OPÉRATION KINSHASA SANS PHARMACIE OUVERTE
L’Association des propriétaires des pharmacies du Congo (APROPHACO) a décidé de passer à l’action après son assemblée générale tenue le dimanche 3 novembre 2024 à la foire internationale de Kinshasa (FIKIN). Dès lundi 4 novembre, l’association a décrété une opération de fermeture des pharmacies pour trois jours, principalement dans la capitale Kinshasa. Cette décision radicale intervient en réaction aux menaces de fermeture proférées par le ministre provincial de la Santé, motivées par la prolifération des pharmacies jugées non viables.
L'APROPHACO demande l'annulation du moratoire d'un mois qui leur avait été accordé, soulignant que les conditions imposées sont difficiles à remplir dans un délai si court. Les membres de l'association appellent à la mise en place d’un cadre de dialogue inclusif entre les autorités sanitaires et les propriétaires de pharmacies pour trouver des solutions réalistes et durables.
Pour appuyer cette revendication, l’APROPHACO a soumis un mémorandum à l'Assemblée nationale, au Sénat et à la présidence de la République. Les pharmaciens insistent sur le fait qu'ils ne sont pas opposés à la régulation du secteur, mais qu'ils souhaitentque l’État les accompagne dans le processus.
Daniel Kabeya, président intérimaire de l’APROPHACO, a souligné les défis économiques auxquels font face les propriétaires de pharmacies. « Ce n'est pas du jour au lendemain que l'on devra embaucher un pharmacien, un pharmacien adjoint et un assistant en pharmacie. Il faut payer chacun d'eux environ 600 dollars américains. Avec quel capital ? », s’interroge-t-il. Cette situation, jugée insoutenable, met en lumière les difficultés de nombreux petits propriétaires à se conformer aux nouvelles exigences sans soutien financier.
Outre les défis financiers, l'APROPHACO déplore un climat de pression constante exercée par les agents de police, souvent désignés sous le nom de « bureau 2 », ainsi que par d’autres services. Ces visites répétées et les menaces renforcent, selon les pharmaciens, l'inquiétude quant à la suite des événements, d’autant plus que le moratoire accordé par le ministre provincial de la Santé de Kinshasa touche à sa fin.
Contactée pour donner sa position, l’Autorité congolaise de réglementation pharmaceutique (ACOREP) a refusé de commenter la situation. Toutefois, un de ses responsables a précisé que certains des pharmaciens concernés ne sont ni enregistrés ni reconnus par l'Ordre des pharmaciens, pointant du doigt un problème d’irrégularité dans le secteur.
Cette opération « 3 jours sans pharmacie » met en lumière un secteur pharmaceutique en pleine crise et pose la question de la viabilité des petites entreprises dans un environnement économique déjà difficile. Les jours à venir seront décisifs pour savoir si un compromis peut être trouvé ou si le secteur devra continuer de naviguer dans l'incertitude.