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JIMMY CLIFF EST MORT

JIMMY CLIFF EST MORT
C’est avec une immense tristesse que le monde de la musique apprend la mort de Jimmy Cliff, survenue le 24 novembre

Un départ tragique, une carrière légendaire
C’est avec une immense tristesse que le monde de la musique apprend la mort de Jimmy Cliff, survenue le 24 novembre. Monument du reggae jamaïcain, James Chambers de son vrai nom, s’était imposé depuis plus d’un demi-siècle comme une figure incontestable du genre. Ses tubes planétaires, à l’image de « Woman No Cry » de « Reggae Night » ou encore « Hakuna Matata », ont électrisé des générations entières. Mais au-delà de ses succès internationaux, son rapport à l’Afrique était profondément intime : un amour qui s’est répandu comme une traînée de poudre et qui a marqué toute sa trajectoire.


Premiers pas en Afrique : un accueil puissant
La première fois que Jimmy Cliff posa le pied sur le continent, c’était à la fin de 1974, au Nigeria. Il raconte qu’à l’aéroport, une foule immense l’attendait — un accueil plus que chaleureux. Pourtant, ce séjour prit une tournure dramatique : arrêté à Lagos pour un litige de contrat, il passa trois nuits en détention avant d’être libéré. Il dépeindra plus tard cette expérience dans sa chanson « The News ». Malgré cette mésaventure, il continua à présenter l’Afrique comme la terre de ses ancêtres, avec une sincérité rare.


Une conversion spirituelle et musicale
Né le 30 juillet 1948 en Jamaïque, Jimmy Cliff découvre très tôt la musique et publie son premier 45 tours en 1962. Il explore le ska, le rocksteady, puis le reggae, et gagne progressivement en notoriété. Mais c’est au contact de l’Afrique qu’il vivra une transformation intérieure. Durant une tournée en 1977, il se rend au Sénégal, en Gambie, en Sierra Leone, et tisse des liens avec des musiciens locaux — parmi eux Cheick Tidiane Seck. Selon certains témoignages, il se convertit à l’islam au fil de ses voyages et change même de nom en « Naïm Bachir » selon certains.


Un message politique porté par la musique
Au-delà du groove, son art s’est toujours teinté de conscience sociale. Sur des morceaux comme « Remake The World », il dénonce l’injustice sociale : « Quelques-uns possèdent tout, quand trop de gens n’ont rien », écrivait-il, donnant ainsi une voix aux opprimés. En Afrique du Sud, alors sous l’apartheid, sa chanson sera interdite par la SABC, mais cela ne l’empêchera pas de se produire devant près de 20 000 personnes à Soweto en 1980. Vêtu d’un treillis militaire en allusion possible à la lutte pour la libération, il chante son espoir dans « Majority Rule », affirmant que la majorité doit gouverner.


Fusion artistique : reggae et rythmes africains
Tout au long de sa carrière, Jimmy Cliff s’est efforcé d’unir les musiques de la diaspora africaine. Il enregistre avec des artistes congolais : l’OK Jazz de Franco, Grand Zaiko Wawa, l’Afrisa International de Tabu Ley… Le mini-album « Shout For Freedom » qui en résulte mélange reggae et soukous, témoignant de cette fusion réussie. Son album Give Thankx (1978), influencé par ses voyages africains, en est un autre bel exemple.


Une quête d’identité profonde
Au cœur de sa vie, cette quête identitaire l’amènera à parcourir l’Afrique du nord au sud, l’est à l’ouest. Il possède un terrain au Liberia — un choix symbolique, dans le sillage des idées panafricaines. Il collabore avec des musiciens africains comme le percussionniste ghanéen Rebop Kwaku Baah, ou le Camerounais Lapiro de M’Banga, sur « No Make Erreur ». Ces échanges nourrissent non seulement son inspiration musicale, mais renforcent aussi son engagement social et spirituel.


Un héritage universel
Avec près de quarante albums, quatre Grammy Awards, et une place au Rock & Roll Hall of Fame en 2010, Jimmy Cliff fut un pionnier du reggae global. Il a inspiré de nombreux artistes africains, parmi lesquels Lucky Dube en Afrique du Sud. Ses morceaux ont été repris sur tout le continent — des Capverdiens Tulipa Negra à Margaret Singana en passant par des groupes ivoiriens ou zambiens.


Une voix indissociable de l’Afrique
Son tube « Hakuna Matata », interprété dans la version française du Roi Lion, a contribué à rendre sa voix familière aux oreilles africaines comme mondiales. Il connaîtra par cœur des refrains devenus universels, tout en conservant cette aura de messager, de pont entre les continents. Sa popularité en Afrique était incontestable : son engagement, sa musique, son message ont fait tâche d’huile, touchant sans cesse de nouvelles générations.


Il a semé des graines d’unité
Avec la disparition de Jimmy Cliff, c’est un pan important de l’histoire du reggae qui s’éteint. Mais son héritage reste vivant, surtout en Afrique, où il a semé des graines d’unité, de libération et de paix. Son amour pour le continent a été remarquable. Et l’impact de sa voix continue de résonner, longtemps après son dernier souffle.


 

Par Pamphile EBO

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