KABILA VOIT SWAN
Cette rencontre intervient dans un contexte marqué par la poursuite des initiatives diplomatiques visant à mettre fin aux violences armées dans l’Est du pays. Elle s’inscrit également dans la continuité des échanges entre la MONUSCO et les différentes parties impliquées dans le conflit, notamment l’ancienne coalition AFC/M23, dont le FRN revendique désormais la succession politique et militaire.
Une première rencontre entre la MONUSCO et les dirigeants du FRN
Pour cette rencontre à Goma, James Swan conduisait une délégation des Nations unies composée notamment du général de brigade Givenz Kishombe Sichali, du conseiller principal Walter Lotze et de Marilyn Ngum Fru, cheffe du Bureau du représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU chargé des affaires politiques.
De son côté, Joseph Kabila était accompagné de plusieurs responsables du FRN, dont ses deux vice-présidents, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa. Moïse Nyarugabo ainsi que plusieurs officiers militaires, parmi lesquels le colonel Imani Nzenze, figuraient également dans la délégation du mouvement.
À l’issue des discussions, Bertrand Bisimwa a expliqué que la délégation onusienne souhaitait obtenir davantage d’informations sur les objectifs, les orientations politiques et les ambitions du nouveau mouvement, officiellement lancé le 12 octobre 2026.
Selon le vice-président du FRN, celui-ci se présente comme un projet politique national destiné à engager une refondation de l’État et de la nation congolaise. Il affirme que sa création constitue une réaction à ce qu’il considère comme une dérive autoritaire du pouvoir dirigé par Félix Tshisekedi.
« Nous lui avons dit que le FRN était un agenda national et que c'était une réaction par rapport à la tyrannie qui s'installe dans le pays »
a déclaré Bertrand Bisimwa devant la presse.
Il a ajouté que le mouvement ambitionne de proposer de nouvelles perspectives politiques et institutionnelles aux Congolais, tout en affirmant vouloir garantir un avenir meilleur aux populations.
Le FRN réaffirme son engagement dans le processus de paix de Doha
Le processus de paix de Doha, engagé sous l’égide du Qatar entre les représentants du gouvernement congolais et l’ancienne coalition AFC/M23, a constitué l’un des principaux sujets abordés au cours de cette rencontre.
À ce sujet, Bertrand Bisimwa a assuré que le FRN entendait poursuivre les engagements pris dans le cadre des négociations, malgré la transformation de l’ancienne coalition en un nouveau mouvement politico-militaire.
« Le FRN a hérité de l'actif et du passif de l'ex-AFC/M23 »
a-t-il affirmé, soulignant ainsi la volonté de la nouvelle organisation de maintenir les engagements politiques et diplomatiques de ses prédécesseurs.
Le responsable a néanmoins exprimé des réserves concernant l’application des engagements pris par les différentes parties. Il a notamment accusé le gouvernement de Kinshasa de ne pas respecter ses obligations dans le cadre du processus de Doha.
Le FRN estime que les négociations doivent déboucher sur des engagements concrets et réciproques afin de permettre une sortie durable de la crise. Cette position intervient alors que les discussions entre les représentants des deux camps se poursuivent dans un environnement sécuritaire particulièrement fragile.
Le mouvement s'oppose au renouvellement du mandat de la MONUSCO
Autre sujet majeur abordé avec James Swan. L’avenir de la présence des Nations unies en République démocratique du Congo.
D’après Bertrand Bisimwa, le FRN a clairement exprimé son opposition au renouvellement du mandat de la MONUSCO. Le mouvement estime que la mission onusienne devrait poursuivre son retrait du territoire congolais, déjà amorcé notamment dans la province du Sud-Kivu.
Le vice-président du FRN a dressé un bilan particulièrement critique de l’action de la mission, qualifiant ses résultats d’insatisfaisants. Il considère que plusieurs années de présence des Casques bleus n’ont pas permis de mettre durablement fin à l’insécurité dans l’Est du pays.
Le mouvement conteste également un éventuel redéploiement de la MONUSCO au Sud-Kivu pour accompagner les mécanismes de vérification du cessez-le-feu. Selon ses responsables, une telle présence ne serait pas nécessaire dans les zones qu’ils affirment contrôler et avoir stabilisées.
