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UNE ÉNIÈME FICHE

UNE ÉNIÈME FICHE
Depuis quelques jours, une nouvelle fiche de collecte des données circule dans les couloirs souvent silencieux des administrations publiques.

Depuis quelques jours, une nouvelle fiche de collecte des données circule dans les couloirs souvent silencieux des administrations publiques. D’apparence anodine, elle émane de la Direction Générale du Budget (DGB). Pourtant, sa diffusion, presque clandestine, soulève un faisceau de questions auxquelles l’administration concernée n’a, pour l’heure, apporté aucune réponse claire.


Ce document, estampillé « fiche de collecte des données des agents de l’État » s’inscrit dans la longue série des recensements successifs que subissent les fonctionnaires depuis plus d’une décennie. Plus de cinq opérations similaires ont été menées ces quinze dernières années, dont les conclusions officielles n’ont jamais été rendues publiques, ou alors parcellaires et incompréhensibles.


 


Une communication fantôme pour une fiche opaque


La manière dont cette fiche est arrivée dans les mains des agents tranche avec les règles de transparence administrative. À peine quelques jours après sa mise en circulation, certains agents affirment l’avoir découverte par hasard, sans circulaire claire, ni explication sur sa finalité. Le délai imparti, lui, s’amenuise déjà.


À la confusion s’ajoutent des exigences bureaucratiques qui frôlent l’absurde : impression obligatoire en couleur pour certains, apposition d’un dateur obligatoire pour d’autres, sans quoi la fiche serait tout simplement irrecevable. Et que dire des agents actuellement en congé ou en mission, notamment les enseignants, qui ne pourront matériellement pas répondre dans les temps ?


 


Une lassitude grandissante


« Ce n’est pas mauvais, c’est même une bonne chose de vouloir savoir qui travaille vraiment », confie un agent croisé dans les couloirs du ministère des Finances, rapporte Gabon1ère.


« Sauf qu’on ne sait jamais ce que deviennent les précédents recensements. Voilà un autre, de plus, sans explication »


Cette lassitude est palpable. Elle s’enracine dans le quotidien d’une fonction publique fragilisée, où de nombreux agents sont encore sans salaire, sans affectation ou mal répertoriés. Comme cette jeune fonctionnaire affectée en 2022, dont le matricule attribué depuis neuf ans n’a toujours pas été activé :


« Je travaille. J’ai tous mes documents. Mais je n’ai jamais touché un seul franc »


déplore-t-elle.


 


Le spectre des « agents fantômes » et des bons de caisse


Chaque recensement a ses promesses. À chaque fois, on annonce la traque des agents fictifs, la rationalisation des dépenses publiques, la modernisation des ressources humaines. Et, systématiquement, on découvre des milliers d’agents « fantômes », des réseaux de détournement, des cas de fraude. Mais après l’onde de choc médiatique, plus rien. Aucun rapport final, aucune sanction visible, aucun plan de régularisation massif.


Pire, les agents réellement en poste subissent parfois des blocages injustes, placés sous bon de caisse, comme s’ils étaient coupables par défaut. Une aberration devenue routine.


 


Un outil de contrôle ou un instrument d’épuisement ?


À ce stade, la question n’est plus de savoir s’il faut faire des recensements. Elle est de comprendre à quoi ils servent. Que recherche-t-on exactement ? Pourquoi tant de complexité, tant de superpositions de dispositifs ? Pourquoi maintenant, en pleine période de vacances, alors que de nombreux fonctionnaires sont hors de leurs postes ?


Ces interrogations deviennent d’autant plus légitimes que le contexte post-transition, marqué par l’installation du premier gouvernement de la Cinquième République, suscite de grandes attentes. La réforme de l’État était annoncée comme une priorité. Mais pour de nombreux agents publics, cette fiche donne au contraire le goût amer d’un retour aux méthodes opaques décriées sous le régime précédent.


 


Une administration malade de sa propre illisibilité


L’absence de réponse du directeur général du budget, initiateur du document mais introuvable lors de notre passage, illustre cette opacité. Dans un micro-trottoir réalisé par notre rédaction, les réactions oscillent entre résignation, incompréhension et indignation. Certains y voient un énième « test » administratif, d’autres une manœuvre sournoise de rationalisation budgétaire.


Dans tous les cas, une chose est certaine : les fonctionnaires en ont assez d’être les cobayes d’un système qui ne leur rend jamais de comptes. Ils réclament de la clarté, de la considération et surtout des actions concrètes : activation des matricules en souffrance, régularisation des carrières, transparence sur les conclusions des recensements précédents.


 


En attendant des réponses


À l’heure où l’État entend se réinventer, il serait dangereux d’ignorer la détresse silencieuse de ceux qui le font fonctionner. Les agents publics ne sont pas des chiffres à aligner, mais des femmes et des hommes, souvent précaires, qui continuent de servir malgré tout.


Dans l’attente d’une prise de parole officielle de la DGB, une certitude s’impose : la confiance entre l’administration et ses agents ne se décrète pas.

Par Pamphile EBO

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