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ÉGLISES DE RÉVEIL : ENTRE FOI ET DÉRIVES

ÉGLISES DE RÉVEIL : ENTRE FOI ET DÉRIVES
Au Gabon, les dérives des églises de réveil interrogent. Abus sexuels, escroqueries et manipulation spirituelle relancent le débat sur leur encadrement.

ls surgissent de nulle part, armés de pages sur les réseaux sociaux, de vidéos virales et d’un verbe habile. En quelques semaines, leurs assemblées se remplissent. Derrière l’autel, un homme ou une femme. Autour de lui, des brebis égarées, des fidèles en quête de sens, de guérison spirituelle ou de prospérité. Mais dans l’ombre, trop souvent, des actes qui n’ont rien de divin.


Le phénomène des dérives au sein des églises de réveil n’est pas nouveau au Gabon. Toutefois, il prend ces dernières années une ampleur préoccupante. Des milliers de confessions religieuses prolifèrent sur le territoire national, parfois sans agrément ni contrôle rigoureux des autorités. Les réseaux sociaux ont considérablement accéléré cette expansion.


Les faits qui ont marqué l’actualité illustrent cette réalité. En septembre 2022, le prophète Emmanuel Ndzoma, leader de la Synagogue du Gabon, est mis en cause après avoir affirmé avoir miraculeusement permis à une fidèle de tomber enceinte. Les autorités suspendent alors les activités de son église avant son incarcération.


En octobre 2023, le pasteur Jean-Yves Boussougou, responsable de l’église « Jésus-Christ Espérance des Nations » (JCEN), est placé sous mandat de dépôt pour des accusations de viols répétés sur plusieurs mineures.


L’année 2024 est également marquée par la mort suspecte du jeune Daniel Kilian Boussougou, âgé de trois ans, au sein de l’église Schekina à Owendo. Cette affaire suscite une vive émotion dans l’opinion publique et relance le débat sur les pratiques de certaines communautés religieuses.


En février 2026, Joël Andy Poungou, dirigeant du « Ministère de toutes les Nations », est à son tour incarcéré après des accusations d’atteinte aux bonnes mœurs, de violences physiques et d’agressions sexuelles.


Plus récemment, Georges Olivier Mbazaboua, responsable de l’église VLR, a été arrêté pour des faits présumés d’abus sexuels, d’escroquerie et de manipulation. Ces affaires médiatisées ne représentent probablement qu’une infime partie des abus commis dans certaines structures religieuses.


Au cœur de ces dérives se trouve souvent l’exploitation de la vulnérabilité humaine. La théologie de la prospérité, qui promet bénédictions et réussite matérielle en échange de contributions financières, constitue l’un des principaux outils de manipulation. Des fidèles en situation de détresse sont parfois amenés à verser d’importantes sommes d’argent dans l’espoir d’un miracle ou d’une amélioration de leur condition.


Face à cette situation, la responsabilité est collective. L’État doit renforcer le cadre juridique applicable aux organisations religieuses, notamment par un enregistrement obligatoire, un contrôle plus strict de leurs activités et des sanctions exemplaires en cas d’infraction. Les organisations religieuses faîtières ont également le devoir d’exercer une vigilance accrue et de sanctionner les responsables qui ternissent l’image de leur communauté.


La liberté de culte demeure un droit fondamental. Cependant, elle ne peut servir de couverture à des pratiques contraires à la loi et à la dignité humaine. Tant que la distinction ne sera pas clairement faite entre véritables guides spirituels et charlatans, l’ensemble des croyants continuera de subir les conséquences de cet amalgame.

Par NOEMI KIM

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