Cette position contraste avec les responsabilités confiées à la mission par le Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en matière de protection des civils, de facilitation de l’accès humanitaire et d’accompagnement des initiatives de paix.
Le mécanisme de vérification du cessez-le-feu au centre des préoccupations
Parmi les dispositifs destinés à accompagner le processus de paix figure le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus (MCVE+), également connu sous son appellation anglaise EJVM+.
Ce mécanisme a notamment pour mission d'examiner les violations présumées du cessez-le-feu entre les parties, de vérifier l'application des engagements sur le terrain et de contribuer au suivi de la situation sécuritaire et humanitaire dans les zones affectées par les affrontements.
La MONUSCO est appelée à jouer un rôle d'accompagnement dans la mise en œuvre de ces arrangements, conformément à son mandat.
Toutefois, le FRN exprime des réserves sur les modalités de cet accompagnement et sur le rôle que pourrait jouer la mission onusienne dans les territoires concernés.
Des accusations de nouvelles offensives sur plusieurs fronts
La situation militaire dans l'Est de la RDC a également été évoquée au cours des échanges. Bertrand Bisimwa a accusé les forces gouvernementales et leurs alliés de reprendre les attaques sur plusieurs lignes de front et de provoquer de nouvelles tensions dans différentes localités.
Il a notamment cité Katogota, Lufungi, Mwenga, Kasika, Shabunda, Bunyakiri, Walikale, Pinga, Lubero, Minembwe, Masisi et Kalehe.
Le responsable du FRN a également dénoncé des opérations impliquant, selon ses déclarations, des drones et des troupes au sol. Il a mis en cause les groupes Wazalendo, l’armée burundaise ainsi que des mercenaires qu’il accuse de combattre aux côtés des forces gouvernementales.
Concernant Minembwe, Bertrand Bisimwa a évoqué un blocus qui aurait été rétabli depuis environ un mois, compromettant notamment l’approvisionnement des populations en nourriture et en médicaments. Il a également fait état de morts et de blessés à la suite de bombardements, sans toutefois communiquer de bilan précis.
Ces différentes accusations, formulées par le FRN à l’issue de la rencontre, n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.
Le FRN met en garde contre une modification de la Constitution
La question d’un éventuel changement de la Constitution congolaise a également été soulevée. Le FRN a fait part de ses inquiétudes concernant les intentions prêtées au président Félix Tshisekedi en matière de réforme constitutionnelle.
Pour le mouvement, les différents engagements conclus dans le cadre du processus de Doha reposent sur le respect de l’ordre constitutionnel actuellement en vigueur. Une éventuelle modification de la loi fondamentale pourrait, selon ses responsables, remettre en cause les bases juridiques et politiques des négociations.
Bertrand Bisimwa a ainsi averti que toute modification de la Constitution risquerait de compromettre sérieusement le processus de paix.
« Tout le processus de paix de Doha va tout simplement s'effondrer »
a-t-il déclaré.
Le FRN a demandé à James Swan de transmettre ses préoccupations aux Nations unies et à la communauté internationale, notamment au Conseil de sécurité.
Une nouvelle équation politique pour les initiatives diplomatiques
Cette rencontre entre James Swan et Joseph Kabila marque une nouvelle étape dans les relations entre la MONUSCO et les acteurs politico-militaires de la crise congolaise.
En recevant les responsables du FRN, la mission onusienne poursuit ses consultations avec les parties susceptibles d'influencer l'évolution du conflit et la mise en œuvre des engagements de cessez-le-feu.
Pour le FRN, cette première prise de contact a surtout permis de présenter ses ambitions politiques, de réaffirmer son attachement au processus de Doha et d'exposer ses réserves sur le maintien de la MONUSCO en RDC.
Reste à savoir si ces échanges contribueront à rapprocher les positions des différents acteurs et à favoriser une relance effective des efforts diplomatiques. Dans un contexte où les tensions militaires persistent dans plusieurs territoires de l'Est, la mise en œuvre des engagements de paix demeure un défi majeur pour les autorités congolaises, les Nations unies et l'ensemble des partenaires régionaux et internationaux.