôle.


Quand les ressources du parti deviennent des ressources personnelles


La confusion entre les finances du parti et celles de son dirigeant constitue l’une des dérives les plus préoccupantes.


Dans certaines formations, les recettes provenant des cotisations, des dons ou des allers et retours au Palais de la Présidence de la République ou des soutiens divers semblent être traitées comme des ressources personnelles par ceux qui en assurent la gestion. Cette pratique, lorsqu’elle existe, représente une faute morale grave.


Un parti politique n’est pas une entreprise familiale. Encore moins un compte bancaire privé.


Les fonds qui lui sont destinés doivent être utilisés dans l’intérêt exclusif de l’organisation, de ses militants et de son projet politique. Ils ne doivent jamais servir à renforcer le confort personnel d’un dirigeant ou à entretenir des réseaux de fidélité fondés sur l’argent.


Pourtant, les témoignages de militants frustrés se multiplient depuis des années parfois dans les interviews accordés à certains médias. Beaucoup dénoncent des responsables qui décident seuls des dépenses, financent leurs déplacements, leurs activités personnelles ou leurs opérations de communication sans aucun mécanisme de vérification.


Dans ces conditions, comment convaincre les citoyens que la politique est un engagement au service du bien commun ?


Une question de moralité avant tout


Au-delà des aspects juridiques, la véritable question est celle de la moralité.


La politique repose d’abord sur la confiance. Lorsqu’un chef de parti donne l’impression d’utiliser les ressources de son organisation comme s’il s’agissait de leur argent de poche, il envoie un signal désastreux à ses militants et à l’ensemble de la société.


Il devient alors difficile de dénoncer la corruption dans les institutions publiques lorsque les mêmes pratiques prospèrent au sein des organisations censées promouvoir l’éthique et l’exemplarité.


La vertu politique ne se proclame pas dans les discours. Elle se démontre dans les actes quotidiens.


Un responsable politique véritablement attaché à la bonne gouvernance doit accepter le contrôle, la transparence et la reddition des comptes. Il doit être capable de justifier chaque dépense et de présenter régulièrement un bilan financier à ses militants.


Cette exigence n’est pas une faveur. C’est une obligation morale.


L’urgence d’une révolution culturelle


Le Gabon ne pourra construire une démocratie solide si les partis politiques continuent de fonctionner selon des logiques personnelles.


Les militants doivent désormais exiger davantage de transparence. Ils doivent réclamer des audits internes, des rapports financiers réguliers et des procédures de contrôle indépendantes.


Les statuts des partis doivent être respectés. Les trésoriers doivent exercer pleinement leurs missions. Les congrès doivent devenir de véritables espaces d’évaluation et non de simples cérémonies de validation.


L’argent politique ne doit plus être un sujet tabou.


Car lorsque les comptes d’un parti sont gérés comme de l'argent de poche, c’est la confiance des militants qui disparaît. C’est également la crédibilité de la démocratie qui s’effrite progressivement.


Les chefs de partis face à leurs responsabilités


Cette réflexion s’adresse directement aux chefs des partis politiques gabonais.


Les citoyens ne demandent pas l’impossible. Ils exigent simplement que ceux qui prétendent gouverner demain appliquent aujourd’hui les principes qu’ils promettent pour le pays.


La transparence financière n’est pas un luxe. Elle constitue le fondement même de la crédibilité politique.


Le temps est peut-être venu pour les dirigeants des formations politiques de démontrer que leurs partis ne sont ni des caisses privées, ni un patrimoine personnel, ni des instruments destinés à satisfaire des intérêts individuels.


L’avenir de la démocratie gabonaise dépend aussi de cette capacité à rompre avec les mauvaises habitudes et à instaurer une culture de responsabilité.


La question mérite d’être posée publiquement. Combien de chefs de partis politiques sont aujourd’hui prêts à ouvrir leurs comptes, à présenter leurs bilans financiers et à rendre des comptes à leurs militants ?


Le débat est lancé.

Par Pamphil

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