GABON CHAMPS DE SOJA ET D'ARACHIDE
Une réponse scientifique à une exigence gouvernementale
Face à l’interdiction imminente des importations de poulet de chair, une mesure gouvernementale forte, la recherche agronomique gabonaise se mobilise pour répondre aux besoins des éleveurs locaux. Le Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CENAREST), en collaboration avec le Programme National de Sélection et d’Amélioration Végétale et de Production de Semences (PNSAV-PS), a développé un programme innovant pour produire localement de la provende, aliment essentiel pour l’élevage.
Un programme national d'introduction et d'adaptation des cultures
La première phase de ce programme vise à introduire et tester des variétés étrangères de cultures stratégiques. Ont ainsi été implantées 11 variétés de soja, 11 d’arachide, 13 de maïs, 4 de haricot et 4 de niébé. Ces tests ont pour objectif principal de sélectionner les variétés les mieux adaptées aux conditions climatiques et aux sols locaux, afin de garantir un rendement optimal.
Deux sites pilotes, une collaboration fructueuse
Les champs d’expérimentation sont répartis sur deux sites. Mougoutsi à Tchibanga et Kougouleu. Ce dernier a récemment accueilli une visite ministérielle qui a permis de constater le sérieux et la qualité des travaux en cours. Les tests concernent non seulement le soja, le maïs, le haricot, le niébé et l’arachide, mais aussi la multiplication de semences de trois variétés de riz homologuées en 2025.
La Nyanga, terrain d’innovation et d’espoir économique
À Tchibanga, les résultats des essais agronomiques sur le soja et l’arachide rouge sont prometteurs. Au-delà de son rôle dans la production de provende, l’arachide présente un potentiel économique considérable pour la province. En effet, elle peut être transformée en pâte d’arachide et surtout en huile, un produit très apprécié pour ses bienfaits santé, recommandé par les professionnels médicaux.
Une voix scientifique engagée : le Dr Yonnelle Moukoumbi
Le Dr Yonnelle Moukoumbi, coordinatrice du PNSAV-PS, joue un rôle central dans la réussite de ce projet. Elle a notamment présenté avec fierté les trois variétés de riz homologuées, dont la variété Cheyi, actuellement en phase d’expérimentation auprès des agriculteurs locaux. Elle souligne l’importance de ces essais pour garantir une agriculture adaptée aux réalités gabonaises. « Notre objectif est de développer des cultures robustes, capables de répondre aux défis climatiques tout en valorisant le savoir-faire local. Ces variétés testées sur plusieurs sites permettront de diversifier la production agricole et d’améliorer la sécurité alimentaire du pays. »
Des variétés de riz adaptées et prometteuses
La variété Cheyi, implantée sur un demi-hectare à Nyali dans la Nyanga, est également cultivée sur plusieurs sites dans la province de l’Estuaire. Les premières récoltes sont attendues pour septembre, ouvrant la voie à une nouvelle étape dans la diversification des cultures au Gabon.
Un projet aux retombées nationales et internationales
Ce projet de recherche agricole ne se limite pas à un simple essai local. Il est porteur d’une vision nationale d’autosuffisance alimentaire et d’un développement durable. Il attire l’attention au-delà des frontières gabonaises, faisant rayonner le pays sur le plan international. Une visite de suivi est d’ailleurs prévue prochainement sur le site de Kougouleu, témoignant de l’importance stratégique de cette initiative pour le Gabon.
Ces deux champs d’essai jouent un rôle clé dans l’évaluation de l’adaptation et du rendement des variétés améliorées. Leur succès pourrait permettre de diversifier les cultures, d’assurer la sécurité alimentaire du pays, de créer des sources de revenus durables pour les agriculteurs locaux et de dynamiser la production de protéines végétales, essentielles pour l’économie et la santé publique.
Arachide: les chiffres
L'arachide est une culture vivrière très ancrée dans les habitudes de consommation des ménages gabonais (notamment pour le célèbre poulet aux arachides). Production locale annuelle: environ 33 000 tonnes. La production oscille généralement entre 32 000 et 34 000 tonnes selon les années. Taux d'autosuffisance: environ 25 % seulement. Malgré une production locale stable, le pays doit importer les 75 % restants de ses besoins pour satisfaire la demande intérieure
Soja: les chiffres
Le soja est le point faible des protéines végétales au Gabon. Il n'existe pas de filière agricole traditionnelle pour cette culture. Production locale. Pratiquement nulle (0 tonne) à l'échelle commerciale. Quelques données marginales historiques de la FAO faisaient état de micro-productions estimées à un peu plus de 4 000 tonnes, mais la filière n'a jamais décollé. Taux d'autosuffisance: 0 %. La totalité du soja (graines, huiles et tourteaux de soja pour l'alimentation du bétail) est importé.