LOCALISATION DE TIGRI
Ces déclarations interviennent dans un contexte régional marqué par des tensions politiques et sécuritaires, notamment entre le Niger et le Bénin. Les faits rapportés reposent toutefois sur le récit du policier et nécessitent, pour être établis, des vérifications indépendantes.
« Je reconnais que, le 27 février 2026, Ange m’a demandé de localiser le colonel Pascal Tigri. L’opération consistait à le localiser, puis à organiser son exfiltration »
déclare Habibou Oumarou Mamane.
Selon sa version, Ange Chekaraou lui aurait expliqué que cette mission lui avait été confiée par le directeur des opérations de la DGDC du Bénin. Les personnes chargées de l’exécuter auraient bénéficié de récompenses en cas de réussite.
« Selon lui, ses responsables avaient promis qu’en cas de réussite, les personnes chargées de l’exfiltration seraient accueillies à la présidence du Bénin avec de nombreux avantages »
rapporte-t-il.
Des promesses de 50 millions de francs CFA
Le policier situe au 9 mars 2026 une conversation au cours de laquelle les avantages promis auraient été détaillés. Il évoque une rémunération de 50 millions de francs CFA, l’attribution de passeports diplomatiques béninois et d’éventuelles nominations à des postes de chargés de mission.
« Ange m’a précisé ce qui était promis à chacun en cas de succès. 50 millions de francs CFA, des passeports diplomatiques béninois et des nominations comme chargés de mission. »
Habibou Oumarou Mamane affirme néanmoins avoir refusé ces avantages pour lui-même, tout en proposant de mettre son interlocuteur en relation avec des personnes susceptibles de mener les recherches.
« Je lui ai répondu que ces avantages ne m’intéressaient pas, mais que je pouvais lui fournir des personnes capables de réaliser l’opération »
poursuit-il.
Cette distinction est importante dans son récit. L’inspecteur affirme avoir été sollicité, mais présente son rôle comme celui d’un intermédiaire potentiel plutôt que comme celui d’un exécutant direct. Les éléments disponibles ne permettent cependant pas de confirmer indépendamment la nature exacte de son implication.
Cinq millions de francs CFA destinés aux recherches
Le témoignage porte également sur le financement présumé de l’opération. Selon l’inspecteur, cinq millions de francs CFA auraient été remis à Ange Chekaraou par des interlocuteurs béninois pour couvrir les frais de recherche.
« En réalité, les Béninois avaient remis cinq millions de francs CFA à Ange comme frais de recherche. Il ne nous en a envoyé que deux millions et a conservé les trois millions restants »
déclare-t-il.
Le policier affirme avoir récupéré une partie de cette somme le 9 mars 2026 au Grand Marché de Niamey, par l’intermédiaire d’un individu nommé Zaku.
« J’ai récupéré ces deux millions le 9 mars 2026 au Grand Marché de Niamey, par l’intermédiaire d’un certain Zaku...»
a-t-il dit.
Il évoque ensuite une rencontre à Malanville, au Bénin, avec un homme désigné sous le pseudonyme de « David ». Celui-ci lui aurait confirmé l’existence de fonds destinés à localiser Pascal Tigri et ses hommes sur le territoire nigérien.
« David m’a dit avoir envoyé cinq millions de francs CFA à Ange comme frais de recherche pour localiser le colonel Pascal Tigri et ses hommes au Niger »
affirme-t-il.
Ces différents montants et les circonstances de leur transfert constituent des éléments importants du témoignage. Leur vérification nécessiterait toutefois de disposer de preuves financières, de documents ou de déclarations concordantes des personnes citées.
Des contacts après les événements d’août 2026
Dans la suite de son intervention, Habibou Oumarou Mamane revient sur les événements survenus à Niamey les 28 et 29 août 2026. Il affirme avoir reçu plusieurs sollicitations de personnes souhaitant identifier les responsables de ces incidents.
Il cite notamment Khalel Kenza, qu’il identifie comme Safia Amoumoune, ainsi que Dany Takoubakoye, présenté comme un ancien dignitaire du régime de Mohamed Bazoum.
« Le 29 août 2026, elle m’a transmis le numéro de Dany Takoubakoye (un ancien dignitaire du regime de Mohamed Bazoum). Celui-ci voulait également savoir qui était à l’origine de ces événements »
raconte-t-il.
Selon le témoin, Dany Takoubakoye lui aurait également parlé d’un éventuel soutien extérieur, tout en insistant sur la nécessité de prendre contact avec la personne à l’origine des événements.
Il rapporte que son interlocuteur lui aurait déclaré que « la communauté internationale souhaitait apporter son soutien »
sans que la nature précise de ce soutien soit clairement établie dans les éléments présentés.
Ces propos alimentent les interrogations sur les éventuels contacts noués après les incidents de Niamey. Ils ne permettent cependant pas, à eux seuls, de conclure à l’existence d’un projet coordonné impliquant des acteurs étrangers.
Le précédent du coup d’État de juillet 2023
Le policier évoque également une réunion organisée le 26 juillet 2023 au camp de la Garde nationale, à laquelle il affirme avoir participé. Selon son témoignage, cette rencontre aurait servi à préparer l’extraction du président Mohamed Bazoum, renversé deux jours plus tard par un coup d’État militaire.
Cette référence replace ses déclarations dans une séquence politique majeure pour le Niger, marquée par la prise du pouvoir par les militaires et la recomposition des relations diplomatiques dans la région sahélienne.
Les événements des 28 et 29 août 2026 à Niamey auraient, pour leur part, été marqués par des tirs contre la base aérienne 101 et plusieurs sites sensibles, faisant trois morts parmi les membres de la Garde présidentielle. Les autorités nigériennes et la Confédération des États du Sahel (AES) ont évoqué une tentative de déstabilisation.
Dans les jours suivants, le capitaine Roger Gabriel aurait affirmé avoir été informé de projets présumés d’intervention extérieure impliquant notamment le Tchad, le Bénin, la Côte d’Ivoire et la France. Ces accusations, distinctes du récit de l’inspecteur, doivent également être examinées à la lumière des éléments disponibles.
Pascal Tigri toujours au centre des interrogations
Ces déclarations interviennent enfin dans le contexte du coup d’État manqué du 7 décembre 2025 au Bénin. Ce jour-là, des militaires conduits par le lieutenant-colonel Pascal Tigri avaient annoncé à la télévision nationale la destitution du président Patrice Talon et la suspension de la Constitution. Les forces loyalistes avaient ensuite repris le contrôle de la situation, tandis que Pascal Tigri et plusieurs autres militaires étaient recherchés par les autorités béninoises.
Le témoignage d’Habibou Oumarou Mamane apporte ainsi de nouvelles accusations sur les démarches qui auraient entouré la localisation du lieutenant-colonel et sur les contacts présumés entre plusieurs protagonistes.