SANS GASOIL
Quand le pétrole coule, mais que le gasoil manque Le Gabon se classe actuellement au 7e rang des producteurs de pétrole sur l'ensemble du continent africain. Le Gabon produit environ 200 000 barils par jour. L'or noir représentant plus de la moitié de son PIB. Le pays détient par ailleurs le 6e plus grand gisement de réserves prouvées du continent. Le paradoxe frappe d’autant plus que le pétrole demeure l’un des piliers de l’économie gabonaise. Selon les données économiques disponibles, la production nationale s’établit à plusieurs dizaines de millions de barils par an, tandis que la raffinerie de SOGARA alimente le marché intérieur en produits pétroliers. En 2024, les ventes intérieures de gasoil moteur avaient atteint 654 137 m³. Mais produire du pétrole ne signifie pas automatiquement disposer, à chaque instant, de suffisamment de carburant à la pompe. C’est précisément là que se situe une partie du problème. Entre le pétrole brut, son raffinage, le stockage, l’importation éventuelle de produits raffinés et leur distribution, toute la chaîne doit fonctionner sans rupture. La crise actuelle rappelle donc que la richesse pétrolière ne se mesure pas seulement aux volumes extraits, mais aussi à la capacité à sécuriser l’approvisionnement quotidien du pays. Des files qui deviennent un problème économique À Nzeng-Ayong, aux Charbonnages, à Bessieux ou encore dans d’autres secteurs du Grand Libreville, les automobilistes doivent parfois multiplier les stations avant de trouver du gasoil. Des opérateurs économiques expliquent s’être présentés très tôt sans garantie de repartir avec la quantité souhaitée. Pour ceux qui utilisent leur véhicule pour travailler, l’attente n’est plus une simple contrariété. Elle devient un coût. Une journée passée à chercher du carburant est une journée de travail perdue. Pour un transporteur, un commerçant, un artisan ou une entreprise, le manque de gasoil peut ralentir les livraisons, perturber les déplacements et réduire directement les revenus. Certains opérateurs envisagent même de garer leurs véhicules et de suspendre temporairement leurs activités. Cette perspective montre que la question du carburant dépasse largement les stations-service. Elle touche directement le fonctionnement de l’économie. Le rationnement nourrit les interrogations Face à la faiblesse des disponibilités, les responsables de certaines stations ont instauré un rationnement. Une mesure compréhensible pour préserver les stocks, mais qui ne règle pas la frustration des usagers confrontés à de longues heures d’attente. L’absence initiale d’informations précises a également nourri les interrogations. Le ministère du Pétrole et du Gaz a finalement indiqué le 2 octobre qu’une diminution des stocks chez certains marketeurs était à l’origine de la tension et annoncé l’arrivée d’une nouvelle cargaison, avec un retour progressif à la normale prévu à partir du dimanche 4 octobre. La vraie question : quelle souveraineté énergétique ? Cette crise pose ainsi une question plus profonde que celle d’une simple rupture temporaire. Comment un pays pétrolier peut-il garantir durablement son approvisionnement en carburants ? La réponse ne réside pas uniquement dans la production de brut. Elle implique aussi des capacités de raffinage suffisantes, des stocks de sécurité, une logistique fiable, une bonne coordination entre producteurs, raffineurs, stockeurs et distributeurs, ainsi qu’une information rapide des consommateurs. Car pour les Gabonais qui patientent aujourd’hui devant les pompes, le pétrole n’est pas une statistique. C’est le carburant qui permet d’aller travailler, de transporter des marchandises, de faire fonctionner des entreprises et, indirectement, de maintenir certains services essentiels. La pénurie actuelle doit donc être regardée comme un signal d’alerte. Elle rappelle une évidence. La souveraineté pétrolière ne vaut pleinement que lorsqu’elle se traduit par une sécurité énergétique concrète pour la population. À Libreville, les longues files de véhicules posent désormais cette question avec une force que les chiffres, à eux seuls, ne peuvent pas exprimer.