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BEAC : UN BÉNÉFICE "RECORD" DE 355 MILLIARDS FCFA EN 2024, MAIS DES DÉFIS POUR REDRESSER L’ÉCONOMIE RÉGIONALE

BEAC : UN BÉNÉFICE "RECORD" DE 355 MILLIARDS FCFA EN 2024, MAIS DES DÉFIS POUR REDRESSER L’ÉCONOMIE RÉGIONALE
, ce profit record, validé par le conseil d'administration de la BEAC le 26 mars dernier, témoigne d’une gestion rigoureuse et d’une gouvernance améliorée sous la direction du Gouverneur.

Au-delà de l’impressionnant bénéfice net de 354,7 milliards FCFA (540,7 millions d’euros) annoncé par la Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) pour l'exercice 2024, il est essentiel de situer cette performance dans un contexte plus large, celui des objectifs institutionnels et des défis économiques qui subsistent pour la région. Certes, ce profit record, validé par le conseil d'administration de la BEAC le 26 mars dernier, illustre ’une gestion rigoureuse et d’une gouvernance améliorée sous la direction du Gouverneur. Cependant, si ce résultat est indéniablement positif d’un point de vue comptable, il doit également être mis en perspective avec la stabilité économique et monétaire de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), pour apprécier pleinement son impact.


Le communiqué de la BEAC attribue cette croissance record de son bénéfice net à une gestion « rigoureuse et transparente », focalisée sur la rationalisation des dépenses et l'optimisation des revenus d’exploitation. Le bénéfice a ainsi augmenté de 14,7% par rapport à l'année précédente, et ce chiffre marque une progression notable depuis au moins 2017. Bien que cette performance soit remarquable, elle doit aussi être replacée dans le cadre des différents leviers qui ont permis cette croissance.


L’une des principales sources de revenus de la BEAC reste les intérêts perçus sur les créances consolidées des États membres, les produits financiers liés à la convention du compte d’opérations avec le Trésor français, et les intérêts générés par les prêts accordés aux banques commerciales de la région. En outre, la BEAC bénéficie également des retours liés à ses opérations de gestion de liquidité et de change, des plus-values réalisées sur la cession de ses réserves d’or, ainsi que des revenus issus de placements financiers, notamment à la Banque mondiale depuis mars 2023 dans le cadre du Programme de service de conseil et de gestion des investissements (RAMP). Ce programme a indéniablement renforcé la stabilité financière de la banque, et peut avoir contribué à son excellent résultat pour 2024.


Il est intéressant de noter que la BEAC a profité de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), qui a maintenu des taux d'intérêt élevés pour lutter contre l'inflation depuis 2022. Bien que la BCE ait amorcé un changement de cap en juin 2024 avec une baisse des taux, la BEAC a su tirer profit de ces niveaux de taux favorables pendant une période prolongée.


Néanmoins, un bénéfice net record ne suffit pas à garantir une stabilité économique à long terme pour la CEMAC. Les critères fondamentaux de la performance d'une banque centrale se mesurent avant tout à sa capacité à maîtriser l'inflation et à maintenir une stabilité monétaire durable. Or, si le taux de croissance du bénéfice est positif, plusieurs indicateurs macroéconomiques suggèrent que des défis subsistent pour la région.


Le taux d'inflation, par exemple, est resté supérieur à l'objectif de 3% fixé pour la zone, un écart qui souligne la difficulté de maintenir la stabilité des prix. En parallèle, les réserves extérieures de la BEAC, bien qu'importantes, ont connu une diminution et s’élevaient à 4,6 mois de couverture des importations à la fin de l'année 2024. Cette situation inquiète, surtout après l'alerte lancée par les chefs d’États de la CEMAC lors du sommet de décembre 2024. Ils ont souligné les risques d'une dégradation trop prononcée des réserves extérieures pour l'économie de la région et ont exhorté la BEAC à accélérer le rapatriement des devises nécessaires à la restauration des sites miniers.


D'autres défis de taille demeurent. L'un des plus grands problèmes qui affectent la stabilité financière de la CEMAC est l’exposition croissante des banques au risque souverain, en particulier en ce qui concerne les prêts et les titres des États membres. Cette exposition est passée de 10% des actifs totaux des banques à la fin 2015 à 31% en 2023. Ce phénomène fragilise l’ensemble du système financier régional et constitue une menace pour sa résilience face aux chocs économiques.


À cela s’ajoute la nécessité de diversifier l’économie de la région, qui reste largement dépendante de la volatilité des prix des matières premières. Le financement de la production et l’encouragement des secteurs non extractifs sont des priorités pour stimuler la croissance durable et renforcer la résilience économique de la CEMAC. La BEAC, à travers ses politiques monétaires et de financement, doit jouer un rôle crucial pour favoriser cette diversification et atténuer les risques liés aux fluctuations des matières premières.


Le bénéfice record de la BEAC pour l'exercice 2024 est incontestablement un signe de solidité financière. Cependant, pour que cette performance ait un impact durable sur la région, il est essentiel que la banque centrale dépasse les aspects comptables et s'attaque aux défis sous-jacents qui affectent la stabilité monétaire et économique de la CEMAC. Le contrôle de l'inflation, l'amélioration des réserves extérieures, la gestion du risque souverain et la diversification de l'économie régionale sont autant de priorités qui doivent être au cœur de la stratégie de la BEAC. 

Par Pamphile EBO

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