YAYI AU SÉNAT
Un revirement assumé
L'installation officielle du Sénat est prévue le jeudi 30 juillet à Porto-Novo. À cette occasion, Boni Yayi, sénateur de droit en sa qualité d'ancien chef de l'État, a confirmé qu'il prendra effectivement part aux travaux de la chambre haute.
Cette décision contraste avec la position qu'il défendait quelques mois plus tôt. Lorsque les groupes parlementaires de la majorité, l'Union progressiste le Renouveau (UPR) et le Bloc républicain (BR), avaient proposé la création du Sénat dans le cadre d'une révision de la Constitution, l'ancien président s'y était opposé avec fermeté. Il considérait alors que cette réforme n'était ni prioritaire ni adaptée au contexte politique du pays.
Dans son message, il rappelle d'ailleurs cette prise de position.
« J’avais publiquement fait connaître ma position, en indiquant clairement que je n’envisageais pas de siéger au sein de cette institution, pour les raisons que j’avais alors exposées »
écrit-il.
Un contexte politique profondément modifié
Pour Boni Yayi, les évolutions intervenues depuis l'adoption de la réforme constitutionnelle justifient aujourd'hui sa décision. Il estime que la configuration politique actuelle impose une nouvelle lecture de la situation nationale.
« Depuis lors, le contexte national a considérablement évolué et beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Notre pays fait face à de nouvelles réalités institutionnelles, notamment la mise en place d'un Parlement monocolore »
souligne l'ancien chef de l'État. Selon lui, cette situation a entraîné un affaiblissement des espaces de concertation entre les acteurs politiques. Il déplore notamment que
« les cadres de dialogue politique sont devenus quasi inexistants »
une évolution qu'il juge préoccupante pour le fonctionnement démocratique.
Faire du Sénat un espace de dialogue
Dans ce contexte, Boni Yayi estime que le Sénat peut devenir un instrument de décrispation de la vie politique béninoise. Il affirme vouloir utiliser cette tribune pour défendre les valeurs qu'il considère essentielles au développement du pays, notamment le respect des droits de l'Homme, les libertés fondamentales, l'unité nationale, la sécurité, le dialogue, la démocratie et la paix.
L'ancien président explique ainsi que
« après mûre réflexion, il apparaît dès lors que le Sénat pourrait être un cadre de dialogue politique interne destiné à porter la voix et les attentes du peuple »
Il précise qu'il exercera son mandat
« en vertu de l'article 113-3 de la Constitution »
soulignant qu'il agit dans le respect des dispositions constitutionnelles.
Une décision qui suscite des interrogations
Conscient que ce changement de position peut surprendre, Boni Yayi insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une démarche personnelle ou d'une ambition politique.
« Je n’en suis pas demandeur, c’est la Constitution »
affirme-t-il, avant d'assurer qu'il travaillera avec les autres membres de la chambre haute afin de
« faire du Sénat un vase d'honneur pour les intérêts du peuple »
béninois.
Au moment où il dénonçait la création du Sénat, Boni Yayi présidait encore le parti d'opposition Les Démocrates. Il a depuis quitté la tête de cette formation politique, sans préciser publiquement s'il en demeure membre. Son entrée au Sénat intervient donc dans un contexte où son rôle sur l'échiquier politique béninois continue d'alimenter les interrogations.