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DÉPART DU HILLI

DÉPART DU HILLI
Cameroun, le départ du Hilli Episeyo génère 853 milliards FCFA.




Huit années d’exploitation, 10,79 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) produites, 156 cargaisons exportées et une coquette somme de plus de 1,5 milliard de dollars de flux financiers générés au bénéfice d’intérêts liés à l’État camerounais. Le bilan du Hilli Episeyo, le navire-usine qui a transformé le gaz naturel en GNL au large de Kribi, donne la mesure de l’importance économique de ce projet pour le Cameroun. Selon Golar LNG, ce montant représente plus de 853 milliards de FCFA, sur la période allant de 2018 à 2026.



Ces chiffres figurent dans le bilan présenté par le groupe norvégien à ses investisseurs après l’achèvement de son contrat de huit ans au Cameroun. Ils sont également repris dans son rapport environnemental, social et de gouvernance (ESG) 2025, publié le 23 octobre 2026. Une publication qui intervient quelques semaines après le départ du navire des eaux camerounaises et qui permet de dresser un premier tableau des retombées financières, industrielles et sociales de cette exploitation.



Plus de 1 500 milliards de dollars de flux annoncés, mais des bénéficiaires à préciser



Le chiffre de 1,5 milliard de dollars avait déjà été communiqué le 13 août 2026, à l’occasion de la présentation des résultats financiers du deuxième trimestre du groupe. Golar LNG indique qu’il s’agit de revenus monétaires générés au bénéfice d’intérêts liés à l’État camerounais durant la période d’exploitation du navire.



Toutefois, derrière cette belle enveloppe financière, une question demeure. Quelle est précisément la répartition de ces ressources ? Dans ses communications, l'entreprise ne fournit aucune ventilation détaillée permettant d'identifier les bénéficiaires, les différentes catégories de revenus ou les montants effectivement perçus par chaque entité publique.



Il est donc impossible, sur la base des documents publiés, de déterminer la part revenant à la Société nationale des hydrocarbures (SNH), celle éventuellement transférée au budget de l'État ou encore les autres flux financiers associés aux intérêts publics camerounais.



Une distinction importante s'impose ainsi. Les 853 milliards de FCFA constituent une contre-valeur indicative des flux annoncés par Golar et non des recettes dont l'intégralité aurait été directement encaissée par le Trésor public.



Cette conversion repose sur le taux de change du 13 août 2026. À cette date, un euro valait 1,1534 dollar, selon le cours publié par la Banque de France. En tenant compte de la parité fixe de 655,957 FCFA pour un euro, le dollar représentait environ 568,7 FCFA. Le montant communiqué permet donc d'apprécier l'ordre de grandeur des retombées annoncées, sans reconstituer les encaissements annuels sur huit ans.



Golar LNG, plus de 128 milliards de FCFA de revenus contractuels en deux ans



Les comptes financiers du groupe apportent un autre éclairage sur l'économie du projet. Dans son rapport annuel 2025 déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), Golar déclare avoir réalisé 226,8 millions de dollars de revenus en 2025 grâce aux services de liquéfaction fournis dans le cadre de son contrat avec Perenco Cameroon et la SNH.



En 2024, ces revenus s'élevaient à 225 millions de dollars. Sur les deux exercices, le chiffre d'affaires comptabilisé atteint ainsi 451,8 millions de dollars, soit environ 257 milliards de FCFA au taux indicatif retenu.



Ces montants correspondent aux revenus commerciaux de Golar issus de ses prestations auprès de ses partenaires camerounais. Ils ne doivent donc pas être confondus avec les 1,5 milliard de dollars de flux financiers cumulés annoncés au bénéfice d'intérêts liés à l'État.



Cette distinction permet de mieux comprendre les différents niveaux de création de valeur autour du projet. Les revenus du prestataire international, les retombées pour les intérêts publics et les dépenses effectuées auprès des acteurs économiques locaux.



Plus de 45 milliards de FCFA injectés auprès des fournisseurs camerounais



Au-delà des revenus financiers, l'exploitation du Hilli Episeyo a également représenté une aubaine pour plusieurs entreprises locales. Golar affirme avoir consacré plus de 80 millions de dollars aux achats de biens et services auprès de fournisseurs camerounais pendant les huit années du projet. Cela représente environ 45,5 milliards de FCFA.



Une belle brochette de plus de 70 entreprises et prestataires locaux aurait ainsi participé aux différentes opérations liées au fonctionnement de l'installation. Ces interventions ont notamment contribué à mobiliser des compétences et des services disponibles sur le marché national.



Toutefois, le groupe ne détaille pas les montants attribués à chaque entreprise, ni la répartition des commandes par secteur d'activité et par année.



