LE NIGER ET LE BURKINA FASO SE RETIRENT OFFICIELLEMENT DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE
Le 17 mars 2025, dans une décision lourde de conséquences pour la diplomatie africaine, le gouvernement du Niger a officialisé son retrait de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Un événement historique dans la politique étrangère du pays. Cette annonce, relatée dans une note circulaire du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération et des Nigériens à l’extérieur, fait suite à une série de tensions géopolitiques et diplomatiques qui secouent le Sahel depuis plusieurs mois.
Dans la note verbale N° 003304/MAE/C/NE/CAB/M, datée du 7 mars 2025, le gouvernement nigérien justifie cette décision par des raisons « stratégiques et politiques ». Bien que les détails spécifiques de cette réorientation ne soient pas entièrement dévoilés, le retrait du Niger semble répondre à une volonté claire de réévaluer ses alliances internationales et de renforcer sa souveraineté dans un contexte marqué par la montée en puissance des régimes militaires au Sahel.
L'Organisation Internationale de la Francophonie, qui regroupe actuellement 91 États et gouvernements partageant le français comme langue commune, perd ainsi un acteur clé de la région sahélienne. Le Niger, avec une population de plus de 3 millions de francophones, a longtemps été un membre actif de l'OIF, s'engageant dans des initiatives culturelles, éducatives et politiques. Toutefois, la décision du pays de quitter cette organisation, fondée en 1970, intervient dans un contexte particulièrement tendu. Depuis le coup d'État militaire de juillet 2023 qui a renversé le Président élu Mohamed Bazoum, la coopération avec l’OIF avait déjà été suspendue, et la junte au pouvoir avait clairement exprimé son opposition aux politiques de l’organisation.
Le retrait du Niger pourrait fragiliser l'influence de la Francophonie dans la région, où le pays joue un rôle stratégique, notamment en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Cette décision pourrait également encourager d’autres pays membres à revoir leur engagement, dans un climat où les dynamiques géopolitiques se redéfinissent sous l’influence croissante de puissances comme la Russie.
Le retrait de l’OIF s’inscrit dans une série d’initiatives prises par le gouvernement nigérien pour marquer son indépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, la France. Le pays a également rompu ses liens diplomatiques et militaires avec Paris, suivant en cela l'exemple du Burkina Faso et du Mali, deux autres États dirigés par des régimes militaires. Depuis leur arrivée au pouvoir, ces gouvernements ont entrepris des actions symboliques et concrètes pour réaffirmer leur souveraineté, telles que la renaming des rues et des monuments portant des noms français à Niamey. Le centre culturel franco-nigérien, anciennement dédié au réalisateur Jean Rouch, a été réorienté pour devenir un centre culturel national.
La réaction de l’Organisation Internationale de la Francophonie ne s’est pas fait attendre. Oria K. Vande Weghe, porte-parole de l’OIF, a exprimé la déception de l’organisation face à cette décision, tout en la respectant. Elle a ajouté que
« l'OIF considère peut-être être un dommage collatéral d'une situation géopolitique qui la dépasse »
Toutefois, elle a souligné que l'organisation continuerait à soutenir les peuples de la région, malgré ce retrait symbolique. Pour l’OIF, le Niger représente non seulement une perte importante en termes d'influence, mais aussi un signe des tensions croissantes entre les anciennes colonies et la France.
Le retrait du Niger de l’OIF s'ajoute à une série d’événements marquants dans la région sahélienne. Le pays, aux côtés du Burkina Faso et du Mali, a également quitté la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qu’il considère comme un instrument aux mains de la France. Ces décisions alors que les attaques jihadistes continuent de déstabiliser la région.
Le Burkina Faso a, pour sa part, annoncé une démarche similaire, et certains analystes estiment que le Mali pourrait bientôt emboîter le pas. Si cette dynamique se confirme, cela pourrait conduire à une redéfinition de l'équilibre géopolitique en Afrique de l'Ouest, avec des implications profondes pour la coopération régionale et les engagements internationaux des pays concernés.