BIENS MAL ACQUIS, QUAND UNE ARCHIVE DE 2011 RATTRAPE LA DÉCLARATION D’ALI BONGO
Et elle raconte une histoire sensiblement différente de celle que pourrait laisser entendre sa prise de parole actuelle, c’est sous Ali Bongo, et sur une décision alors attribuée directement au président de la République, que l’État gabonais s’est constitué partie civile dans cette affaire.
Quinze ans séparent les deux séquences.
Ce 19 septembre 2026, Ali Bongo Ondimba est sorti de son silence pour dénoncer la position récemment adoptée par la République gabonaise dans l'affaire dite des "biens mal acquis", estimant notamment que les termes employés portent atteinte à la mémoire de son père, Omar Bongo Ondimba. Mais une archive datée du 14 janvier 2011 vient apporter un élément essentiel au débat.
Ce jour-là, le magazine français Challenges publie un article au titre sans ambiguïté : « Biens mal acquis : le Gabon se constitue partie civile ».
Et surtout, le journal rapporte les déclarations de Me Patrick Maisonneuve, alors avocat de l'État gabonais. Selon lui, la décision de constituer le Gabon partie civile avait été « décidée par le président Ali Bongo ». Cette phrase change considérablement la lecture du débat actuel.
ALI BONGO était aux commandes
En janvier 2011, Brice Clotaire Oligui Nguema n'était pas président de la République. Ali Bongo Ondimba était chef de l'État depuis 2009. Et c'est pendant sa présidence que la République gabonaise choisit officiellement d'entrer comme partie civile dans une procédure concernant notamment les conditions d'acquisition en France de biens attribués à Omar Bongo et à son entourage.
Précision essentielle,Ali Bongo n'a pas déclenché l'enquête française. Celle-ci trouve son origine dans des plaintes antérieures et une information judiciaire avait déjà été ouverte. Mais faire entrer l'État gabonais dans cette procédure était bien une autre décision.
Et l'avocat représentant alors le Gabon l'attribuait explicitement au président Ali Bongo.
QUINZE ANS PLUS TARD, UNE QUESTION S'IMPOSE
Comment comprendre alors la prise de parole de l'ancien président sans rappeler cette décision ? Car pendant quatorze années au pouvoir, Ali Bongo a été à la tête de l'État qui s'était constitué partie civile. La procédure n'a donc pas été inventée après le 30 août 2023.
Elle n'a pas davantage été imposée au Gabon par Brice Clotaire Oligui Nguema. Au contraire, le pouvoir actuel a trouvé l'État gabonais déjà engagé comme partie civile dans ce dossier. Il faut évidemment distinguer cette décision historique des actes procéduraux effectués récemment par les avocats du Gabon. Les observations déposées en 2026 constituent une nouvelle étape et peuvent faire l'objet d'un débat distinct. Mais elles ne peuvent effacer l'origine de la présence de la République gabonaise dans le dossier.
LES ARCHIVES ONT LA MÉMOIRE LONGUE
C'est précisément ce que rappelle aujourd'hui cet article vieux de quinze ans. Lorsque la décision est prise en 2011, Omar Bongo est décédé depuis moins de deux ans. Son fils est président de la République. Et pourtant, c'est sous cette présidence que le Gabon décide de se présenter devant la justice française comme partie civile dans l'affaire des biens mal acquis. Ce constat ne permet pas, à lui seul, d'affirmer qu'Ali Bongo considérait son père coupable. Une constitution de partie civile n'est juridiquement ni une condamnation ni une reconnaissance de culpabilité. Mais il permet de poser une question beaucoup plus précise, si la participation de l'État gabonais à cette procédure constitue aujourd'hui une atteinte à la mémoire d'Omar Bongo, pourquoi Ali Bongo avait-il lui-même décidé, en 2011, d'y engager la République gabonaise comme partie civile ?
C'est cette contradiction que sa prise de parole du 19 septembre ne peut éluder. Car les gouvernements changent. Les discours également.
Les archives, elles, restent. Et celle du 14 janvier 2011 remet aujourd'hui au centre du débat un fait difficilement contestable, bien avant Oligui Nguema, c'est sous Ali Bongo que la République gabonaise avait choisi de prendre place dans l'affaire des biens mal acquis.