tvplusafrique

Société

PARFOIS UN SEUL REPAS PAR JOUR

PARFOIS UN SEUL REPAS PAR JOUR
Inflation au Gabon : la vie chère supprime le petit-déjeuner.

La vie chère n'est plus une simple préoccupation pour les ménages gabonais. Elle est devenue une réalité étouffante qui bouleverse les habitudes alimentaires, fragilise les familles et plonge de nombreux foyers dans une précarité terrible. Chaque jour, dans les marchés, les commerces de proximité et les supermarchés, les consommateurs constatent avec amertume l'envolée des prix des produits de première nécessité. Une situation qui suscite colère, incompréhension et désespoir.


Une inflation qui frappe au cœur des assiettes


Au Gabon, l'augmentation continue des prix des denrées alimentaires fait désormais tache d'huile dans toutes les couches sociales. Si les ménages modestes sont les premiers touchés, les classes moyennes elles-mêmes peinent désormais à maintenir un niveau de vie acceptable.


« Les Gabonais ne mangent plus bien »


déplore une consommatrice rencontrée dans un marché de Libreville.


« Avant, avec 5 000 francs CFA, on pouvait acheter de quoi préparer plusieurs repas. Aujourd'hui, cette somme ne suffit même plus pour une journée complète »


Les exemples abondent. La boîte de cassoulet, autrefois accessible à la majorité des familles, est devenue un produit de luxe pour certains foyers. Quant au poisson pêché localement, aliment pourtant incontournable de la cuisine gabonaise, son prix connaît une flambée spectaculaire. Le kilogramme, vendu autour de 2 500 francs CFA il y a encore quelques années, atteint désormais 4 500 francs CFA dans plusieurs marchés de la capitale.


Face à cette hausse généralisée, les ménages sont contraints de revoir leurs habitudes alimentaires à la baisse.


Le petit-déjeuner sacrifié


L'une des conséquences les plus visibles de cette crise du pouvoir d'achat est la disparition progressive du petit-déjeuner dans de nombreuses familles.


« Les Gabonais ne prennent même plus le petit-déjeuner le matin »


se lamente une mère de famille, la voix chargée de désarroi.


« Les enfants vont parfois à l'école avec seulement un verre d'eau ou après avoir mangé un morceau de pain sec. Nous faisons ce que nous pouvons, mais les prix nous dépassent »


Dans plusieurs foyers, le nombre de repas quotidiens est passé de trois à deux, voire à un seul repas consistant par jour à la tombée de la nuit. Les parents privilégient souvent les enfants, quitte à se priver eux-mêmes.


Cette stratégie de survie, adoptée par de plus en plus de familles, témoigne de l'ampleur des difficultés économiques auxquelles sont confrontés les Gabonais. Pris à la gorge par les dépenses incompressibles, logement, transport, scolarité, électricité ou encore eau, les ménages disposent de moins en moins de ressources pour se nourrir correctement.


Comment manger avec moins de 5 000 francs CFA par jour ?


La question revient avec insistance dans les discussions populaires. Comment nourrir une famille avec moins de 5 000 francs CFA par jour ?


Pour de nombreux travailleurs, cette somme représente parfois le revenu quotidien disponible, avant toute dépense. Or, dans un contexte de hausse généralisée des prix, elle ne permet plus de couvrir les besoins alimentaires d'une famille moyenne.


Tomates, huile, riz, poisson, viande, légumes. Presque tous les produits connaissent une augmentation plus ou moins importante. Dans les marchés, les consommateurs sont contraints de réduire les quantités achetées ou de renoncer à certains aliments.


« Nous achetons désormais au détail ce que nous prenions autrefois en quantité »


confie un père de famille.


« Même les produits les plus simples deviennent difficiles à acquérir »


Cette situation affecte directement la qualité nutritionnelle des repas. Les protéines animales sont souvent remplacées par des aliments moins coûteux mais également moins nutritifs. Une évolution qui inquiète certains observateurs au regard de ses conséquences potentielles sur la santé des populations, notamment celle des enfants.


La déception monte chez les consommateurs


Face à cette détérioration constante du pouvoir d'achat, les lanceurs d'alerte et certains membres de la société civile, associations  de consommateurs, femmes et hommes politiques multiplient les dénonciations. Ils pointent du doigt les dysfonctionnements des circuits de distribution, les pratiques spéculatives et l'absence de mécanismes efficaces de régulation des prix.


Pour eux, l'injustice alimentaire devient chaque jour plus visible. Alors que certains produits sont disponibles en abondance dans les rayons, une partie croissante de la population n'a tout simplement plus les moyens de les acheter.


Les consommateurs réclament davantage de contrôles sur les prix pratiqués et des mesures concrètes pour protéger les ménages les plus vulnérables.


« Il ne s'agit plus seulement d'économie »


estime un acteur associatif.


« Nous parlons désormais de la capacité des familles à se nourrir dignement. »


Des familles dépassées par les événements


Dans les quartiers populaires comme dans certaines zones périurbaines, les témoignages se ressemblent. Les ménages se disent dépassés par les événements et peinent à sortir la tête de l'eau.


Chaque hausse de prix est vécue comme un nouveau coup porté à un budget déjà criblé de difficultés. Les économies fondent rapidement tandis que les revenus stagnent.


Pour beaucoup, l'avenir est source d'inquiétude. Les parents redoutent notamment les conséquences de cette précarité alimentaire sur la santé et la réussite scolaire de leurs enfants. Car bien se nourrir demeure un préalable essentiel au développement et à l'épanouissement.


L'urgence d'une réponse durable


Alors que la vie chère continue de peser lourdement sur les ménages, nombreux sont ceux qui appellent à des réponses rapides et durables. Le renforcement des contrôles, le soutien à la production locale et la lutte contre les spéculations figurent parmi les pistes régulièrement évoquées.


En attendant, les familles gabonaises continuent de croupir dans une réalité de plus en plus difficile. Dans les marchés, les regards se tournent vers les étals sans toujours pouvoir concrétiser les achats souhaités. Le panier de la ménagère se vide progressivement, tandis que les inquiétudes grandissent.


Pour de nombreux Gabonais, se nourrir est une bataille épique qui se joue chaque matin autour de tables vides, où le petit-déjeuner a disparu et où le seul repas du soir est réduit à sa plus simple expression. 

Par Pamphil

Top Articles