RENOUVEAU ARTISTIQUE
L’un des tournants majeurs de la relation franco-gabonaise a été la prise de pouvoir, le 30 août 2023, du président Brice Oligui Nguema. Malgré un contexte politique complexe, la France a rapidement maintenu des liens étroits avec Libreville : en mai 2024, le Oligui Nguema a été reçu à Paris par Emmanuel Macron, signe d’une volonté parisienne de conforter la coopération.
Ce contexte diplomatique stable a offert un terreau propice à des projets culturels ambitieux, notamment à travers l’Institut français du Gabon.
L’Institut français du Gabon : un acteur renforcé
Depuis 2023, l’Institut français du Gabon (IFG) joue un rôle central dans le renforcement de la coopération culturelle. Sa mission, telle que décrite sur son site, est multiple : promouvoir la langue française, encourager les échanges artistiques, soutenir les industries créatives gabonaises et faciliter la circulation des œuvres.
Entre 2023 et 2025, l’IFG n’a cessé de dynamiser sa programmation : concerts, spectacles, expositions, ateliers, rencontres professionnelles – plus de 500 activités annuelles selon sa présentation officielle.
Un moment phare a été la résidence Duvangu, lancée en mai 2024 dans l’ancienne ambassade de France à Libreville, reconvertie en « ambassade des arts ». Près de 30 artistes gabonais, français et d’Afrique centrale y ont été accueillis pour produire des œuvres, dialoguer, créer performances, ateliers, débats et concerts.
L’IFG a également animé cette résidence par des événements variés : fête de la musique, ateliers photo, concours de rap, performances sensorielles.
Exporter la culture gabonaise : artistes gabonais en France
La seconde partie de ce bilan porte sur la mise en valeur de la culture gabonaise sur le territoire français, à travers des artistes et des expositions. Trois exemples ressortent particulièrement dans les médias :
Myriam Mihindou
L’artiste franco-gabonaise née à Libreville a vu son travail pleinement reconnu en France entre 2024 et 2025. Son exposition « Praesentia » a été présentée au Palais de Tokyo à Paris (du 17 octobre 2024 au 5 janvier 2025).
Le Monde a salué son « dépliage » artistique, où elle mêle sculptures, performances vidéo, écriture en fil de cuivre, réflexion sur le corps, la mémoire postcoloniale et les rituels du deuil.
Selon The Art Newspaper, cette rétrospective au Palais de Tokyo est accompagnée d’une co‑programmation avec le Crac Occitanie (Sète) au printemps 2025.
Dans un entretien et un portrait, la Financial Times souligne comment son œuvre mélange le personnel et le politique : elle rend hommage aux pleureuses Punu du Gabon à travers des installations sonores et sculpturales, et aborde les traces de la colonisation.
Résidence Duvangu x POUSH en France
Dans la continuité de la résidence de Libreville, quatre artistes gabonais (Kaory Mambo, Julie Mvie) et santoméens ont été accueillis à POUSH, à Aubervilliers (France), du 15 avril au 25 juin 2025.
Cette initiative, pilotée par l’Institut français du Gabon avec l’ambassade et le groupe Manifesto, a pour ambition de faciliter la recherche, l’expérimentation artistique et les échanges entre la scène gabonaise et la scène artistique française.
Les artistes ont bénéficié d’un accompagnement fin : visites d’institutions prestigieuses, échanges avec des professionnels du monde de l’art, open studio au sein de POUSH à l’occasion des portes ouvertes.
Jeunesse et éloquence
En octobre 2024, la jeune Gabonaise Hericia Neny Bilounga a été sacrée « Révélation de l’année 2024 » au concours d’éloquence francophone (RIDEF) à Paris.
Ce succès symbolise non seulement un pont linguistique entre les deux pays, mais aussi la valorisation de talents gabonais dans les sphères intellectuelles et culturelles françaises.
Autres artistes
On peut également citer Dia Alihanga, poète et performeur gabonais basé en France (Nantes), très actif depuis plusieurs années : en 2025, il a participé à un « happening poétique » lors du Village Talents d’Afrique à la Foire de Paris.
Darenn Mbadinga, chanteur gabonais de R&B alternatif, est également présent sur la scène française, renforçant la visibilité de la musique gabonaise dans l’Hexagone.
Impact, enjeux et perspectives
Sur la période considérée, la coopération culturelle France‑Gabon s’est révélée particulièrement dynamique. L’Institut français du Gabon a non seulement renforcé ses capacités d’intervention, mais a aussi porté des initiatives structurantes : la résidence Duvangu au Gabon, puis à POUSH, constitue un pont artistique franco-gabonais tangible. Ces échanges permettent aux artistes gabonais d’accéder à des infrastructures et réseaux en France, tout en exportant des visions culturelles profondément enracinées dans leur identité .
Du côté français, la scène artistique s’enrichit des apports gabonais : l’exposition de Myriam Mihindou au Palais de Tokyo, relayée par la presse française comme Le Monde ou The Art Newspaper, en est la preuve. De plus, la reconnaissance de figures comme Hericia Bilounga montre que ces échanges ne concernent pas uniquement les arts visuels, mais aussi la parole, la jeunesse et l’éloquence.
Cependant, certains défis subsistent : la durabilité de ces résidences, l’accès à des financements pérennes, et la capacité de l’IFG à toucher un public plus large au Gabon – au-delà des cercles culturels. Il y a aussi la question de la traduction de ces initiatives en retombées économiques pour les artistes.
En perspective, les projets en cours (comme les futures éditions de Duvangu) pourraient consolider un modèle de coopération culturelle « gagnant-gagnant », capable de faire du Gabon un hub artistique en Afrique centrale, tout en enrichissant le paysage culturel français. De même, la valorisation des jeunes talents gabonais dans des concours internationaux ou des résidences pourrait encourager de nouveaux vocations et renforcer le soft power culturel gabonais.
Entre août 2023 et novembre 2025, la coopération culturelle entre la France et le Gabon a gagné en profondeur et en visibilité : l’Institut français du Gabon a renforcé son rôle d’acteur pivot, la résidence Duvangu a symbolisé un renouveau de dialogues artistiques, et des artistes gabonais se sont affirmés sur la scène française, porteurs d’une identité créative riche et plurielle.