BILIE-BY-NZE RATTRAPÉ PAR L'HISTOIRE
Si plusieurs acteurs politiques ont toujours pensé que les Gabonais étaient amnésiques, s'ils ont longtemps considéré que ce peuple était clément et naïf, au regard de l'actualité politique l'on peut indubitablement noter que plusieurs hommes et femmes de ce pays ont résolument décidé de s'éveiller d'où le courroux d'une frange de la population de Mitzic envers l'ancien Premier Ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze. En effet, l'auteur du livre"Awu Mawu", politicard effrené, a entamé une tournée nationale pour expliquer aux populations gabonaises, qu'il aime subitement, sa vision politique, ses idées. Si à Mékambo et d'autres bourgades de l'Ogooué-Ivindo, où les populations sont dans une extrême pauvreté et n'ont visiblement pas envie d'en sortir, le leader d'Ensemble pour le Gabon et ses complices ont été écoutés par quelques personnes en quête de billets de Franc cfa, dans le Woleu-Ntem, les populations disent non, après avoir violé la loi. D'abord le maire d'Oyem, Jean Christophe Owono Nguema, ensuite quelques jeunes hommes et femmes de la commune de Mitzic dans le département de l'Okano.
Les langues se délient. Les commentaires sont faits, les analystes de tous les niveaux s'expriment, mais pour mieux comprendre l'antipathie de ces populations pour Bilie-By-Nze, il serait sage de se demander pourquoi lui? Oui, pourquoi seulement Alain-Claude ?
Après avoir démissionné du gouvernement en 2001, Zacharie Myboto démissionne du PDG en mai 2005 et fonde l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDG). Il est reçu par les populations dans les meetings, il est écouté. Il arrive meme en troisième position à l'élection présidentielle gabonaise de 2005 avec 6 % des voix.
2009, André Mba Obame, ancien ministre d'Omar Bongo, décide d'aller à la Présidentielle pour affronter Ali Bongo Ondimba avec qui il était en odeur de sainteté. D'ailleurs, plusieurs Gabonais se sont dits que c'était une entente des deux frères pour entourlouper le peuple, avec le temps, les choses devenaient sérieuses et les populations comprenaient que les deux hommes s'attaquaient vraiment. André Mba Obame, qui était pourtant au coeur de la machine électorale sous Omar Bongo, est parvenu à haranguer les foules et à véhiculer son message sous des accalamations.
Quelques mois avant l'élection présidentielle d'aout 2016, Jean Ping fait une tournée nationale, il est reçu dans chaque province.
Séraphin Moundounga, ancien ministre et porte-parole du gouvernement, démissionne la présidentielle de la même année, va en France, et reconnait la victoire de Ping. Il affirme d'ailleurs qu'il avait téléphoné à Ali Bongo Ondimba pour accepter le résultat des urnes. Moundounga a été bien reçu par la diaspora gabonaise et a élu domicile en France car ne pouvant revenir au Gabon puisqu'il savait qu'il venait de décevoir Ali Bongo Ondimba.
Guy Nzouba Ndama et d'autres députés ont démissionné du PDG et se sont exprimés devant des foules sans anicroche.
Toutes ces personnes pré-citées et bien d'autres ont été aux manettes de l'Etat, mais n'ont pas été victimes de la vindicte populaire lors de leurs différents meetings ou discours publics.
Pourquoi quand il s'agit de Bilie-by-Nze les choses sont-elles différentes?Pourquoi quand il s'agit du fils du canton Ntang-Louli, le peuple, qui a été souvent oublieux, se souvient curieusement du passé de l'homme ?
Une chose est claire, le mal est profond, si profond que certaines personnes victimes des exactions de l'ancien régime prennent ENSEMBLE POUR LE GABON comme une association de malfaiteurs. Pour eux, Alain-Claude Bilie-by-Nze et sa bande d'amis n'ont pas droit de cité.
Bilie-by-Nze est celui a dit que le "Pdg n'a pas l'intention de laisser le pouvoir", ceci démontre clairement que son souhait était que l'ancien régime demeure en dépit des jérémiades des populations en ce qui concerne les problèmes de société, eau, électricité, logement, inflation.Tant que lui, Ali Bongo Ondimba et tous leurs amis avaient leurs avantages, le pays se porte bien.
Bilie-by-Nze était ministre de la Communication, c'est à cause de lui que la chaine Kanal 7 de Blaise Loumbe a été fermée, puis repris par l'Etat pour lancer Gabon Culture qui fonctionne difficilement. Plusieurs Gabonais se sont retrouvés au chomage.
C'est lui qui lance Gabon 24 avec un statut juridique brumeux, chaine privée située dans la Présidence pour faire la propagande d'Ali Bongo Ondimba.
Bilie-By-Nze ne saurait etre un opposant au sens noble du terme. Il ne critique pas la transition par souci du bien commun, mais par frustration d’en être exclu. Pendant des années, il a incarné le pouvoir Bongo-PDG avec une fidélité quasi religieuse, interdisant aux vrais opposants l’accès aux médias d’État, muselant les critiques, défendant bec et ongles un système aujourd’hui balayé.
Aujourd'hui il réclame un droit d’expression dont il privait hier les autres. Il dénonce l’exclusion après avoir été l’un des grands architectes de l’exclusion politique. Il accuse le CTRI de reproduire les erreurs du passé, oubliant qu’il en a été l’un des artisans les plus zélés. Drôle de conversion!
Face à ce type de personnage, la tentation serait grande pour le pouvoir de transition de lui fermer les portes des médias d’État. Ce serait une erreur. Rien ne servirait mieux son discours victimaire que d’être muselé. Mieux vaut le laisser parler, s’étaler, se contredire, et laisser les Gabonais juger.
Le vrai débat n’est pas de savoir si Bilie-By-Nze doit s’exprimer, mais de comprendre pourquoi il parle tant. Et la réponse est simple : il sent que son heure est en train de passer. Le pays tourne progressivement une page, et il court après un train déjà parti. Peu importe qu’il monte à bord en tant qu’opposant ou en tant que rallié, tant qu’il n’est pas laissé sur le quai.
Mais il se heurte à un peuple qui s'est longtemps laissé emberlificoter par les politiciens. Un peuple qui a vu des girouettes tourner avec le vent, et il sait reconnaître ceux qui parlent pour lui et ceux qui ne parlent que pour eux. Bilie-By-Nze peut bien crier au feu : Il lui sera difficile de convaincre ce peuple.
La démocratie c'est aussi accepter que quelqu'un refuse de vous recevoir. C'est son droit!