COUPURE GÉANTE
Une panne d’électricité d’une ampleur rare a frappé ce mercredi 28 mai 2025 à l’aube plusieurs quartiers du Grand Libreville, de la commune d’Owendo à celle d’Akanda en passant par le centre-ville. Une coupure brutale et généralisée, qui a plongé maisons, lampadaires, entreprises et services essentiels dans l’obscurité la plus totale. À cette panne électrique s’est ajoutée une coupure d’eau. Ce qui a mis au supplice des milliers de foyers dès les premières heures du jour.
L’événement aurait presque pu passer pour un sinistre hasardeux s’il ne coïncidait pas avec un changement majeur à la tête de la SEEG, la Société d’énergie et d’eau du Gabon. En effet, ce 28 mai marque la fin de l'administration provisoire de la SEEG, qui cède les rênes à une nouvelle direction placée sous la houlette du Fonds Gabonais d’Investissement Stratégique (FGIS). Une transition délicate, alors que l'entreprise publique traverse une mauvaise passe depuis plusieurs années, souvent décrite comme un canard boiteux, un maillon faible de l'économie nationale.
Si la situation semblait s’être stabilisée ces dernières semaines, notamment grâce à l’apport énergétique des bateaux turcs Karpowership, cette coupure géante remet en lumière la fragilité d’un système à bout de souffle.
« Il y a quelques mois encore, les coupures étaient quasi-quotidiennes. Puis, elles ont disparu comme par enchantement. Et voilà qu’aujourd’hui, tout s’effondre à nouveau »
confie, amer, un habitant de Nzeng-Ayong. Pour les populations, avaler la pilule devient de plus en plus difficile.
Plus grave encore, à partir de 4 heures du matin, Internet et les réseaux téléphoniques se sont effondrés, isolant complètement les habitants. Entre 4h et 9h, impossible de joindre qui que ce soit à Libreville. Les entreprises, les écoles, les hôpitaux… tout a fonctionné au ralenti. L’impact sur l’économie, déjà fragile, est indéniable. Alors que le pays tente de redresser la barre dans un contexte de changement de paradigme, cette panne arrive comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des autorités.
Le FGIS, désormais aux commandes de la SEEG, devra prendre le taureau par les cornes. Trouver l’oiseau rare capable de sauver les meubles d’une entreprise sclérosée et qui navigue à vue depuis trop longtemps, est une mission aussi urgente que complexe. Plusieurs dirigeants s’y sont cassé les dents pendant la période de transition, Joël Lehmann Sandoungout, Jean Liévain Idoundou Manfoumbi, même l’ancien de Parthénon Finance, Steeve Saurel Legnongo, incapables de se défaire de l’étau des coupures d’électricité et d’eau qui mettent au supplice les populations depuis des années.
Par ailleurs, une réforme profonde est attendue : celle de la séparation de la gestion de l’eau et de l’électricité, aujourd’hui toutes deux sous la coupe de la SEEG. Un schéma unique qui a prouvé ses limites. L’horizon s’assombrit, de gros nuages s’amoncellent au-dessus du Grand Libreville, et la mission de la nouvelle équipe s’annonce tout sauf une sinécure.