ÉTAT FINANCE BRT
Cette décision constitue un soutien attendu pour un programme dont le périmètre s’est considérablement élargi. Elle ne signifie toutefois pas que le déficit est entièrement résorbé. Une partie des ressources nécessaires à la réalisation du nouveau schéma reste encore à mobiliser.
Une ponction fiscale transférée au budget de l’État
D’après des responsables du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), le ministre Alamine Ousmane Mey a confirmé à Roger Mbassa Ndiné, maire de Douala, que l’État prendrait à sa charge la TVA associée aux achats de biens et services concernés par les différents marchés du PMUD.
Cette dépense sera enregistrée sur la ligne budgétaire réservée aux contributions de l’État relatives à la TVA, aux droits et aux taxes douanières applicables aux projets bénéficiant d’un financement conjoint dans les domaines de l’habitat et du développement urbain.
Pour le projet, cette mesure représente une bouffée d’oxygène sur le plan financier. Elle permet surtout d’alléger la part fiscale qui aurait autrement été supportée par les ressources affectées au PMUD. En revanche, elle ne fait pas disparaître le coût réel des travaux. Elle en modifie simplement la répartition entre les différents financeurs.
365,4 milliards FCFA pour le nouveau périmètre
L’origine du problème financier se trouve dans l’extension du réseau destiné à alimenter le corridor pilote du BRT. Le Comité de pilotage du PMUD cherche actuellement à sécuriser les ressources nécessaires à la construction de 66,8 km supplémentaires de voies de rabattement.
Une fois ces nouvelles infrastructures réalisées, l’ensemble du réseau de voiries appelé à desservir le système de transport collectif atteindrait environ 80 km.
Au 17 juillet 2026, l’évaluation du coût nécessaire pour achever le projet s’établissait à 365,4 milliards de FCFA toutes taxes comprises. L’enveloppe initialement disponible ne dépassant pas 260,8 milliards de FCFA, l’écart atteignait donc 104,6 milliards de FCFA.
Le pactole à trouver n’est donc pas né d’une simple hausse mécanique des dépenses. Il résulte avant tout de l’ambition nouvelle donnée au réseau de rabattement, devenu une composante centrale du dispositif de mobilité envisagé pour Douala.
Près de 59 milliards de TVA dans la facture
Les nouvelles voies expliquent l’essentiel de l’augmentation. Avant leur intégration, le coût retenu était d’environ 226 milliards de FCFA hors taxes. Avec les travaux supplémentaires, cette base grimpe à 306,4 milliards de FCFA hors taxes, soit une progression de 80,4 milliards.
À cette somme s’ajoutent environ 58,9 milliards de FCFA au titre de la TVA. Le coût global atteint ainsi 365,4 milliards de FCFA TTC.
La prise en charge décidée par l’État ne constitue donc pas une baisse du prix des infrastructures. Il s’agit plutôt d’un mécanisme permettant de transférer vers le budget public une partie de la charge fiscale liée à leur réalisation.
Cette option figurait déjà parmi les scénarios étudiés par les responsables du PMUD. L’idée consistait à obtenir un traitement fiscal permettant de réduire le besoin de financement additionnel, puis à rechercher auprès des partenaires financiers les ressources nécessaires pour couvrir le solde.
Le financement reste en ligne de mire
La décision gouvernementale apporte désormais une réponse concrète sur le volet fiscal. Le PMUD repose notamment sur des financements de la Banque mondiale, mobilisés à travers la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l’Association internationale de développement (IDA).
Parallèlement, le projet avance sur le terrain administratif. La deuxième phase des voies de rabattement est déjà engagée dans le processus de passation des marchés. L’appel d’offres lancé en juillet concerne précisément 66,796 km de voiries, répartis en trois lots.
L’enjeu consiste désormais à éviter que les difficultés financières ne se traduisent par une réduction du projet ou de ses performances.
Le BRT sous pression budgétaire
Car le financement des infrastructures intervient alors que la configuration même du futur BRT est discutée avec la Banque mondiale. Face à l’insuffisance des ressources disponibles et aux contraintes de calendrier, une version moins coûteuse du système est actuellement envisagée.
Dans le scénario le plus ambitieux, le BRT doit pouvoir atteindre une vitesse commerciale moyenne allant jusqu’à 35 km/h. La variante allégée étudiée ramènerait cette performance dans une fourchette comprise entre 18 et 25 km/h.
Une telle évolution ne serait pas neutre. Elle pourrait entraîner une révision des objectifs opérationnels du projet, notamment ceux portant sur une fréquentation quotidienne de 535 000 passagers et sur une flotte de 251 autobus.
Autrement dit, derrière la question comptable se joue aussi la capacité du futur réseau à tenir les promesses de mobilité qui ont accompagné sa conception.
Une échéance fixée à juin 2028
Les questions financières ne sont par ailleurs pas les seules préoccupations. Certains terrains prévus pour accueillir les centres d’exploitation et de maintenance doivent encore être sécurisés. Dans le même temps, la clôture du projet est programmée au 16 juin 2028.
Le calendrier apparaît donc particulièrement contraint. Chaque arbitrage financier peut avoir des conséquences sur le rythme d’exécution et, potentiellement, sur les caractéristiques finales du système.
Une revue de restructuration avec la Banque mondiale est programmée à la fin de septembre 2026. Cette étape doit permettre d’examiner les ajustements nécessaires à la lumière des contraintes techniques, financières et calendaires.
La prise en charge de la TVA constitue ainsi un premier bouclier contre une partie de la pression financière qui pèse sur le PMUD. Mais elle ne règle pas à elle seule le déficit de 104,6 milliards de FCFA. Le montant qui restera à mobiliser dépendra notamment des dépenses fiscales effectivement assumées par l’État et des décisions qui seront prises lors de la restructuration.
Pour Douala, l’objectif demeure est de préserver les voies de rabattement indispensables au fonctionnement du BRT et éviter que les contraintes budgétaires ne conduisent à une réduction de ses performances. À l’approche des prochaines discussions avec la Banque mondiale, le financement reste donc au cœur des négociations.