Son rapport ESG indique qu'en 2025, les achats locaux ont atteint 12 millions de dollars, soit environ 6,8 milliards de FCFA. Ce montant exclut les salaires et rémunérations du personnel.



Cette contribution aux entreprises nationales aurait pu favoriser un cercle vertueux entre exploitation gazière, développement des prestataires locaux et renforcement des capacités industrielles. Encore faut-il disposer d'indicateurs détaillés pour mesurer précisément l'ampleur de ces effets.



Emploi, formations et promotion des compétences nationales



Sur le volet social, Golar met également en avant les retombées de son implantation au large de Kribi. L'entreprise affirme avoir employé plus de 100 Camerounais au cours du projet. Les travailleurs locaux représentaient plus de 40 % des effectifs embarqués à bord du navire-usine.



Le groupe mentionne par ailleurs 400 formations organisées, plus de 30 promotions accordées à des salariés camerounais et 70 bénéficiaires de dispositifs de soutien éducatif.



Ces initiatives comprennent notamment des bourses universitaires et des aides à la formation professionnelle. Elles traduisent une volonté affichée de mettre la main à la pâte dans le développement des compétences nationales, au-delà des seules opérations techniques de liquéfaction.



Néanmoins, plusieurs données restent absentes du bilan publié. Le montant total des salaires versés aux employés camerounais, la valeur des contrats remportés individuellement par les fournisseurs et les retombées économiques indirectes ne sont pas précisés.



L'embellie annoncée par Golar sur le plan social mérite donc d'être appréciée à la lumière de ces limites documentaires.



10,79 millions de tonnes de GNL produites en huit ans



Sur le plan industriel, le Hilli Episeyo affiche des performances significatives. Entre juin 2018 et juillet 2026, l'installation a produit 10,79 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié. Au total, 156 cargaisons ont été chargées pour être acheminées vers les marchés internationaux.



Le navire-usine transformait notamment le gaz provenant du champ de Sanaga-Sud, contribuant ainsi à valoriser les ressources gazières camerounaises destinées à l'exportation.



La dernière cargaison a été chargée le 27 juillet 2026. Quelques jours plus tard, le 4 août, le Hilli Episeyo a définitivement quitté les eaux camerounaises, escorté par deux remorqueurs en direction des chantiers Seatrium, à Singapour.



Ce départ marque la fin d'un cycle industriel important pour le secteur gazier national.



Après Kribi, cap sur l'Argentine pour un contrat de vingt ans



Loin de mettre un terme aux ambitions de Golar LNG, le départ du Cameroun ouvre une nouvelle séquence dans la stratégie internationale du groupe.



À Singapour, le navire doit subir des travaux de modernisation et de prolongation de sa durée d'exploitation avant d'être redéployé en Argentine. Un contrat de vingt ans a été conclu avec Southern Energy SA, avec un démarrage prévu au second semestre 2027.



Golar prévoit, dans le cadre de cet engagement, un résultat brut d'exploitation ajusté annuel de 285 millions de dollars, avant les éventuels revenus supplémentaires liés aux prix du gaz.



Cette nouvelle destination représente une belle carte à jouer pour l'entreprise, qui entend capitaliser sur son expérience camerounaise pour poursuivre son développement sur le marché international du GNL.



Le Cameroun reste dans la ligne de mire de Golar



Pour le Cameroun, le départ du Hilli Episeyo ne signifie pas pour autant la fin de toute activité gazière. Dans une note publiée le 5 juillet 2026, la SNH avait expliqué l'arrêt de l'exploitation par le déclin naturel du gisement concerné et la diminution de la rentabilité de l'installation.



L'entreprise publique avait néanmoins précisé que le gaz provenant des champs encore en production continuerait d'alimenter la centrale thermique de Kribi, exploitée par Kribi Power Development Company (KPDC). Des discussions étaient également engagées concernant de nouveaux contrats d'achat de gaz avec de grandes entreprises.



De son côté, Golar ne ferme pas la porte à un retour au Cameroun. Son directeur général, Karl Fredrik Staubo, a salué la coopération avec la SNH et Perenco, exprimant son intérêt pour de futurs projets de valorisation du gaz.



Le rapport ESG publié en octobre confirme cette ouverture, sans toutefois annoncer de nouvel investissement.



Le bilan du Hilli Episeyo laisse ainsi un héritage économique important, mais aussi des interrogations sur la répartition effective des retombées financières. La transparence sur les flux générés, les bénéficiaires et les revenus publics demeure essentielle pour mesurer pleinement ce que le Cameroun a réellement tiré de huit années d'exploitation gazière au large de Kribi.







Par Pamphil

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