CRISE À L'ÉTAT CIVIL
Sur place, le constat est sans appel. Des usagers attendent leurs documents administratifs et certains repartent mécontents, faute de pouvoir obtenir leurs actes de naissance. Pour le maire, cette situation constitue manifestement la goutte d’eau qui a débordé le vase. Il donne alors un véritable coup de poing sur la table et réclame des explications aux agents.
« Expliquez-moi pourquoi les gens n'ont pas pu avoir leurs actes de naissance ? Pourquoi ils sont tous énervés comme ça ? Pourquoi ça n'avance pas ? Pourquoi les gens n'ont pas leurs documents ? C'est dû à quoi ? Est-ce que moi j'empêche les gens de venir me voir pour les papiers ? À quel moment vous êtes montés à mon bureau pour me demander du papier, ce n'est pas des ennuis ? À quel moment ? Mais quand vous ne dites rien, vous ne faites rien, qu'est-ce qui se passe ? »
a déclaré Pascal Houangni Ambouroue.
L’état civil au cœur du problème
Pour l’édile, le fonctionnement d’un service aussi essentiel ne devrait souffrir d’aucun atermoiement. L’état civil constitue en effet l’un des rouages fondamentaux d’une administration municipale, particulièrement dans une ville où les citoyens sollicitent quotidiennement des actes et documents indispensables à leurs démarches.
Voir les usagers attendre plusieurs jours, revenir à plusieurs reprises ou repartir bredouilles n’est donc pas acceptable à ses yeux. Le maire reproche surtout aux responsables concernés de ne pas avoir suffisamment anticipé la rupture de stock ni fait remonter l’information avec la célérité nécessaire.
« Les usagers ne sont pas contents et on est là au service des usagers. Comment pouvez-vous faire autant de jours sans papier, sans pour autant alerter la hiérarchie ? Si vous voyez que ça ne passe pas ici, venez en conseiller »
a-t-il lancé.
Une réponse des agents fait alors état de prévisions et d’alertes déjà effectuées. Mais cette explication ne semble pas avoir suffi à calmer l’agacement du maire.
« Vous savez que c'est le centre même des tâches de la mairie. Donc vous devez être au fait de ce qu'il n'y a plus de papier »
insiste-t-il, tout en rappelant que les populations ne doivent pas subir les conséquences de difficultés internes.
Le problème rapidement débloqué
L’intervention de Pascal Houangni Ambouroue aura toutefois eu un effet immédiat. Une fois informé de la situation, le maire a ordonné l’approvisionnement du service de l’état civil afin de permettre la reprise normale des activités.
« J'ai été informé hier, j'ai fait descendre tous les papiers qu'il fallait. Automatiquement, j'ai diligenté quelqu'un qui vient vous déposer les cartons »
explique-t-il.
L’édile estime cependant que cette intervention d’urgence ne doit pas devenir le mode de fonctionnement habituel. Il appelle les responsables administratifs à davantage de réactivité et de communication.
« Donc si je ne suis pas informé, si vous estimez que là-haut ça ne passe pas, il faut informer. Vous laissez perdurer des situations où les gens ne sont pas contents. Ils vont dans les quartiers, ils disent n'importe quoi »
poursuit-il.
Le maire déplore également que de tels dysfonctionnements finissent par alimenter les critiques contre les responsables municipaux.
« On accuse madame Leyougou qui est là, qui regarde d'où. On accuse le maire que c'est nous qui faisons en sorte que ça ne marche pas »
regrette-t-il.
Une gestion des stocks à revoir ?
Au-delà de l’épisode du papier, cette affaire soulève une interrogation sur la circulation de l’information au sein de la mairie. Le maire doit-il être personnellement informé de chaque rupture de fourniture dans les services municipaux alors que des responsables sont précisément chargés de leur fonctionnement quotidien ?
Selon certaines informations, le chef du service de l’état civil aurait pourtant signalé la difficulté au directeur du personnel, avant que l’alerte ne soit transmise aux responsables concernés. Si cette version se confirme, une question demeure. Pourquoi l’alerte n’a-t-elle pas entraîné un réapprovisionnement suffisamment rapide ?
Autre point sensible. La gestion des stocks. Dans un service aussi sollicité que l’état civil, l’existence d’un stock de sécurité ou d’un seuil d’alerte permettrait normalement d’éviter une rupture totale.
Tirer les leçons de l’incident
Alors que la mairie de Port-Gentil traverse une phase de restructuration, cet épisode rappelle l’importance d’une administration organisée, réactive et capable d’anticiper. Chaque responsable doit assumer pleinement son rôle. Prévoir les besoins, signaler les difficultés et déclencher les mesures correctives à temps.
Pour éviter que l’eau ne soit durablement dans le gaz entre la hiérarchie et les services, le renforcement des capacités apparaît indispensable. La formation des agents municipaux, notamment autour de la
« boîte à outils des maires et leurs agents »
pourrait contribuer à améliorer les méthodes de travail.
Car si la situation est finalement revenue à la normale, elle aura surtout mis en lumière les failles d’un rouage essentiel. Celui de la transmission de l’information et de l’anticipation au sein de l’administration municipale.