À ANGONDJÉ, URIEL NZIENGUI, CHEF CUISINIER MALVOYANT, LANCE UN APPEL À L’AIDE : "JE SUIS OUBLIÉ DE TOUS"
Dans la commune paisible d’Akanda, au quartier Angondjé, résonne un cri discret mais poignant, celui d’Uriel Nziengui Nziengui, un homme d’une quarantaine d’années, chef cuisinier de talent, aujourd’hui malvoyant et plongé dans une précarité grandissante. Ancien employé de Sodexo au Gabon, Uriel vit un quotidien marqué par l’exclusion sociale, l’abandon institutionnel et la lutte pour la dignité.
Il n’a rien perdu de son amour pour la cuisine. Uriel cuisine à l’aveugle, mais avec une précision qui force le respect.
"Là, je suis en train d’éplucher une patate douce. Voilà, j’arrive à reconnaître les aliments rien que par le toucher"
dit-il.
"Je peux distinguer le concombre, la pomme de terre, la patate douce… Je fais même souvent les courses moi-même"
Une démonstration qui met en lumière un talent indéniable, affûté par des années d’expérience, mais aujourd’hui ignoré d’un système qui peine à intégrer les personnes handicapées dans le monde professionnel.
Tout bascule pour Uriel en 2006, lorsqu’il perd la vue suite à une tension oculaire. Depuis, les portes se ferment une à une.
"Lorsque tu vas déposer un dossier dans des hôtels, ils disent non parce que tu es handicapé. Pourtant, tu réussis vraiment les tests"
confie-t-il. Les structures sociales ne sont pas plus aidantes.
"Le seul secours permanent que nous avons est de 75.000 francs CFA par an. Vous voyez, avec ça, on ne peut pas vivre"
Père de deux enfants, Uriel se bat chaque jour pour subvenir à leurs besoins. Après la fermeture de Sodexo en 2017, il ouvre son propre restaurant, Évasion 2000, qu’il fait tourner jusqu’en 2020. La pandémie de COVID-19 vient briser cet élan. Depuis, il n’a pas pu se relancer faute de moyens.
"Je fais quelques prestations par-ci par-là chez des particuliers, lors de mariages ou de grandes cérémonies. Mais en trois ou quatre mois, tu n’as qu’une seule prestation. Si on te paie 100.000, comment veux-tu vivre avec ça ?"
Aujourd’hui, il est hébergé dans une famille d’accueil, faute de ressources suffisantes pour un logement décent.
Les propos d’Uriel Nziengui sont émouvants et révoltants. Il interpelle les autorités, les décideurs, les citoyens au grand cœur, sur la réalité des personnes handicapées au Gabon.
"Je demande que le chef de l’État et les autorités regardent ma situation. Ce n’est pas que je ne veux pas travailler, c’est qu’on ne me donne pas ma chance"
conclut-il.