ALARME
Face à une envolée brutale des coûts dans le secteur aérien, la compagnie nationale Afrijet/FlyGabon est montée au créneau. Dans un communiqué sans équivoque publié ce 27 mai 2025, l’opérateur a tiré la sonnette d’alarme après l’annonce d’une hausse spectaculaire de 133 % de la taxe de sûreté « WZ », décidée unilatéralement par le gouvernement et censée entrer en vigueur dès le 1er juin 2025.
Dans un geste de responsabilité, Afrijet a pris le taureau par les cornes : la compagnie suspendra, jusqu’au 1er octobre 2025, l’application de cette surtaxe pour tous les billets achetés dans ses points de vente officiels. Une décision financièrement risquée, mais assumée « dans l’intérêt ultime des passagers », selon les termes du communiqué.

Une hausse décidée sans concertation
L’annonce gouvernementale du 30 avril a pris de court l’ensemble du secteur, pris au dépourvu par une mesure imposée sans la moindre concertation. Pour Afrijet, cette démarche s’apparente à une « mise devant le fait accompli », qui bat en brèche tout principe de collaboration entre les acteurs économiques et les pouvoirs publics. La compagnie déplore l'absence d’étude d’impact, le manque de coordination et l'impossibilité matérielle d'adapter dans les délais impartis les systèmes de réservation.
À l’approche de la haute saison estivale, cette décision risque de transformer les comptoirs des compagnies aériennes en zones de turbulence sociale et économique. Car c’est bien l’ensemble de la filière qui grince des dents : opérateurs, usagers, agences de voyages… tous dénoncent une pression fiscale devenue difficilement soutenable.
Une fiscalité en roue libre
Depuis deux ans, les nouvelles taxes pleuvent : taxe de sécurité « N7 » pour l’ANAC, taxe d’infrastructure « R4 » pour une aérogare dont les premiers coups de pelle se font toujours attendre, et désormais, la surtaxe « WZ » qui fait exploser le prix des billets. Une bataille silencieuse mais tenace se joue autour du modèle économique du transport aérien gabonais, qui semble avoir du plomb dans l’aile.

« Ce que nous vivons, c’est une inflation réglementaire qui frappe directement les passagers, tout en affaiblissant l’image des compagnies. Nous ne pouvons plus être le maillon passif d’un dispositif fiscal opaque »
déplore Afrijet dans un passage particulièrement incisif du communiqué.
L’appel à une remise à plat
Plutôt que de sombrer dans la polémique, Afrijet/FlyGabon opte pour une sortie par le haut. Elle appelle de ses vœux une concertation nationale franche et structurée, impliquant tous les acteurs – institutions, agences de régulation, opérateurs privés – pour remettre à plat la fiscalité aérienne.
L’objectif est de repenser le financement du transport aérien autour de trois principes clés : la transparence de l’usage des fonds, l’évaluation rigoureuse de l’efficacité des taxes existantes et la rationalisation des dépenses publiques. Une volonté affichée de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, mais bien de construire un modèle durable, tourné vers l’avenir.
Un modèle en quête de redécollage
Alors que les compagnies peinent à maintenir leur viabilité économique et que le pouvoir d’achat des ménages est sous pression, le redécollage du secteur passe, selon Afrijet, par un équilibre clair entre service public, accessibilité tarifaire et performance des infrastructures.
L’initiative FlyGabon, pensée pour démocratiser l’accès au transport domestique, se retrouve aujourd’hui freinée par cette anarchie tarifaire et l’absence de régulation efficace des agences de voyages, souvent accusées de pratiques opaques.
L’atterrissage parfait, Afrijet/FlyGabon ne le promet pas. Mais à travers cette décision courageuse et cet appel à un débat de fond, la compagnie espère éviter la crise de confiance totale. Elle interpelle l’État, les régulateurs et ses partenaires :
« Il est temps de repenser ensemble le rôle du transport aérien dans l’intégration nationale, son financement, et surtout son accessibilité »