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GABON: POURQUOI DES INCERTITUDES PLANENT SUR LE FINANCEMENT DU BUDGET DE L'ÉTAT EN 2025 ?

GABON: POURQUOI DES INCERTITUDES PLANENT SUR LE FINANCEMENT DU BUDGET DE L'ÉTAT EN 2025 ?
Le Gabon, déjà fragilisé par une gestion budgétaire complexe, doit faire face à une série de défis financiers qui compromettent l'exécution de son budget pour l'exercice à venir.

L'année 2025 débute sous de mauvais auspices pour le Gabon, dont les finances publiques se trouvent au cœur de profondes turbulences. Le pays, déjà fragilisé par une gestion budgétaire complexe, doit faire face à une série de défis financiers qui compromettent l'exécution de son budget pour l'exercice à venir. Entre une baisse des recettes pétrolières, la suspension des décaissements de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD), ainsi qu'une situation de surendettement qui limite les marges de manœuvre, le Gabon semble en proie à une crise économique dont l'issue reste incertaine.





Le Gabon a récemment vu la Banque mondiale suspendre ses décaissements à l’État, en raison des arriérés de paiement qui s'élevaient, au 10 juin 2024, à 17 milliards de FCFA (environ 27 millions de dollars US). C'est la deuxième fois en six mois que le pays se retrouve dans cette situation. Une première suspension avait déjà eu lieu en juillet 2024, avant d’être levée après le remboursement des engagements dus. Ce phénomène, loin d’être anodin, met en lumière la fragilité des finances publiques gabonaises. Dans un communiqué, le ministre du Budget et des Comptes publics a justifié cette insolvabilité par trois facteurs principaux : l’insuffisance des ressources mobilisées sur le marché international, la prise en charge des mesures sociales additionnelles attendues par la population, ainsi que l'affectation d'une partie importante des ressources à des opérations stratégiques.



Cette suspension par la Banque mondiale, couplée à celle de la BAD, vient grever les financements des projets en cours au Gabon, rendant l'exécution du budget de plus en plus problématique. De plus, le pays reste suspendu du programme du Fonds monétaire international (FMI) depuis 2023, et aucune reprise de la coopération avec cet organisme n’est envisagée à court terme.





Le budget pour l'année 2025, qui s’élève à 4 204,9 milliards de FCFA, repose sur des prévisions de financement par la dette de l’ordre de 1 204,8 milliards de FCFA. Toutefois, le Gabon fait face à une double contrainte : l'incertitude des prêts extérieurs, avec les suspensions des partenaires internationaux, et des conditions d'emprunt qui se sont nettement durcies sur les marchés locaux.



En octobre 2024, la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC) a appliqué une pondération de 100% sur les emprunts du Gabon, obligeant les banques locales à disposer de fonds propres équivalents au montant prêté. Cette mesure, qui est restée en vigueur en dépit des demandes d'exemption de la part de Libreville, limite fortement l'accès à de nouveaux financements, notamment pour le remboursement des dettes en devises.



Un autre défi majeur concerne le remboursement de l'eurobond de 605 millions USD, dont la deuxième tranche est attendue en 2025. Si le pays a réussi à rembourser la première tranche de manière anticipée en 2024, il semble peu probable qu’il répète cet exploit compte tenu de la situation tendue des réserves de change de la région.





Face à cette crise financière, le gouvernement gabonais a déclaré vouloir maintenir ses priorités en matière d’investissements publics, avec un budget d'investissement porté à 592,6 milliards de FCFA, soit une augmentation de près de 100 milliards de FCFA. Des secteurs comme l'éducation, la santé, les infrastructures routières, l'eau et l'énergie devraient bénéficier de cette attention renforcée, dans le but de répondre aux attentes des populations.



Cependant, la gestion des dépenses courantes représente un enjeu de taille. Selon le projet de loi de finances, sur les 2 996,6 milliards de FCFA de recettes prévues, 82,2% (soit 2 467,6 milliards de FCFA) seront affectés au paiement des salaires des fonctionnaires et au service de la dette. Cette situation conduit à un déséquilibre manifeste, alors que les ressources allouées aux transferts sociaux et subventions demeurent à 350 milliards de FCFA. Par ailleurs, les charges liées à la masse salariale, en hausse de plus de 54 milliards de FCFA, incluent les nouveaux recrutements dans la fonction publique et des ajustements salariaux dans divers secteurs.



Les perspectives économiques du Gabon pour 2025 sont préoccupantes. L'incapacité à honorer ses engagements envers les institutions financières internationales, les difficultés d'accès aux financements extérieurs, et la gestion du service de la dette sont des défis de taille qui risquent de peser sur l'exécution du budget dans un contexte politique particulier. Ce qui laisse planer des incertitudes quant à la capacité du pays à honorer ses engagements financiers et à maintenir la stabilité économique.





 

Par Pamphile EBO

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