3 000 EMPLOIS INDUSTRIELS À LA CLÉ POUR LE GABON
GABON-FRANCE, UN ACCORD HISTORIQUE SUR LE MANGANÈSE SIGNÉ À PARIS
Au-delà de l'événement diplomatique, ce texte marque une étape concrète dans la stratégie de souveraineté économique portée par le Chef de l'État depuis le début de la Transition.
Une feuille de route industrielle ambitieuse
Le protocole fixe un objectif chiffré, transformer localement jusqu'à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d'ici fin 2031. Trois chantiers structurent cette feuille de route. D'abord, une usine de production d'oxyde de manganèse dans la région de Libreville, dont la mise en service est envisagée fin 2028, destinée à alimenter la filière des batteries pour véhicules électriques et les aciers haute performance, un positionnement sur un marché mondial en pleine expansion. Ensuite, la réfection du Complexe Métallurgique de Moanda, dont le redémarrage rénové est prévu d'ici fin 2029. Enfin, à plus long terme, une nouvelle usine d'alliages de manganèse d'une capacité de 265 000 tonnes par an, dont le démarrage est envisagé en 2031, sous réserve d'une convention d'investissement distincte et de la sécurisation des conditions énergétiques et logistiques.
Ces trois scénarios restent conditionnés à des décisions finales d'investissement de la part d'Eramet. Mais leur formalisation dans un protocole signé au plus haut niveau constitue en soi un signal, le Gabon ne se contente plus d'exporter du minerai brut, il pose les bases d'une transformation industrielle sur son propre sol.
Un fonds dédié à l'emploi gabonais
Point notable de l'accord, le lancement d'un fonds d'amorçage industriel baptisé "Fabriqué au Gabon", destiné à soutenir le développement économique dans d'autres secteurs que le seul manganèse. L'ambition affichée est la création de 3000 emplois industriels à terme. Eramet Comilog et la Setrag, opérateur du chemin de fer Transgabonais, s'engagent par ailleurs à renforcer leur politique d'achat local, un levier direct de développement pour les entreprises gabonaises sous-traitantes.
Cette dimension emploi et achat local répond directement à l'un des axes que le Président Oligui Nguema défend depuis son arrivée à la tête de l'État, faire en sorte que l'exploitation des ressources naturelles du pays profite davantage à l'économie et à la main-d'œuvre gabonaises, plutôt que de se limiter à l'extraction et à l'exportation de matières premières.
Une stratégie de négociation qui porte ses fruits
Ce protocole s'inscrit dans la continuité d'une méthode que le Chef de l'État a affichée depuis le début de la Transition, privilégier le dialogue et la négociation avec les partenaires économiques historiques du Gabon plutôt que la rupture. Sur le dossier bancaire, cette approche s'était déjà traduite par une réforme réservant la direction générale des établissements financiers aux compétences nationales. Sur le manganèse, elle se traduit désormais par un accord qui engage l'un des plus grands groupes miniers mondiaux à investir dans la transformation locale et l'emploi gabonais, plutôt que de se limiter à l'exploitation du gisement.
C'est une différence d'approche notable par rapport à des schémas de rupture plus brutaux observés ailleurs sur le continent, où la nationalisation rapide de secteurs stratégiques a parfois fragilisé la relation avec les investisseurs, sans toujours garantir les capacités techniques de reprise en main immédiate. Le pari du Président gabonais semble être inverse. Maintenir le partenariat industriel avec Eramet tout en obtenant, par la négociation, des engagements concrets sur la transformation locale, l'emploi et la valeur ajoutée retenue au Gabon.
Une vision qui doit encore se concrétiser
Reste que l'essentiel du protocole demeure, à ce stade, une feuille de route et non des investissements déjà engagés. Les usines annoncées restent soumises à des décisions finales d'investissement, à la validation de conditions techniques et environnementales, et pour le projet le plus ambitieux, à une convention distincte encore à négocier. La vraie mesure du succès de cette politique se jouera donc dans les prochaines années, à l'aune du respect du calendrier annoncé et du volume réel d'emplois créés.
Il n'empêche, la signature de ce protocole, obtenue directement par le Président de la République face à son homologue français et aux dirigeants d'Eramet, constitue une avancée tangible dans la stratégie de valorisation économique nationale portée depuis le début de la Transition. Une vision qui, pièce après pièce réforme bancaire, dossier manganèse, exigences de compétences nationales commence à prendre une forme concrète.