LA TRACTOPELLE
Sous le ciel gris de Libreville, le calme apparent du 6e arrondissement a été soudainement troublé par le vrombissement sourd d’une pelleteuse. Ce 31 juillet 2025, après avoir réduit en poussière plusieurs structures au PK-11, l’engin a passé à la vitesse supérieure, s’attaquant cette fois au célèbre bar “Sommet de l’Himalaya”, niché à côté de l’échangeur de Nzeng-Ayong, dans le 6e arrondissement de Libreville. Ce lieu connu pour ses ambiances nocturnes électriques, ses retrouvailles bruyantes et ses soirées endiablées a été taillé en pièces sans ménagement.
L’intervention, menée sous la houlette du délégué spécial de la commune de Libreville, Adrien Nguema Mba, s’inscrit dans l’opération d’embellissement de la ville. Une opération qui ne laisse rien au hasard. « C’est vrai, ils ont eu tort de ne pas y croire, parce que lorsque l'autorité de l'État se déplace, lorsqu'on a marqué toutes ces maisons, c'est qu'ils devaient partir »
a-t-il martelé sur le terrain, au milieu d’un tas de gravats encore fumants.
Les occupants des lieux, eux, avaient longtemps balayé du revers de la main les signaux envoyés par les autorités. Mais cette fois, pas de quartier. Les murs du bar mythique, tout comme ceux des bistrots voisins, ont fait les frais d’un chantier radical.
« Ils pensaient qu'effectivement, comme vous le dites si bien, que ça n'arrivera pas. Malheureusement pour eux, c'est arrivé, nous sommes arrivés, on a procédé à la casse, comme vous le constatez »
a poursuivi Adrien Nguema Mba, ferme dans ses propos.
C’est un avertissement sans frais pour les autres sites ciblés par la suite. La mairie a mis les bouchées doubles.
« Nous devons raser toutes ces maisons, généralement ce sont des bistrots, il faut bien le comprendre. Nous ne cassons pas des maisons d'habitation, nous rasons tous les bistrots, parce que c'était des lieux de luxe qui étaient incompatibles avec une ville moderne, qui occupait anarchiquement le domaine communal »
a-t-il précisé.
Ce quartier, connu pour son enchevêtrement de constructions illégales, sa triste réputation, et son ambiance parfois peu reluisante, va désormais retrouver ses lettres de noblesse. Pour les autorités, l’objectif est aussi sécuritaire.
« Comme vous le constatez, les poteaux électriques sont emprisonnés, sont séquestrés par des individus, c'est la musique à tue-tête, les riverains n'arrivaient plus à dormir. C'est la raison pour laquelle nous avons procédé effectivement à raser toutes ces maisons »
a expliqué le délégué.
Derrière la volonté d’embellir la ville, c’est aussi un coup de balai contre les foyers de réseaux de tous genres, que les autorités soupçonnent de s’y être enracinés. Le bar “Sommet de l’Himalaya”, autrefois haut lieu de la vie nocturne, a été écrasé en quelques heures.
« Cette opération de démolition à Nzeng-Ayong est le signe d’une volonté de restructuration urbaine. Supprimer les occupations anarchiques, c’est vital pour rétablir un cadre de vie sain. Toutefois, l’aménagement ne peut se résumer à la casse. Il faut une vision globale, incluant relogement, espaces publics, et infrastructures durables, afin que Libreville ne se contente pas de raser, mais de réellement construire la ville de demain »
souligne un enseignant de l’Université Omar Bongo (UOB).
La suite ? D'autres quartiers, d'autres bistrots, d'autres chantiers. L'État semble bien décidé à ne plus tolérer l'anarchie et les entorses à la réglementation qui mettent en porte-à-faux avec la loi un certain nombre d’établissements. Pour Libreville, c’est un nouveau visage qui se dessine, à coups de pelleteuse et de volonté politique.