DES MAGISTRATS SUSPENDUS APRÈS DES SOUPÇONS
Le premier tour des élections législatives et locales, organisé le 27 septembre 2025 au Gabon, a laissé un goût amer. Présenté comme une innovation par rapports aux dérives du passé, le scrutin a été rapidement éclaboussé par une série d’irrégularités qui jettent le discrédit sur tout le processus électoral. Aujourd’hui, ce sont les présidents des commissions électorales locales, pour la plupart des magistrats, qui sont dans le collimateur.
Des procurations en cascade, parfois attribuées à des personnes décédées ou absentes du territoire, des procès-verbaux contestés, des bureaux de vote fermés sans raison apparente… Autant d’éléments qui ont mis en lumière un système cousu de fil blanc. Les responsabilités sont remontées jusqu’à certains présidents de commissions, pris la main dans le sac.
Près d’une dizaine d’entre eux ont déjà été remplacés pour fautes graves. Parmi les noms cités : Aude Bauguidzogo, Élie Nazaire Békalé ou encore Oswald Ossoungou Oloungou. Tous sont accusés d’avoir favorisé certains candidats en échange d’avantages indus. La situation prend une tournure embarrassante pour l’institution judiciaire, déjà en délicatesse avec l’opinion publique.
Un nom revient avec insistance : Ada Obiang Perrine, à la tête de la commission du 6ᵉ arrondissement de Libreville. Bien que visée par de nombreuses plaintes, elle n’a pas été suspendue. Un traitement de faveur qui passe mal et qui en traverse plus d’un de la gorge. Certains y voient la marque d’une protection bien placée dans les arcanes du pouvoir.
« Comment comprendre que ceux qui sont censés lire le droit soient les premiers à bafouer la loi ? »
résume sur les plateaux de la télévision TV+Afrique Pierre Mintsa, acteur politique et observateur engagé.
Et d'ajouter: « Est-ce qu’il n’est pas question aujourd’hui qu’on enlève l’organisation des élections aux magistrats pour qu’on remette ça à la compétence des civils que nous sommes, et voir ce que nous sommes capables de faire ? »
Le moral est en berne chez de nombreux électeurs, qui broient du noir face à un processus qui semble en panne de transparence.
Le ministère de la Justice, pris au dépourvu, garde le silence. Mais en interne, l’étau se resserre. Des sanctions disciplinaires, voire pénales, ne sont pas exclues. Dans cette mauvaise passe, l’image de la justice gabonaise en pâtit lourdement. Et pour les candidats lésés, cette élection restera en travers de la gorge.