LES MIGRANTS S'INQUIÈTENT
Les autorités gabonaises ont annoncé, dans un communiqué daté du 1er novembre 2025, le lancement d’une vaste opération de sécurité à l’échelle nationale. Le but est de renforcer la lutte contre l’immigration irrégulière, le trafic de drogue et le banditisme par des contrôles d’identité renforcés sur tout le territoire.
Un dispositif musclé sur tout le pays
Selon le gouvernement, ce thermomètre sécuritaire va "grimpe très haut" : des patrouilles renforcées, des checkpoints stratégiques, des opérations de vérification d’identité et des investigations ciblées seront déployés. L’opération vise à "vérifier le respect des règles d’entrée et de séjour, mais aussi repérer d’éventuels réseaux de passeurs ou de trafiquants de drogue", explique un responsable du ministère de l’Intérieur sous couvert d’anonymat.
Cette initiative est saluée par une partie de la population gabonaise, qui la perçoit comme un moyen de restaurer l’ordre. Pour d’aucuns, il s’agit d’un vaste coup de filet sécuritaire sur le pays, mais un nuage jugé nécessaire pour limiter la criminalité liée aux flux irréguliers.
Des chiffres d’immigration élevés au Gabon
Le Gabon affiche un taux de pénétration des étrangers particulièrement important : environ 18,7 % de sa population est étrangère, selon les dernières données du World Population Review. Cette proportion place le Gabon parmi les pays avec une des parts les plus élevées d’immigrés en Afrique. Par comparaison, des voix comme celle de l’ancien directeur de l’immigration au Gabon, Laurent Nguetsara Lendoye, rappellent que les "normes internationales" situent un seuil de tolérance moyen entre 5 % et 7 %.
D’après une enquête de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le pays compte environ 352 600 étrangers résidant, ce qui représente près de 20 % de la population totale. Parmi eux, les Camerounais seraient au nombre de 50 906 et les Sénégalais environ 30 652, selon les statistiques démographiques.
Concernant les étrangers sans papiers, les chiffres sont plus flous. Certaines sources évoquent qu’environ 8 % des migrants ont déclaré avoir voyagé sans documents valides. Cela laisse supposer une part non négligeable d’immigrés en situation irrégulière, bien que leur nombre exact ne soit pas connu.
Témoignages de la peur : la détresse des sans-papiers
Depuis l’annonce de l’opération, un climat de peur s’est installé parmi les personnes en situation irrégulière. Certains, comme Mohamed, refusent même de se montrer à la caméra, craignant d’être arrêtés, voire expulsés : "J’ai peur d’être arrêté, peur d’être renvoyé, peur de me rendre dans certains lieux publics", explique-t-il, la voix tremblante. Il ajoute : "Je veux juste continuer à travailler pour subvenir aux besoins de ma famille, sans être confondu avec les réseaux criminels."
D’autres témoignent d’un profond sentiment d’angoisse. Beaucoup limitent leurs déplacements, évitent les marchés ou les transports pour ne pas croiser un contrôle imprévu. "Je redoute un contrôle qui pourrait faire basculer ma vie", confie un migrant d’Afrique de l’Ouest, sous couvert d’anonymat.
Entre ordre public et dignité humaine
Pour le gouvernement, cette opération est une nécessité : "Nous ne pouvons tolérer que l’immigration irrégulière serve de couverture à des activités criminelles", affirme un haut responsable sécuritaire. Cependant, le défi sera de taille : comment concilier impératifs de sécurité et respect des droits fondamentaux ?
Les experts soulignent que l’équilibre est fragile. Si un coup de filet peut rassurer certains, il risque aussi de créer des entorses en porte à faux avec la loi, surtout si des arrestations massives visent des personnes vulnérables. Le gouvernement devra donc naviguer avec précaution, sous peine de heurter la dignité humaine.
Un pari risqué
Cette vaste opération de contrôle d’identité, déployée depuis le 1er novembre 2025, met le Gabon dans une posture de fermeté face aux flux migratoires irréguliers. Mais derrière les mots de sécurité, des histoires de peur et de détresse se dessinent chez ceux qui vivent dans l’ombre. Entre imperatifs sécuritaires et réalité humaine, le Gabon est à un carrefour — et le pays devra trouver un juste milieu pour éviter que le coup de filet ne devienne un ballon de détresse.
