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POURQUOI LE GÉNÉRAL ABDOURAHAMANE TIANI A-T-IL DISSOUT TOUS LES PARTIS POLITIQUES DU NIGER ?

POURQUOI LE GÉNÉRAL ABDOURAHAMANE TIANI A-T-IL DISSOUT TOUS LES PARTIS POLITIQUES DU NIGER ?
En effet, le 26 mars 2025, le chef de l’État, récemment investi pour un mandat de cinq ans, a ordonné la dissolution de l’ensemble des partis politiques du pays.

Dans le rapport final des Assises nationales, récemment remis au général Abdourahamane Tiani, Président du Conseil National de Sauvegarde de la Patrie (CNSP) et Président de la République du Niger, un sujet a retenu l’attention : la dissolution des partis politiques


En effet, le 26 mars 2025, le chef de l’État, récemment investi pour un mandat de cinq ans, a ordonné la dissolution de l’ensemble des partis politiques du pays. Une pilule amère pour les dirigeants de ces partis politiques. 


Le nombre de partis politiques au Niger a atteint un niveau impressionnant : 173 partis pour une population de 26 millions d’habitants, dont près de 70% sont des jeunes de moins de 25 ans. Il est indéniable que ce pluralisme est en grande partie formel et qu’il ne répond pas à une véritable dynamique de développement politique et démocratique. Un nombre aussi élevé de partis dans un pays jeune et peu habitué à l’évaluation critique des programmes politiques, n’est d’aucune utilité.


Une majorité de ces partis ne participent pas aux élections, ne possèdent pas de sièges, et n’organisent pas de formations pour leurs militants. Beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs qualifiés de "partis cabines téléphoniques" comme au Sénégal, en raison de leur capacité à réunir leurs membres dans un espace aussi petit qu’une cabine téléphonique. Ils semblent avant tout conçus pour satisfaire les intérêts personnels de leurs leaders et de leurs familles, plutôt que pour promouvoir un projet politique solide et structuré.


Les Assises nationales ont mis en lumière une situation qui, au fil des années, a conduit à une impasse démocratique. Selon le Rapport public de la Cour des Comptes de 2020, seuls 10 partis politiques étaient en règle avec les exigences financières définies par la charte en vigueur. Ce chiffre montre l’absence de rigueur et de transparence dans la gestion des partis politiques.


De plus, les chiffres des élections passées sont sans appel : plus de 130 partis politiques n’ont pas réussi à élire ne serait-ce qu’un seul conseiller municipal au cours des 15 dernières années. La répartition géographique des partis politiques est clairsemée. Beaucoup d’entre eux n’ont aucune représentation dans la majorité de celles-ci. Pourtant, la charte des partis en vigueur stipule que ces derniers doivent être présents dans au moins cinq régions pour garantir leur caractère national et leur légitimité. 


Si la dissolution des partis politiques semble être une réponse logique à l’échec flagrant de ce système multipartite, cette décision serait-elle réellement la panacée ? Faut-il se limiter à accuser les partis politiques sans prendre en compte d’autres facteurs qui ont contribué à l’échec du système démocratique ?


La question mérite d’être posée. Les partis politiques ne sont pas les seuls responsables des dérives observées. L’État, par son manque de contrôle et d’application rigoureuse de la charte des partis, a grandement contribué à la situation actuelle. En n’assurant pas une surveillance efficace des activités politiques et en ne mettant pas en place des mécanismes de financement transparents pour les partis, l'État a permis à une grande partie de ces structures de se dégrader et de ne jamais remplir leur fonction fondamentale.


Alors, quelle direction devrait prendre le Président de la République du Niger ?  Parmi les options évoquées lors des Assises nationales, l’adoption d’un système multipartite limité à un nombre réduit de partis (3 à 5) semble séduisante. D’autres questions restent cependant en suspens : le Président mettra-t-il un terme à la suspension des partis politiques ? Ou au contraire, consolidera-t-il cette suspension ? Le système multipartisan tel qu’il a existé au Niger a échoué. Les partis politiques, dans leur grande majorité, sont devenus des coquilles vides.


 

Par Pamphile EBO

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