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À L’AGONIE

À L’AGONIE
Depuis 2018, un silence assourdissant s’est abattu sur les Écoles normales d’instituteurs (ENI) des ordres confessionnels au Gabon.

Depuis 2018, un silence assourdissant s’est abattu sur les Écoles normales d’instituteurs (ENI) des ordres confessionnels au Gabon. Plus un seul élève admis, sans qu’aucune raison officielle ne soit communiquée à leurs responsables. Les ENI protestantes, catholiques et de l’Alliance chrétienne, jadis considérées comme des viviers de compétences, sont aujourd’hui à l’arrêt, comme un canard boiteux abandonné sur le bord de la route.


Derrière cette mise en sommeil imposée, une décision ministérielle : ne plus ouvrir que les ENI publiques de Libreville et Franceville. Une décision que les confessions religieuses peinent à comprendre.


« Nous avons été jetés aux orties sans préavis, déplore un formateur de l’Eniac. Nos écoles formaient des enseignants compétents, les bons états de service de nos anciens parlent pour eux »


Pour les responsables confessionnels, les gros nuages s’amoncellent sur leur système éducatif.


Le ministère de l’Éducation nationale, lui, justifie sa position par l’irrégularité juridique de ces écoles. Selon une source ministérielle, ces structures ne disposeraient pas de textes leur reconnaissant le droit d’exister. Un argument jugé spécieux par les Églises, qui rappellent que leur partenariat avec l’État remonte à l’arrivée des premiers missionnaires américains à Baraka, en 1830.


« Il y a de l’eau dans le gaz, clairement, lance un inspecteur pédagogique. On veut nous faire passer des vessies pour des lanternes »


Les conséquences de cette mise à l’écart sont lourdes. Sans centres de formation, les établissements confessionnels ne pourront bientôt plus renouveler leurs effectifs. La facture s’annonce salée : une pénurie d’enseignants dans le primaire et pré-primaire, et la fermeture en cascade des écoles. Un horizon qui s’assombrit pour ce qui fut longtemps une force motrice de l’enseignement au Gabon.


Au ministère, la ligne reste ferme : les confessionnels relèvent du privé et ne peuvent organiser de concours public. L’État accepte de recruter, mais sous conditions strictes.


« Ils doivent exprimer leurs besoins. On centralise, on organise un concours, et ensuite on affecte »


explique un haut cadre. L’épée de Damoclès reste suspendue au-dessus des ENI confessionnelles. Le carnet d’adresses et le prestige historique ne suffisent plus. En l’absence d’un nouveau cadre de collaboration, ce pan entier de l’enseignement risque de rester à la traîne.

Par Pamphile EBO

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