PEUT-ON PRIVILÉGIER LA COMPÉTENCE ?
A la veille des célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance du Gabon, le Président Brice Clotaire Oligui Nguéma déclarait le 16 août 2025, sa volonté de rompre avec les logiques de géopolitique et d’autochtonie, en mettant la compétence au cœur de la gestion publique. Un discours fort, porteur d’espoir, dans un pays où la gouvernance a longtemps été confisquée par une élite ayant érigé le népotisme, le clientélisme et la gestion patrimoniale de l’État, en système de gestion. Pourtant, à peine cette ambition énoncée, sa mise en œuvre peine à se faire ressentir sur le terrain.
Les mauvaises habitudes ont la peau dure, et nombre de ceux qui ont été vomis par les Gabonais lors des élections présidentielles de 2009, 2016 et 2023 ne veulent pas lâcher prise. Les mêmes noms, les mêmes familles, les mêmes patronymes continuent d'occuper les postes clés. Ils ne sont pas prêts à quitter les affaires, malgré leur mauvaise réputation. Le paysage politique actuel illustre ce constat : l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), fondé par le Président de la République, a désigné pour les prochaines élections un nombre très important de candidats issus du Parti Démocratique Gabonais (PDG), parti historiquement associé à la corruption, la concussion, l’enrichissement illicite et la mauvaise gouvernance. Ces caciques du régime déchu, qui ont longtemps confisqué les privilèges et tenu le pays sous leur emprise, semblent désormais avoir fait allégeance aux nouvelles autorités, souvent en peaux d’agneau, dans une tentative de se recycler politiquement.
Par ailleurs, des institutions stratégiques comme la Garde républicaine ou l’Office des ports et rades du Gabon (OPRAG) demeurent sous la coupe de réseaux régionaux solidement implantés, notamment issus du Haut-Ogooué. Cette mainmise sur des leviers de pouvoir essentiels interroge sur la sincérité de la nouvelle donne prônée par le Président de la République. Dans les faits, les équilibres régionaux hérités du passé semblent l’emporter sur le mérite ou la compétence, et forcer la main au changement reste difficile.
"Le discours du Président Brice Clotaire Oligui Nguema marque une volonté salutaire de rupture, mais sur le terrain, le changement peine à se faire ressentir. Les mauvaises habitudes ont la peau dure, et les caciques du PDG, vomis par les Gabonais en 2009, 2016 et 2023, ne veulent pas quitter la table. Les mêmes noms, les mêmes familles conservent la mainmise sur les institutions. Tant que la nouvelle donne reste sous la coupe d’un népotisme persistant, l’essor du Gabon ne sera pas propice"
souligne un enseignant de l'Université Omar Bongo (UOB)
Il apparaît donc que repartir sur des bases saines nécessitera bien plus qu’un discours. La transformation de l’appareil d’État, pour être crédible, devra s’accompagner d’actes forts : une purge réelle des figures compromises, une réforme en profondeur des institutions, et une politique rigoureuse de promotion des compétences, indépendamment des affiliations politiques ou des origines régionales. Ce n’est qu’à ce prix que le pays pourra créer un environnement propice à l’essor d’une nouvelle génération de dirigeants, capables d’incarner les valeurs d’éthique, de service public et de responsabilité.