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HÔPITAUX ASPHYXIÉS

HÔPITAUX ASPHYXIÉS
Le système de santé gabonais souffre d'un sous-financement chronique et d'une pénurie critique de personnel soignant.

Un système fragilisé par le manque de moyens et de soignants. Le système sanitaire gabonais fait face à un double défi. L’insuffisance des financements publics et la pénurie de personnels médicaux. Dans sa Revue des finances publiques 2026, la Banque mondiale met en évidence les faiblesses structurelles du secteur. Malgré certaines améliorations sanitaires, les moyens mobilisés demeurent insuffisants et inégalement répartis pour répondre aux besoins de la population et aux objectifs du Plan national de croissance et de développement (PNCD).


Un financement très éloigné des besoins


Les chiffres présentés par la Banque mondiale révèlent l’ampleur du retard. En 2024, les dépenses publiques consacrées à la santé représentaient seulement 1 % du produit intérieur brut (PIB). Une proportion nettement inférieure à la moyenne de 1,8 % observée en Afrique subsaharienne et aux 4,3 % enregistrés dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.


Plus préoccupant encore, la santé ne bénéficiait que d’environ 4 % des allocations budgétaires nationales. Un niveau particulièrement éloigné des 15 % préconisés par la Déclaration d’Abuja. Pour l’institution financière, les ressources disponibles ne permettent donc pas de satisfaire convenablement les besoins sanitaires du pays.


Cette insuffisance financière se répercute directement sur les capacités du système hospitalier et sur la qualité de l’accès aux soins.


Une pénurie de médecins aggravée par les inégalités territoriales


Le manque de personnel constitue un autre obstacle majeur. En 2022, le Gabon disposait de seulement 0,5 médecin et de 2,4 infirmiers et sages-femmes pour 1 000 habitants. À titre de comparaison, les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure comptaient respectivement 2,5 médecins et 3,8 infirmiers et sages-femmes pour la même population.


À cette pénurie s’ajoute une répartition géographique profondément déséquilibrée. Plus de 63 % des médecins exercent dans la province de l’Estuaire, laissant plusieurs territoires de l’intérieur confrontés à un manque persistant de professionnels.


Cette concentration fragilise particulièrement les populations rurales, contraintes de parcourir parfois de longues distances pour accéder à une consultation ou bénéficier de soins spécialisés.


Privilégier la prévention plutôt que l’hospitalisation


La Banque mondiale pointe également une mauvaise orientation des dépenses sanitaires. Moins de la moitié des ressources sont consacrées aux soins primaires et préventifs, tandis que les établissements hospitaliers, les soins spécialisés et les évacuations sanitaires absorbent des sommes importantes. En 2019, ces dernières représentaient plus de 4 % des dépenses de santé.


L’institution préconise donc de renforcer les structures de proximité afin de prévenir les complications médicales, de limiter les hospitalisations évitables et de réduire les dépenses à long terme.


Recruter davantage et rendre les soins accessibles


Pour inverser cette tendance, la Banque mondiale recommande d’augmenter les investissements publics, d’améliorer la gestion financière et de renforcer la formation médicale. Elle insiste également sur la nécessité de recruter davantage de soignants et de les affecter prioritairement dans les zones déficitaires.


L’amélioration de l’accès aux soins passe aussi par la réduction des frais médicaux, la généralisation de la gratuité des soins primaires et l’extension du SAMU Social.


Enfin, l’institution préconise des financements liés aux résultats et une stratégie nationale fondée sur des données fiables. Elle estime qu’un financement adéquat nécessiterait des ressources équivalant à 4 % du PIB, avec des bénéfices attendus en matière d’efficacité et d’équité.


Pour le Gabon, le défi est désormais de transformer ces recommandations en mesures concrètes.

Par Pamphil

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