ALLIANCE RENFORCÉE
Une première rencontre officielle sous le signe des intérêts communs. Le président béninois Romuald Wadagni a été reçu lundi 5 octobre à l’Élysée par Emmanuel Macron, pour sa première visite officielle en France depuis son investiture, le 24 mai dernier. Une rencontre à forte portée diplomatique, alors que le nouveau chef de l’État béninois entend consolider ses partenariats internationaux tout en affirmant les priorités de son mandat.
Les deux dirigeants se connaissent déjà. Avant son accession à la présidence, Romuald Wadagni avait travaillé avec Emmanuel Macron dans le cadre de ses fonctions de ministre de l’Économie et des Finances sous Patrice Talon. Cette connaissance personnelle constitue un point d’appui pour une relation bilatérale appelée à évoluer.
Au-delà des échanges protocolaires, Paris et Cotonou ont abordé plusieurs dossiers stratégiques. Energie, agriculture, formation, santé, sécurité, culture et développement économique.
Près de 100 millions d’euros d’engagements
La visite s’est surtout traduite par des annonces concrètes sur le plan économique. Le Bénin a signé deux conventions de financement avec l’Agence française de développement (AFD), ainsi qu’une lettre de mandat avec Bpifrance. L’ensemble représente 65,5 milliards de francs CFA, soit près de 100 millions d’euros.
La principale enveloppe, évaluée à 52,1 milliards de francs CFA, doit contribuer à l’extension du réseau de distribution électrique de la Société béninoise d’énergie électrique. D’autres financements concernent notamment l’agriculture, la pisciculture et la santé.
Pour Cotonou, l’enjeu est désormais de transformer ces engagements financiers en résultats visibles. Davantage d’accès à l’électricité, des capacités agricoles renforcées, des services publics améliorés et, à terme, des emplois supplémentaires.
Pour Paris, ces financements constituent également un instrument de coopération économique et d’influence, dans un environnement africain où les partenaires traditionnels de la France sont confrontés à une concurrence croissante.
Le patrimoine au cœur de la relation
La dimension culturelle n’a pas été reléguée au second plan. Le Bénin a officiellement demandé la restitution de 35 nouveaux biens culturels et de fonds d’archives conservés dans les collections publiques françaises. La demande avait été préparée en amont par les autorités béninoises, qui ont installé en juillet un comité scientifique chargé de consolider les dossiers historiques, juridiques et patrimoniaux.
Parmi les pièces concernées figurent notamment la statue du dieu Gou, le siège du roi Toffa de Porto-Novo et plusieurs objets liés aux anciens royaumes du Dahomey et de Porto-Novo.
Ce dossier dépasse la seule question muséale. Pour Cotonou, la restitution participe à une politique de réappropriation du patrimoine et de la mémoire historique. Après le retour de 26 œuvres en 2021, une nouvelle restitution pourrait constituer une étape supplémentaire dans cette dynamique.
L’enjeu sera désormais de parvenir à des décisions concrètes, pièce par pièce, dans le cadre juridique français et à partir des expertises historiques et scientifiques.
La sécurité, dossier sensible
Autre sujet délicat. La coopération sécuritaire. La France accompagne notamment les forces béninoises dans la formation de personnels spécialisés, alors que le nord du Bénin reste exposé à la menace jihadiste qui touche plusieurs pays du Sahel.
Mais ce partenariat intervient dans un contexte régional tendu. Les relations entre le Bénin et certains voisins sahéliens, notamment le Niger et le Burkina Faso, demeurent difficiles. Les accusations et désaccords concernant la présence ou le rôle de partenaires militaires étrangers ajoutent une dimension géopolitique à la coopération entre Paris et Cotonou.
Pour le Bénin, l’enjeu est donc double. Renforcer ses capacités de défense sans aggraver ses tensions avec ses voisins. Pour la France, il s’agit de maintenir une coopération sécuritaire avec un État côtier stratégique, tout en évitant que cette relation ne soit perçue comme le prolongement d'une politique militaire française au Sahel.
Une relation appelée à changer
La visite de Romuald Wadagni à Paris intervient ainsi à un moment charnière. Les financements annoncés donnent une dimension économique immédiate au rapprochement, tandis que la question des restitutions culturelles touche à la mémoire et à la souveraineté. La sécurité, elle, rappelle les fragilités de l’environnement régional.
Reste enfin un dossier plus discret. La représentation diplomatique du Bénin en France. Le poste d’ambassadeur est vacant depuis la nomination de Corinne Brunet au gouvernement béninois.
Au-delà des déclarations diplomatiques, le véritable test de cette rencontre sera donc celui de l’exécution. Les engagements financiers devront produire des infrastructures et des services, les discussions culturelles devront déboucher sur des restitutions concrètes et la coopération sécuritaire devra composer avec les équilibres régionaux.
À Paris, Wadagni et Macron ont affiché la volonté de renforcer le partenariat. Les prochains mois diront jusqu’où cette nouvelle étape de la relation franco-béninoise pourra réellement aller.