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TANZANIE : LA PEUR PARALYSE

TANZANIE : LA PEUR PARALYSE
Tanzanie : appels à manifester face à un climat de terreur.

Moins d’un an après une répression sanglante d’une contestation antigouvernementale, les appels à manifester ce mardi se multiplient en Tanzanie. Pourtant, la peur et les menaces émanant des autorités paralysent de nombreux citoyens, réticents à descendre dans la rue.


Une mobilisation anticipée et un déploiement policier impressionnant


Dans les grandes villes, notamment à Dar es Salaam, la capitale économique, la police s’est massivement déployée ces derniers jours. Des agents en tenue anti-émeute, armés, sont positionnés aux abords de véhicules blindés à plusieurs endroits stratégiques. Officiellement, il s’agit d’un simple


« exercice de routine »


selon un représentant des forces de l’ordre. Mais ce déploiement intervient dans un contexte tendu, marqué par la multiplication sur les réseaux sociaux d’appels à manifester le 7 juillet.


Ce jour, appelé


« Saba Saba »


en kiswahili, commémore la création en 1954 de l’Union nationale africaine du Tanganyika (Tanu) par Julius Nyerere, parti qui mena le pays vers l’indépendance. La date symbolique revêt aujourd’hui une signification nouvelle, avec des revendications portées notamment sur une nouvelle Constitution et la justice pour les responsables de la répression passée.


La peur et la colère mêlées chez les citoyens


Nombreux sont ceux qui, malgré une colère sourde, hésitent à participer. Une femme de 36 ans témoigne de sa tristesse devenue rage. Son frère, âgé de 24 ans, a été abattu par la police dans la rue le jour des élections présidentielles et législatives d’octobre 2025, entachées de fraudes et d’épisodes de violences.


« J’ai peur et j’ai perdu espoir »


confie-t-elle sous couvert d’anonymat, redoutant des représailles.


Depuis ces événements, la situation a empiré selon elle.


« Les disparitions, les enlèvements et les assassinats continuent. La peur est omniprésente, beaucoup ne se sentent plus en sécurité »


ajoute-t-elle.


Un climat de terreur persistant


Dans un des quartiers les plus touchés par la répression d’octobre, un jeune homme de 29 ans observe, sceptique, la possibilité d’une mobilisation importante.


« Ils parlent de manifestations sur les réseaux sociaux, mais je doute que cela se réalise »


confie-t-il.


« Si le gouvernement voulait vraiment les autoriser, il n’y aurait pas ce déploiement massif de la police »


Les autorités multiplient en effet les avertissements, qualifiant les éventuels manifestants de « criminels ». Le préfet de Dar es Salaam a déclaré fin juin que toute nouvelle manifestation serait traitée avec la même sévérité que celle d’octobre, où la répression avait été sanglante.


« Ce que nous avons montré précédemment n’était qu’un avant-goût »


a-t-il prévenu.


Le traumatisme des violences passées


Ce souvenir douloureux reste vif dans les esprits. Un habitant de 35 ans d’Ubungo évoque des images d’horreur.


« Des corps jonchaient les rues, laissés à l’abandon ou transportés sur des charrettes. À chaque évocation du 7 juillet, la peur revient, et l’on se demande si l’histoire ne va pas se répéter. »


Une commission d’enquête officielle a reconnu en avril 2026 la mort de 518 personnes lors des violences, sans toutefois nommer les responsables. L’opposition et les défenseurs des droits humains évoquent quant à eux environ 2 000 décès causés par les forces de l’ordre.


Une présidente ambivalente face à la contestation


Samia Suluhu Hassan, présidente de la Tanzanie depuis 2021, avait initialement suscité l’espoir d’une ouverture démocratique après les années autoritaires de son prédécesseur. Elle avait notamment levé en 2023 l’interdiction des rassemblements politiques instaurée en 2015.


Cependant, fin juin, son gouvernement a rétabli cette interdiction, provoquant un tollé chez l’opposition. La cheffe du principal parti d’opposition a qualifié la mesure


d’« inconstitutionnelle et honteuse »


d’autant plus qu’elle intervient alors que le pays peine à panser les blessures du 29 octobre.


Répression et intimidations contre l’opposition


Les voix dissidentes sont toujours la cible d’intimidations, d’enlèvements et de violences. Le leader du principal parti d’opposition est emprisonné pour trahison depuis avril 2025, tandis que plusieurs de ses collaborateurs ont échappé de peu à des tentatives d’enlèvement.


Un haut responsable de ce parti affirme être sous surveillance constante, suivi jour et nuit par des agents en civil.


« Nous aspirons à un pays où la démocratie prévaut »


déclare la dirigeante de l’opposition.


« Nous voulions que la vérité sur les violences d’octobre soit connue et que justice soit rendue, mais rien n’a été fait. »


La Tanzanie se trouve à un carrefour crucial, tiraillée entre la peur d’une répression renouvelée et l’espoir ténu d’un changement démocratique. Le 7 juillet, date à forte portée symbolique, sera un test majeur de la capacité du pays à gérer ces tensions profondes.

Par Pamphil

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