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LANGUES MATERNELLES : L’INITIATIVE DE MOUILA RELANCE LE DÉBAT SUR LEUR PLACE À L’ÉCOLE

LANGUES MATERNELLES : L’INITIATIVE DE MOUILA RELANCE LE DÉBAT SUR LEUR PLACE À L’ÉCOLE
L’enseignement des langues maternelles au Gabon relance le débat sur leur intégration à l’école pour préserver l’identité culturelle et le patrimoine linguistique national.

L'initiative de la Fondation Raponda-Walker à Mouila dépasse largement le cadre d'une simple campagne de sensibilisation. En réintroduisant les langues maternelles dans un cadre scolaire, elle remet sur la table une question fondamentale : quelle place le Gabon accorde-t-il à son patrimoine linguistique dans l'éducation des nouvelles générations ?


Aujourd'hui, de nombreux enfants grandissent sans parler la langue de leurs parents ou de leurs grands-parents. Pour certains, le français est devenu l'unique langue de communication, tandis que les langues nationales ne sont plus utilisées qu'occasionnellement, voire plus du tout au sein des familles. Cette évolution s'explique par plusieurs facteurs , l'urbanisation, les mariages mixtes, la mobilité des populations, mais aussi la conviction, parfois, que seule la maîtrise du français favorise la réussite scolaire et professionnelle.


Une richesse culturelle en danger


Or, une langue ne sert pas uniquement à communiquer. Elle véhicule une histoire, une vision du monde, des valeurs, des traditions, des savoirs et une mémoire collective. Lorsqu'une langue cesse d'être transmise, c'est une partie du patrimoine culturel qui risque de disparaître avec elle.


Le Gabon compte une quarantaine de langues nationales. Pourtant, plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui fragilisées par le manque de transmission entre générations. Cette réalité interroge la capacité du pays à préserver une diversité linguistique qui constitue l'une de ses plus grandes richesses.


Pourquoi ne pas intégrer les langues nationales à l'école ?


L'expérience menée à Mouila ouvre une réflexion plus large. Pourquoi l'enseignement des langues nationales ne trouverait-il pas sa place dans les établissements scolaires, au même titre que d'autres disciplines ?


Sans remettre en cause le rôle du français comme langue officielle, un enseignement structuré des langues maternelles pourrait permettre aux élèves de mieux connaître leurs origines, de développer leur identité culturelle et de préserver un héritage commun. Dans plusieurs pays africains, les langues locales sont déjà intégrées dans les programmes scolaires, notamment au primaire, avec des résultats encourageants sur le plan de l'apprentissage et de la valorisation des cultures nationales.


Une responsabilité collective


L'école peut jouer un rôle essentiel, mais elle ne peut agir seule. La transmission des langues commence aussi dans les familles, où les parents et les grands-parents demeurent les premiers passeurs de culture.


L'initiative de la Fondation Raponda-Walker rappelle ainsi qu'une langue ne se conserve pas uniquement dans les livres ou les dictionnaires : elle vit lorsqu'elle est parlée, enseignée et transmise au quotidien.


À l'heure où la mondialisation uniformise les modes de vie et les pratiques culturelles, préserver les langues gabonaises ne relève pas d'un simple attachement au passé. C'est un investissement pour l'avenir, afin que les générations futures puissent grandir avec une double richesse , l'ouverture sur le monde et la connaissance de leurs propres racines.

Par NOEMI KIM

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