LES PENTES GLISSANTES

Exposées aux dangers de la circulation et aux intempéries, elles continuent pourtant de vendre. Près de l'échangeur d’Awendjé, dans le 4e arrondissement de Libreville, plusieurs femmes ont réinvesti les abords de la voie rapide pour écouler leurs marchandises. Une occupation risquée, mais qui traduit un malaise plus profond, celui du manque d'espace marchand adapté.
L'échangeur d’Awendjé, ces vendeuses bravent quotidiennement les pentes glissantes pour subvenir aux besoins de leur famille. Depuis quelques temps, elles sont de plus en plus nombreuses à occuper ce coin du talus, malgré l'étroitesse du lieu et les risques d'accidents. Le danger est permanent : une seconde d’inattention suffit pour que la situation tourne au vinaigre, qu’un accident survienne. Les pluies diluviennes rendent les pentes glissantes et le décor est à la fois hostile et dangereux. Pourtant, les consommateurs sont courageux d’aller acheter des produits de première nécessité sur ces pentes.
"Ce qui a forcé nombre d'entre nous à se replier sur ce site informel"
Pour ces femmes, la situation découle d’un enchaînement de décisions administratives. Elles expliquent :
"Nous avons été orientées au marché du B2, où nous exercions. Mais depuis la privation de ce dernier, l'accès serait devenu plus compliqué. Ce qui a forcé nombre d'entre nous à se replier sur ce site informel à ciel ouvert. Il faut que l’administration en tant qu’État nous construise un marché public. On ne veut pas rentrer dans un marché privé"

Face à la détérioration progressive des marchés, elles se battent pour un espace digne.
"Compte tenu de l'état, depuis qu'on construit les marchés de gauche à droite, nous, on s’est associés à se battre auprès de notre mairie, demander à la mairie ce qui se passe, pourquoi on construit un marché à Oloumi, pourquoi les gens du cinquième n’ont pas de marché, pourquoi le maire ne fait rien pour nous?"
“En tant que Gabonaise je ne peux plus quitter là”
Le tableau qu’elles dressent est sombre :
"On nous a fait comprendre que ne vous mélangez pas. Votre zone, c'est une zone rouge. Votre marché, c'est au B2. Donc, on nous a demandé d'attendre pour avoir un autre site, pour construire notre marché. Une fois fait, on va libérer l'espace. Cet espace est en pente. Puisque ce n'est pas encore fait, nous occupons l'espace. Parce qu'en tant que Gabonaise, regardez mon âge, je ne peux plus quitter là. Et pour aller travailler chez qui? Voici ce que je peux faire pour nourrir mes enfants"

Malgré les conditions difficiles, ces femmes continuent, car ce n’est pas une sinécure mais une nécessité.
"Il n'y a pas d'espace pour construire le marché. Autant nous faire quelque chose de propre. Ici, là, nous vendons. Et on peut nous mettre en sécurité. Il faut qu’on nous sécurise. On peut mettre les garde-fous là, bien propres. On va garder l'espace propre"
Entre trafic, pentes à gravir, intempéries et risque constant d’accidents
Le spectre d’un plan de marché digne semble lointain. Elles adressent un appel :
"Nous espérons des solutions durables pour exercer en sécurité dans un cadre plus digne"

Entre trafic, pentes à gravir, intempéries et risque constant d’accidents, le spectacle désolant de cette situation montre la difficulté de survivre à de Libreville.