NTCHENGUÉ EMPOISONNÉ
Lorsque les déchets sont brûlés, la fumée ne s’arrête pas aux limites de la décharge. Elle se répand dans les rues, s’infiltre dans les maisons et contraint les habitants à vivre portes et fenêtres fermées, avec la crainte permanente des conséquences sur leur santé.
Une riveraine raconte une nuit particulièrement éprouvante, où elle a failli trépasser. Une nuit au cours de laquelle la fumée s’est introduite dans son domicile.
« Il y a un jour, dans la nuit, je me suis réveillée sur le sol. J’étais étouffée. La fumée était rentrée dans la maison et je me suis sentie complètement suffoquée. Quand je me suis réveillée en sursaut, j’ai vraiment eu peur. J’ai toussé toute la nuit. J’avais déjà souffert de problèmes respiratoires et, lorsque j’ai aspiré cette fumée, cela a réveillé ma maladie. Pendant au moins une semaine, j’ai souffert. J’avais mal à la poitrine. Nous sommes parfois obligés de recourir à des remèdes traditionnels, notamment des feuilles que nous faisons bouillir avant de les boire, simplement pour essayer de nous soulager »
témoigne-t-elle à OMI.
Une nuisance qui dure depuis des années
Sur place, l’atmosphère témoigne de la réalité décrite par les habitants. Même en dehors des épisodes où les fumées sont les plus denses, l’air reste étouffante en raison de la proximité de la décharge.
Pour les riverains, le problème n’est pourtant pas nouveau. Ils affirment avoir alerté à plusieurs reprises les autorités au fil des années. Mais, selon eux, les promesses sont restées lettre morte.
« Est-ce que c'est aujourd'hui ce problème de la décharge qui se rapproche des habitations ? C'est pas aujourd'hui, hein ? À chaque fois, on se plaint. Oh oui, on viendra vous faire ceci, on viendra vous faire cela. Une fois qu'on les a trouvés, les plaques sont déjà bien placées. On vous oublie, ils vous tournent le dos »
déplore une habitante.
Au-delà des fumées, les riverains dénoncent également l’évolution du périmètre de la décharge, qu’ils estiment désormais beaucoup trop proche des habitations.
« On n’arrive pas à comprendre »
Pour un autre habitant, cette proximité n’existait pas lorsque plusieurs familles se sont installées dans le secteur. Il s’interroge aujourd’hui sur les limites actuelles de la décharge et sur les raisons de son extension.
« La décharge n'arrivait pas ici. La décharge s'est arrêtée là-bas quand je suis arrivé ici avec SGA. Elle s'arrêtait là-bas. Je ne connais pas les nouveaux découpages qu'ils ont fait avec GPS. “C'est ce qui permet à ce que la décharge arrive jusqu'ici. On n'arrive pas à comprendre pourquoi la décharge arrive jusqu'ici. Sinon les vraies limites de SGA, ça devait passer par là-bas. Le manguier là devait rester de ce côté et cette décharge devait s'arrêter au fromager qui est là-bas »
déplore un riverain.
Face à cette situation qui perdure, certains habitants ne se contentent plus de constater. Un jeune du quartier a choisi d'interpeller directement le sommet de l'État.
“Monsieur le Président de la République, je m'adresse à vous directement, s'il vous plaît, de grâce. Regardez comment on vit à Ntchengué Badamier. Vraiment, c'est compliqué pour nous, c'est difficile. On appelle à votre bienveillance. Essayez de faire quelque chose pour nous. Ce problème de la poubelle, on brûle tous les jours. C'est du lundi à lundi, c'est non-stop. Du lundi à lundi, c'est non-stop. Et on vit avec ça tout le temps. Monsieur le Président de la République, s'il vous plaît, j'attire votre bienveillance. Essayez de trouver une solution pour cette poubelle”
A Ntchengué Badamier, la population étouffe, littéralement. Ces derniers, souvent atteints de maladies respiratoires, espèrent avec hâte une action des plus hautes autorités pour sortir de ce piège qui se resserre.