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RIZ : POURQUOI LE GABON RESTE DÉPENDANT

RIZ : POURQUOI LE GABON RESTE DÉPENDANT
Malgré une production locale estimée à 1 760 tonnes, le Gabon importe encore massivement du riz, pour une facture annuelle de 41 milliards de FCFA.

Le Gabon produit bien du riz. Pourtant, cette production locale demeure très faible face aux besoins de la population. Chaque année, le pays importe plus de 95 000 tonnes de cette céréale pour une facture estimée à 41 milliards de FCFA.Derrière ce chiffre se pose une question essentielle , pourquoi le Gabon reste-t-il aussi dépendant des importations alors que des projets de production existent déjà sur son territoire ?


Une production locale encore très limitée


Selon les données de la FAO, la production gabonaise aurait atteint environ 1 760 tonnes de riz paddy en 2024. Le riz paddy désigne le grain brut récolté, avant son décorticage et sa transformation en riz consommable.Cette quantité reste marginale face à une consommation nationale estimée à près de 90 000 tonnes de riz par an. La production locale ne permet donc pas, pour le moment, d’approvisionner suffisamment les marchés et les ménages.


La Stratégie nationale de développement de la riziculture 2024-2033⁠ reconnaît d’ailleurs que la filière gabonaise n’est pas encore véritablement structurée. La culture du riz existe, mais elle reste portée par de petites exploitations, des initiatives privées et des programmes expérimentaux.


Des tentatives anciennes, mais peu durables


La production de riz au Gabon ne date pas d’aujourd’hui. Dès les années 1940, des cultures avaient été lancées dans la Ngounié et la Nyanga. Des missions chinoises puis japonaises avaient également participé au développement de périmètres rizicoles, notamment à Tchibanga, Akok et Ndendé.


Mais ces expériences n’ont pas permis d’installer une filière durable. Le manque de mécanisation, les difficultés d’accès aux zones de production, l’insuffisance de la main-d’œuvre et l’arrêt de certains financements ont progressivement freiné les activités.


Entre 2010 et 2015, quelques projets privés ont tenté de relancer la production. Du riz cultivé localement avait même été vendu dans certaines grandes surfaces. Là encore, ces initiatives n’ont pas atteint une dimension suffisante pour réduire durablement les importations.


Kougouleu prépare le riz « Made in Gabon »


À Kougouleu, dans la province de l’Estuaire, des chercheurs gabonais travaillent depuis plusieurs années à la création et à la sélection de variétés adaptées aux sols et au climat du pays.


Ces recherches, menées avec plusieurs partenaires internationaux, ont permis de tester des semences parfumées et non parfumées. L’objectif est de proposer aux futurs producteurs des variétés capables d’offrir de meilleurs rendements dans les conditions agricoles gabonaises.


Le Gabon a également sollicité l’accompagnement d’AfricaRice afin de renforcer la recherche, la formation et le développement de la filière. En juin 2026, des discussions ont notamment été engagées autour de l’installation d’un point focal de cette organisation dans le pays. AfricDirect⁠


Pourquoi les importations restent-elles indispensables ?


Disposer de terres et de semences adaptées ne suffit pas pour produire du riz à grande échelle. Il faut également aménager les surfaces agricoles, assurer l’irrigation, mécaniser les récoltes et construire des unités de transformation et de stockage.


Les producteurs doivent aussi pouvoir accéder aux financements, aux intrants et aux équipements. Enfin, le riz gabonais doit être suffisamment disponible et compétitif pour trouver sa place dans les commerces face aux produits importés.Aujourd’hui, l’absence d’une chaîne complète allant de la production à la commercialisation empêche encore le riz local de répondre aux besoins du marché national.


L’objectif de couvrir 62 % des besoins


Dans sa stratégie nationale, le Gabon ambitionne de produire 86 370 tonnes de riz paddy à l’horizon 2033. Après transformation, cela représenterait environ 56 140 tonnes de riz blanc, soit près de 62 % des besoins actuels du pays.La première phase, prévue entre 2024 et 2028, doit notamment permettre d’aménager plus de 3 000 hectares. Une phase d’accélération devrait ensuite porter les surfaces exploitées à plus de 7 400 hectares entre 2029 et 2033.L’Estuaire, la Ngounié, le Woleu-Ntem, le Haut-Ogooué et la Nyanga figurent parmi les principales zones retenues.


Transformer la facture en richesse nationale


Les 41 milliards de FCFA consacrés chaque année aux importations représentent aussi une importante richesse qui quitte l’économie nationale. Une production locale plus forte permettrait de créer des emplois dans la culture, la récolte, la transformation, le transport et la commercialisation.


Le Gabon produit donc déjà du riz, mais pas encore dans des proportions capables de répondre aux besoins de sa population. Le véritable enjeu consiste désormais à transformer les recherches, les formations et les stratégies annoncées en une production régulière, visible et accessible sur les marchés.


La souveraineté alimentaire ne dépendra pas seulement de la capacité du pays à cultiver du riz, mais surtout de sa capacité à construire toute une filière autour de cette production.

Par NOEMI KIM

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