TARIFS AUGMENTENT
Une pénurie qui laisse des traces
Le retour progressif à une situation normale, espéré après les premières difficultés d’approvisionnement en gasoil, tarde à se concrétiser. Alors que les automobilistes et les professionnels du transport tentent de retrouver leurs habitudes, la pénurie d’essence vient raviver les inquiétudes. Dans les stations-service, les difficultés d’approvisionnement ont des répercussions bien au-delà des automobilistes particuliers.
Les taxis et les taxis-bus, qui constituent un maillon essentiel de la mobilité urbaine à Libreville, sont directement concernés. Sans carburant en quantité suffisante, difficile de maintenir les rotations habituelles, de desservir tous les quartiers et de répondre à la demande des passagers. Pour les conducteurs, chaque journée de travail devient plus incertaine. Pour les clients, chaque déplacement peut réserver une mauvaise surprise.
Cette succession de difficultés révèle surtout la fragilité d’un système de transport largement dépendant de la disponibilité du carburant. À la moindre perturbation, c’est toute la chaîne de mobilité qui vacille.
Des trajets raccourcis, des dépenses multipliées
L’une des conséquences les plus visibles de cette situation est la division de plusieurs parcours en deux tronçons. Des itinéraires qui s’effectuaient habituellement sans interruption nécessitent désormais parfois un changement de véhicule à mi-chemin. Le passager doit alors descendre, chercher un autre taxi et poursuivre sa route, avec les contraintes supplémentaires que cela implique.
Cette pratique, qui complique considérablement les déplacements, touche particulièrement les personnes qui doivent traverser plusieurs secteurs de la capitale pour rejoindre leur lieu de travail, leur établissement scolaire ou un service administratif. Les habitants de Nzeng-Ayong, d’Akébé, de Lalala, de Nkembo ou encore de Plein-Ciel peuvent ainsi se retrouver confrontés à des parcours plus contraignants selon leur destination et les véhicules disponibles.
Les déplacements entre Owendo, le centre-ville, Glass, Mont-Bouët et les quartiers périphériques exigent également une organisation parfois difficile lorsque les dessertes sont perturbées.
Le problème est simple. Lorsqu’un trajet est fractionné, le voyageur doit multiplier les correspondances et, potentiellement, les dépenses. Ce qui relevait auparavant d’un déplacement ordinaire devient une succession de petites courses dont le coût cumulé pèse sur le budget des ménages.
Les transporteurs répercutent la pression
Du côté des taximen, les difficultés sont également réelles. L’approvisionnement incertain en carburant, les files d’attente éventuelles dans les stations-service et la nécessité de maintenir une activité rentable compliquent leur quotidien. Certains conducteurs peuvent être tentés de réduire leurs itinéraires ou de revoir leurs conditions de prise en charge afin de limiter les pertes et de poursuivre leur activité.
Mais si les professionnels invoquent leurs contraintes, les usagers, eux, subissent directement les conséquences de ces ajustements. La hausse des tarifs dans les taxis et les taxis-bus intervient dans un contexte où les dépenses essentielles occupent déjà une place importante dans le budget familial.
Pour les salariés, les commerçants, les élèves et les étudiants, il ne s’agit pas d’une simple question de confort. Il faut arriver à l’heure, rejoindre son lieu de travail, assurer ses obligations et rentrer chez soi. Chaque changement de parcours et chaque supplément de dépense peuvent déséquilibrer une organisation quotidienne déjà fragile.
À Libreville, se déplacer devient un luxe
La situation pose une question fondamentale. Comment garantir une mobilité urbaine accessible lorsque l’approvisionnement en carburant devient incertain ?
À Libreville, les transports collectifs et semi-collectifs représentent une nécessité pour une grande partie de la population. Lorsque leurs tarifs augmentent et que leurs itinéraires se fragmentent, les conséquences dépassent largement le secteur du transport. Elles affectent la ponctualité au travail, l’accès aux services, les activités commerciales et, plus largement, le pouvoir d’achat.
Les habitants des quartiers éloignés du centre-ville sont particulièrement exposés. Plus la distance à parcourir est importante, plus les changements de véhicules peuvent compliquer le trajet. Dans une capitale où les déplacements quotidiens sont indispensables à la vie économique, cette situation ne saurait être considérée comme un simple désagrément passager.
Une normalisation attendue, des réponses nécessaires
Face à cette crise, le retour à un approvisionnement régulier en carburant apparaît comme une priorité. Mais il ne suffit pas d’espérer une amélioration dans les stations-service. Les autorités compétentes, les acteurs du secteur pétrolier et les professionnels du transport doivent également contribuer à une meilleure visibilité sur la situation et sur les conditions de reprise normale des dessertes.
Une communication claire sur les difficultés d’approvisionnement, les mesures prises et les perspectives d’amélioration permettrait de limiter les incertitudes. Le dialogue entre transporteurs et usagers serait également utile pour éviter que les passagers ne découvrent les changements de tarifs et d’itinéraires au dernier moment.
Quand les files d’attente et les véhicules sont moins disponibles à Libreville, ce sont les Gabonais qui absorbent une grande partie du choc et qui payent le tribut le plus lourd. La crise du carburant ne se mesure pas uniquement à la disponibilité du gasoil ou de l’essence. Elle se mesure aussi au temps perdu, aux trajets rallongés et aux efforts supplémentaires consentis chaque jour pour se déplacer.
Pénurie de carburant à Libreville, les taximen ont-ils perdu le sens du service ?
Libreville suffoque sous les effets de la pénurie de gasoil, suivie d’un retour à la normale particulièrement laborieux, désormais aggravé par les difficultés d’approvisionnement en essence. Mais au lieu de faire preuve de solidarité avec des populations déjà éprouvées, certains taximen semblent avoir trouvé dans cette crise une occasion rêvée de remplir davantage leurs poches. À Akébé, Nzeng-Ayong, Lalala, Glass, Oloumi ou encore au PK, les usagers subissent des trajets raccourcis, des parcours amputés de moitié et des conditions de transport devenues insupportables. La crise est réelle, certes, mais l’opportunisme, lui, est bien visible.
Quand la solidarité disparaît, l’appât du gain prend le volant
Le plus révoltant reste cette manière de diviser certains trajets en deux, obligeant les passagers à descendre, à négocier un nouveau transport et à supporter seuls les conséquences d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée. De Louis à Nzeng-Ayong, du centre-ville aux quartiers périphériques, se déplacer devient une véritable épreuve. Oui, le carburant manque, les chauffeurs ont leurs contraintes et leurs dépenses. Mais cela autorise-t-il toutes les dérives ? À force de vouloir tirer profit de chaque difficulté, certains taximen donnent l’impression que seule compte la recette du jour. La dignité des usagers mérite mieux que cette indifférence. La crise ne doit pas devenir un permis d’abuser.
À Libreville, la question n’est donc plus seulement de savoir quand les stations-service retrouveront un fonctionnement normal. Il faut aussi se demander combien de temps les usagers pourront supporter cette mobilité devenue plus coûteuse, plus compliquée et qui va à l'encontre de la lutte contre la vie chère.